dimanche 25 mars 2007

Heroes and Icons...


(Woody Allen. b. 1935)


L'Art de la Guerre?

"300"; de Zach Snyder (USA). Avec Gerard Butler, Lena Headey, Dominic West, David Wenham, Michael Fassbender...

L'histoire de la Bataille des Thermopyles qui opposa, en 480 avant J.C., le roi Leonidas et 300 fidèles spartiates à la gigantesque armée perse de Xerxès.

Enfin, en gros, parce que pour la vérité historique et le soucis de réalisme, on repassera, c'est sûr!

Deux choses semblent en tout cas certaines à la vision de cette espèce de fresque sauvage et gore.
La première c'est qu'après "Sin City" (qu'il avait d'ailleurs lui-même coréalisé), Frank Miller, auteur de la BD originale dont est tiré "300", inspire le cinéma.
Et même un tout nouveau genre de cinéma.
La seconde c'est qu'après "L'Armée des Morts", cette fois (dont il faudra d'ailleurs un jour m'expliquer l'invraisemblable scène d'ouverture) Zach Snyder confirme tout le bien que l'on pensait de lui en tant que réalisateur.

Alors, évacuons tout de suite cette espèce de faux débat selon laquelle "300" serait - ou non - un grand film fasciste.
Ou tout du moins un film pro-Bush...
Un film de va-t-en-guerre, ça, c'est sûr! Y a pas à chipoter.
Pour le reste...
Difficile de coller une quelconque interprétation politique sur un film à ce point concentré sur la forme et , par delà, singulièrement dépourvu de fond.
Tout au plus, si l'on veut regarder la chose de vraiment plus près, peut-on dire comme Zach Snyder au cours d'une récente interview accordée au magazine "Première" (Maudits!) que la personnalité et le comportement de Bush, si on veut vraiment parler de lui, sont finalement aussi proche de celles de Xerxès (le grand méchant de l'histoire) que de celles de Leonidas (le héros).

Je dirais même bien plus proche de celles de Xerxès, en ce qui me concerne, mais bon...

Et ce ne sont pas les deux demis-embryons de début d'esquisse d'intrigues de cour menés par la reine Gorgo (Lena Headey et sa drôle de bouche) qui changeront quelque chose à l'affaire.

Non, il faut avant tout prendre "300" pour ce qu'il est, c'est à dire une BD filmée, totalement virtuose sur la forme, prolongeant à l'extrème le délire virtuel entamé avec "Sin City". L'illustration quasi littérale d'une bande dessinée à l'écran, plan par plan, case par case, et utilisant de manière extrèmement intelligente les techniques mises à la dispositions du cinéma d'aujourd'hui.

Le film, truffé d'effets visuels, a en effet été tourné à plus de 80% sur fond bleu. Les combats, chorégraphiés, quasiment millimétrés. Les couleurs retravaillées selon une technique baptisée "crush" (qui comme son nom l'indique "écrase" les couleurs plus sombres pour leur donner plus d'éclat). Même les comédiens ont été "sculptés", suivant un entrainement intensif de plus de huit semaines pour arriver à se balader torses-poils à l'écran d'un bout à l'autre du film sans avoir l'air - trop - ridicules.

Et le résultat est sur l'écran: techniquement ultra maitrisé et visuellement époustouflant, "300" est une véritable ode au too much!
Batailles fracassantes, épées qui tintent, sang qui gicle, torses bombés, guerriers éructants (impressionnant Gerard Butler), phrases définitives ("Ce soir nous dînerons en Enfer!"), archers, chevaux, rhinocéros, éléphants en chute libre, monstres divers... tout y est!

Et tout celà participe à un spectacle unique, capable de faire monter l'adrénaline en flèche même chez le plus blasé des spectateurs.

