mardi 28 septembre 2010


C'est pas le goût... c'est l'ivresse !

"Le Bruit des Glaçons" de Bertrand Blier (F); avec Jean Dujardin, Albert Dupontel, Anne Alvaro, Myriam Boyer, Audrey Dana, Christa Théret...

C'est l'histoire d'un écrivain jadis à succès, reclu dans sa villa on ne sait où, entouré - ou pas - de sa domestique effacée et de sa très jeune maîtresse russe, qui un beau jour reçoit la visite de son cancer. Lequel cancer lui dit en substance "Bonjour, je me suis dit qu'après tout, ce serait pas mal qu'on fasse connaissance".

Ah ben oui, pour le coup, ça fait très très bien plaisir !

Même au-delà de l'inévitable commentaire sur l'alcool et ses corrélaires... Certes du genre à nous faire prendre la chose de manière plus intime mais... allons... Bon !

Après la récente hécatombe de réalisateurs français old school, ça fait du bien de se retrouver là. A se réjouir de la verve conservée, ou plutôt retrouvée - après quelques franches années d'errance erratique (à partir de "Mon Homme", en gros, on va dire) - de l'un des plus iconoclastes d'entre eux: le toujours vert et sémillant Bertrand Blier.

Lequel, du haut de ses d'ores et déjà 71 printemps (mouais, avouons que ce n'est pas encore tant que ça, après tout...) vient nous prouver qu'il bande encore, comme il se plairait à le dire lui-même !*
Et que, à défaut d'avoir retrouvé l'inspiration de ses brillantes années, il garde encore la main, tenez. Qu'il maîtrise encore l'art et la manière de vous tourner un petit film sans trop en avoir l'air... Même si, soyons cruel - oh, rien qu'un brin - sa carrière est derrière lui...

Car, oui, bon... allez... Il est sûr et certain que "Le Bruit des Glaçons" n'est pas "Les Valseuses" et qu'il navigue à quelques bonnes encâblures d'un "Buffet Froid", par exemple.

Mais... Maaaaaaiiiiiis... Mais.

Mais, en l'espèce, c'est quand même un fort bon film, râgeur et politiquement incorrect, au fil duquel l'on retrouve tout le sel de ce qui faisait les "grands" Blier.

En plus dilué.

Certains diront que cela frise la caricature.
Ils auront beau jeu mais d'une certaine façon, ils auront raison.

Mais est-ce vraiment important ? Surtout ici . Surtout maintenant.

Oui, oui.
Trois fois oui (ou plutôt non, bref): on retrouve bien dans ces "Glaçons" le goût marqué du cinéaste pour le cynisme, l'humour noir, la mysoginie, la théatralité (le décor quasi unique de la villa)...
Pour l'absurde et les dialogues qui claquent ou qui roulent en bouche (en cela il trouve d'ailleurs un interprête presque inné en la personne de Jean Dujardin, que l'on ne devrait pas tarder à retrouver dans son univers).
Son intérêt pour les "couples" de cinéma; le côté "buddy movie" décalé, en quelque sorte (et ce n'est rien de dire qu'ici ça fonctionne à plein rendement, entre le Dujardin déjà cité et un Dupontel au sommet de sa forme, même si c'est vrai que l'on est encore à quelques lieues du duo mythique formé par Dewaere et Depardieu, faut pas Poussy).

Oui. Encore une fois, oui (ou non... Je...) !

Tout ça est là et bien là.
Jusqu'aux tics du réalisateur qui agaceront bien sûr ses détracteurs.
Ces apartés. Ces digressions. Cette manière que peuvent avoir les personnages de s'adresser directement à la caméra. Et donc au spectateur.

Mais, au contraire de ses précédents opus où tout cela semblait forcé, obligé, ampoulé, où l'on voyait les ficelles et devinait les mécanismes, tout s'enchaîne ici avec une fluidité, une facilité pourrait-on presque dire, qui fait plaisir à voir.

Porté par ses acteurs (en particulier Anne Alvaro, formidable !) et par ses dialogues, "Le Bruit des Glaçons" apparait presque comme la nouvelle bonne farce d'un Bertrand Blier à la juvénilité retrouvée.

Ne serait-ce une fin stupide, ridicule et complètement en porte-à-faux qui vient un peu gâcher la fête, il n'y aurait quasiment rien à redire.

Et en l'espèce, oh, vous savez... C'est vraiment peu de choses...


Cote: ***

(* "On est pas biens, là ? A la fraîche... Décontractés du gland... Et on bandera quand on aura envie de bander !" Ce genre-là, voyez ?)

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