Alors oui, bien sûr, ce peplum tonitruant et boursouflé, à la fois prouesse technologique et hommage au cinéma à l'ancienne (Frank Miller dit s'être inspiré pour sa BD du film de Rudolph Maté "La Bataille des Thermopyles" et l'on sent, ça et là, des citations à peine voilées à l'univers de Ray Harryhausen) frise parfois le ridicule.
Mais du ridicule au grandiose il n'y a parfois qu'un pas...
Et le moins que l'on puisse dire c'est que si l'on prend "300" pour ce qu'il est, c'est à dire un pur divertissement doublé d'une illustration virtuose, on en a sacrément pour son argent.

Et que l'on aime ou que l'on aime pas, que l'on trouve ça trop creux, trop violent ou même trop kitsch, une chose est sûre: avec des gens comme Snyder et Miller et des films comme celui-ci, le cinéma semble bien parti pour faire son entrée dans une nouvelle ère.

Et avec quel fracas!

Côte: ***

jeudi 22 mars 2007



Drop Dead Fred!

J'ai donc appris hier le décès - en fin de semaine dernière semble-t-il - du chef-op', directeur de la photo, réalisateur et scénariste* britannique Freddie Francis...

Comme metteur en scène (essentiellement pour la Hammer) on lui doit quelques perles telles que "The Ghoul", "L'Empreinte de Frankenstein", "Histoires d'Outre-Tombe", "La Chair du Diable", "Le Jardin des Tortures" ou encore le formidable "Dracula et les Femmes" dont je vous parlais encore récemment ici.

En tant que chef-op', il travailla avec John Huston ("Moby Dick", "Moulin Rouge", ...) René Clément ("Monsieur Ripois", ...) ou encore avec le duo Michael Powell/Emeric Pressburger ("The Elusive Primprenel").

Comme directeur de la photo, enfin, il bossa pas mal avec David Lynch ("Elephant Man", "Dune" ou plus récemment "Une Histoire Vraie"), réalisa la magnifique photo des "Innocents" de Jack Clayton et fût oscarisé pour son travail sur "Glory", d'Edward Zwick.

Son dernier boulôt en tant que réalisateur fût l'étonnant "Le Docteur et les Assassins" qui, en racontant l'histoire de Burke et Hare qui pillaient les tombes puis se transformèrent en assassins pour fournir un médecin en matériel de dissection, renouait avec bonheur avec le gothique "flamboyant" de la Hammer.

Si j'en parle ici c'est que sa mort a à peine fait l'objet d'une demi-brève dans la presse mainstream et que je trouve ça assez dommage.

D'autant qu'avec le décès de Stuart Rosenberg ("Amityville", "Luke-la-Main-Froide", "Brubaker", ...) ça nous fait quand même une bien triste semaine...




(*rien que ça!).


mercredi 21 mars 2007




En attendant le Bifff...

Voilà, c'est fait, j'ai mes places: le compte-à-rebours est lancé! Plus que 15 fois dormir (à vue de pif) avant de retrouver la chaleureuse ambiance du festival ousk'on va voir du gore hongrois avec un klaxon de foot pour faire son Jean Gabin dès qu'il y a un téton sur l'écran! (je m'en lasserai jamais de celle-là).

Bon, laissons de côté la problématique de la délocalisation à Tour et Taxis (Scandale! Procès! Pétition! GROUPE DE TRAVAIL !! BUREAU D'ETUDE !!! VIDEOCONFERENCE !!!! ) pour nous concentrer sur la programmation en elle-même qui est quand même assez glop, faut bien l'avouer!
Peut-être moins de films que les autres années dans ma séléction personnelle mais beaucoup plus de trucs vraiment intéressants (par rapport aux éditions précédentes ou j'avais parfois tendance à choisir certains films un peu à pouf, veux-je dire).

Retenons l'ouverture - on espère en fanfare - avec "Sunshine" de Danny Boyle, la clôture sur "Disturbia" de D.J. Caruso (un "Fenêtre sur Cour" teenager, annonce-t-on), "La Colline à des Yeux 2", pas moins de deux films des frères Pang, le "Poultrygeist" de Lloyd Kaufman et bien évidemment "Nightmare Detective"; le nouveau Tsukamoto.

Mais ce que j'attends le plus là dedans c'est bien évidemment "The Host", le nouveau film de Bong Joon-Ho, réalisateur du sidérant - je vois pas d'autre mot - "Memories of Murder".
Avec ce nouvel opus, le réalisateur sud-coréen fait parait-il subir au film de monstre le même lifting radical qu'il avait réservé au thème du sérial-killer dans sa précédente production.
C'est peu de dire que je suis impatient...

J'essayerais de poster des chroniques régulières tout au long de l'événement, bien entendu. Même si ça ne risque pas d'être une mince affaire...

Et en attendant: vivement bientôt, allez!

mercredi 14 mars 2007



Space Cake.

"The Fountain"; de Darren Aronofsky (USA). Avec Hugh Jackman, Rachel Weisz, Ellen Burstyn, Ethan Suplee...

Le docteur Tom Creo, scientifique de renom, cherche désepérément un remède susceptible de sauver sa femme du cancer qui la ronge.
Parallèlement, celle-ci met la dernière main à un ouvrage contant la quète d'un conquistador, mandaté par la reine d'Espagne pour retrouver l'Arbre de Vie, une véritable Fontaine de Jouvence prétendument située dans la jungle d'Amérique Centrale.
A cela se mèlent les tribulations de Tommy, sorte d'astronaute qui, au XXVIème siècle, traverse l'espace dans une curieuse bulle...

Eh ben voilà! Suffisait d'attendre! On la tient, notre croûte, on va pouvoir se lâcher! Fini de dire du bien...

Non, allez, sérieusement, on va peut-être attendre un peu avant de décrèter que Darren Aronofsky est un complet fumiste. Ce n'est jamais que son troisième film, laissons lui le bénéfice du doute...
D'autant que son second, "Requiem for a Dream" était quand même une putain de réussite, même s'il était visuellement un peu trop clipesque que pour être honnête, surtout dans sa première partie.

Mais bon quand même...

Déja, son premier, là, "Pi", j'avais du mal.
Je sais qu'il est de bon ton, dans certains milieux, de considérer ce truc comme un film-culte mais désolé, moi je n'y vois qu'une espèce d'exercice de style à la con, un brol pour étudiant en école de cinéma complètement creux et vain et surtout chiant. Mais alors là, chiaaaaaannnnnt !!!! Pas possible d'être aussi chiant!

Mais alors ici...
C'est pas compliqué, il a atteint un sommet... Une sorte de Graal...
Pas que le film soit vraiment insupportable à regarder (déja, il a le bon goût d'être extrèmement court selon les critères en vigueur aujourd'hui: 1h36! Mais c'est bien là sa seule incartade dans le milieu du bon goût, rassurez-vous).
Non, là où il franchit toutes les limites du raisonnable c'est dans son incroyable, son incommensurable kitscherie!

C'est bien simple: plus kitsch, y a pas!

Déja, le scénario...
Mais qu'est-ce que c'est que ce britchabrotch - pour ne pas dire gloubiboulga - de conneries mystico-new-age à deux francs six sous?
Et que je te prenne deux doigts de la Genèse, une pincée de légendes Maya, un peu d'Histoire, un chouïa de science-fiction..
Et que je t'y ajoute un doigt de bouddhisme, l'Inquisition, de la bio, de l'astronomie et un raton-laveur...
Et que je te touille tout ça pour en faire une bonne grosse soupe à côté de laquelle les théories de Raël ça ressemble à du Stephen Hawking!

Et que dire de la réalisation?
Pour commencer, la photo est généralement assez sombre, ce qui rend les scènes "d'action" confuses et difficiles à suivre.
Mais surtout il y a ce côté "r'garde comme je filme" qui a toujours le don de m'énerver: une tonne d'effets complètement inutiles, comme autant d'esbrouffe et de poudre aux yeux...
Un visuel complètement barré, invraisemblable de naïveté (ou de prétention?) rococo: jaunes et dorés sursaturés, effets spéciaux de bazar, imagerie de brollewinkel S.F. (Hugh Jackman klachbol qui navigue dans l'espace à bord d'une bulle dorée en position du lotus. La silhouette du même faisant des katas sur fond de ciel étoilé.. Ce genre de choses...).

Il y a des moments où on dirait que ça se rêve ''Abattoir 5" mais même là ça n'arrive jamais à la cheville d'un truc comme "The Cell", auquel le look général du film fait souvent penser.
Et pourtant, c'est pas comme si "The Cell" avait placé la barre bien haut.
Que du contraire!

Bref, je sais pas ce que le garçon avait pris ou fumé quand il a bricolé ce truc mais quoi que ce soit, j'en veux!
Il devait être en montée de champis quand il l'a écrit et en retour d'acide quand il l'a tourné, c'est pas possible autrement!
Et un retour d'acide de 1974, au bas mot!!!

Quand on pense que ces couillons de "Première" (qu'il soient maudits jusqu'à la septième génération pour leur nouvelle formule qui fait ressembler leur magazine à un croisement entre "Télérama", "DVD Magazine" et "Femmes d'Aujourd'hui"!) ont réussi à comparer ça à du Kubrick! C'est à n'y pas croire!

Du côté des acteurs, c'est bien malheureux mais - une fois encore - on se trouve dans l'obligation de dire qu'ils font ce qu'ils peuvent avec ce qu'ils ont.
Rachel Weisz montre une fois de plus toute l'étendue de son talent - elle est d'ailleurs à peu près la seule chose* à sauver de ce désastre - et Hugh Jackman (un acteur qui m'est pourtant fort sympathique, ma foi) toutes les limites du sien.
Les seconds rôles étant inexistants, de ce côté-là, circulez, y a rien à voir!

Et le pire c'est que je ne regrette même pas réellement d'être allé voir ce film, tellement j'ai ri, surtout vers la fin...

Parce que la fin, alors là, c'est vraiment le top du top du grotesque!
Le fin du fin du Séraphin!
Franchement, c'est tellement portenawak qu'on se dit "Allez, quoi? Tout ça pour ça?"!

Eh bien oui! Tout ça pour ça!
Le Retour du Grand Navet Cosmique!


Côte:°


(*si je puis me permettre).

mardi 13 mars 2007



Tumultes...

"Lady Chatterley"; de Pascale Ferran (F). Avec Marina Hands, Jean-Louis Coulloc'h, Hippolyte Girardot, Hélène Fillières, Bernard Verley...

Dans l'Angleterre de l'entre-deux Guerres, Lady Constance Chatterley s'ennuie dans son château isolé. Mal mariée à Sir Clifford, revenu du conflit infirme et impuissant, elle trompe la monotonie en se promenant dans les bois qui entourent la propriété.
C'est ainsi qu'elle fait la connaissance d'Oliver Parkin, le garde-chasse...

Et tout le monde connait la suite...

Un peu trop, d'ailleurs, ce qui a tendance, généralement, à enfermer les adaptations du roman de D.H. Lawrence dans le carcan de l'érotisme chic, voire du porno soft - la version avec Sylvia Kristel n'ayant rien fait pour arranger l'affaire, bien entendu...

Et pourtant, "Lady Chatterley" c'est tellement plus que ça...

Il faut savoir que Lawrence fût en son temps la cible des critiques et même de la censure.
Bien entendu à cause des scènes sexuelles explicites et de l'usage d'un langage considéré comme grossier, mais aussi parce que les relations entre une femme de la bourgeoisie et un homme issu de la classe ouvrière étaient on ne peut plus mal perçues par la société bien pensante de l'époque.

Pascale Ferran semble bien l'avoir compris et son film, très subtil bien qu'un peu trop cérébral, traduit de manière assez fidèle cet important sous-texte.

Tout en s'attachant bien entendu avant tout au tumulte des corps...

Les opinions de Lawrence sur la sexualité, la place de la femme dans la société, la virilité même (Parkin n'avoue-t-il pas ressentir en lui une part importante de féminité, laquelle a probablement participé à sa mise à l'écart de la société?) ainsi que ses points de vue sur la démocratie, l'industralisation, etc. sont là et bien là, derrière l'apparente simplicité de cette histoire d'amour naïve, presque enfantine...

Le naturalisme de la mise en scène, métaphore de l'éveil sensoriel des deux amants (qui, à part Terrence Malick, a déja filmé la nature comme ça?), l'importance des non-dits et des ellipses, la propension à prendre son temps dans le dévellopement des séquences et l'usage parcimonieux mais intelligent des dialogues renforcent cette impression de se trouver devant un tout concret et réfléchi.

Si on n'avait pas peur de l'emphase on pourrait même parler d' "oeuvre"! Ah ah!

Un "tout" fébrile et émouvant bien que quelque peu déforcé par le côté maniaque et parfois légèrement redondant du scénario, surtout au vu de la durée de l'engin (2h38, c'est quand même pas rien). La lenteur de la mise en place n'étant pas là pour arranger les choses, malheureusement.

Mais si "Lady Chatterley" finit par remporter l'adhésion c'est avant tout grâce à son interprète principale.

Gracile et fiévreuse face au massif Jean-Louis Coulloc'h (assez impressionant lui aussi, surtout lorsque l'on sait que c'est son premier "vrai rôle" au cinéma) Marina Hands porte littéralement le film, s'offrant - dans tous les sens du terme - avec une générosité et une énergie magnifique.

Par le biais de son interprétation littéralement à fleur de peau* elle transforme son personnage - le transcende presque - et le fait passer du statut d'aristocrate figée par les conventions à celui de femme moderne.

Rien que pour elle on en oublie les longueurs et on savoure le plaisir de se retrouver devant une oeuvre** exigeante et ambitieuse, certes, mais d'une maturité et d'une cohérence qui tranche avec la moyenne habituelle de la production cinématographique, surtout hexagonale.

Alors c'est lent, oui. C'est long, peut-être. Ca se mérite, sans doute...

Mais à la manière dont ça trotte en tête - et longtemps encore après la vision - le moins que l'on puisse dire c'est qu'on en est récompensé!

Et largement!


Côte: ***



(*Oui, bon...)
(**Ca y est, je l'ai dit!)

jeudi 8 mars 2007


Commentaires...

Face aux demandes répétées (si, si!) et dans un grand soucis d'ouverture démocratique (comme dirait Kim Jong-Il) j'ai décidé d'activer les commentaires sur ce blog.

C'est un test, on verra bien ce que ça donnera (après tout, sur l'autre blog, les posts "Fais pas ton Jean Gabin!" étaient ceux qui n'en suscitaient jamais, de commentaires, je vois pas pourquoi il en serait autrement ici).

Et si ça marche pas, je pourrais toujours les refermer, hein, après tout...

Donc voilà: hop!


UPDATE: Il y avait visiblement un bug qui empêchait quand même de poster des commentaires. Normalement, ça devrait être réglé. Donc, voilà: re-hop!

mardi 6 mars 2007

Heroes and Icons...


("Un Singe en Hiver" (Jean Gabin, Jean-Paul Belmondo) Henri Verneuil, 1962)

lundi 5 mars 2007



Allemagne, Année Zéro...

"La Vie des Autres" (Das Leben der Anderen); de Florian Henckel von Donnersmarck (G). Avec Ulrich Mühe, Martina Gedeck, Sebastian Koch, Ulrich Tukur...

Berlin-Est, 1984. Officier de la Stasi au zèle étonnant, Gerd Wiesler est chargé par son supérieur direct de mettre sur écoute Gheorg Dreyman et Christa-Maria Sieland, un auteur dramatique et une comédienne, soit-disant soupçonnés de ne pas entièrement adhérer aux idées du parti.
Wiesler se rend vite compte que la véritable raison de cette surveillance est l'intérêt que porte le Ministre de la Culture pour la comédienne, dont il compte bien compromettre le compagnon qu'il considère comme un rival.
A partir de cette découverte, le regard de Wiesler sur ceux qu'il est sensé surveiller va progressivement mais sensiblement évoluer...

J'en aurai mis un temps à chroniquer ce film.

Dame, c'est qu'on ne parle pas d'un machin pareil comme du remake de "La Colline à des Yeux" ou comme du dernier Pixar...

Oeuvre austère, sobre et froide, "La Vie des Autres", premier film multi-primé (Oscar du Meilleur Film Etranger, entre autre) d'un réalisateur au nom improbable est une plongée quasi-documentaire dans un univers d'autant plus étrange qu'il est finalement très proche de nous, tant historiquement que géographiquement.

S'il pèche parfois peut-être par excès de cérébralité ou par manque d'émotion, le film de von Donnersmarck est un véritable travail d'entomologiste à la limite du documentaire (prends en de la graine, Schoendoerffer), à la fois passionnant... et très troublant...

Son mécanisme est très simple: plus Wiesler va en apprendre d'une part sur Dreyman, sa compagne et leur mode de vie et d'autre part sur les méthodes et les motivations de ses employeurs, plus il va lâcher la bride sur le cou de ses "victimes".
Quitte à mettre en péril son propre statut.

D'un autre côté, plus il va croire qu' il n'est pas surveillé, contrairement aux autres intellectuels, même proches du parti (allant jusqu'à mettre en place des stratagèmes pour "tester" d'éventuels espions de la Stasi), plus Dreyman va se sentir des ailes et se rapprocher de ses collègues et amis plus engagés. Jusqu'à risquer sa peau et celle de sa compagne pour dénoncer les travers du pouvoir en place.

Le système, basé sur une simple symétrie, est d'une efficacité confondante: le bourreau s'humanise grâce à ses victimes, les victimes s'émancipent grâce à leur bourreau.

Jusqu'à ce que tous soient rattrapés par l'implacable machine à broyer les hommes...

Le film lui-même est réalisé de manière très sobre et très glacée, privilégiant les cadres au cordeau, les décors froids et la lumière blafarde.
Ce qui renforce bien entendu l'ambiance de paranoïa et de danger permanent.

Son côté un peu rigide et la lenteur de sa mise en place et de sa progression le rendent au départ un peu difficile d'accès mais on finit par adhérer à son - apparente - absence de sentimentalisme.

Le fait qu'il s'attache plus à l'objectivité des faits le rend évidemment passionnant et ne fait que renforcer les rares moments ou il se relâche et se laisse aller quelque peu.

Comment en effet rester insensible - dans cette ambiance d'une férocité implacable et froide, presque inhumaine - à l'unique larme qui coule sur la joue de l'officier de la Stasi lorsque, de l'autre côté de la rue, ceux qu'il espionne écoutent Beethoven.

Dans le même ordre d'idées, la scène finale, qui en deux phrases et un regard fait passer plus de choses que la totalité d' "Autant en Emporte le Vent" (même en version "Redux"), est un modèle de dignité et d'émotion.

L'interprétation d'Ulrich Mühe ("Funny Games") est de ce point de vue d'une importance capitale puisque c'est d'elle que dépend une bonne partie de la crédibilité du film.
L'incroyable variété d'émotions qu'il réussit à faire passer avec une aussi étonnante économie de moyens finit par nous convaincre que, oui, malgré son côté revêche et au-delà de son intérêt purement historique, "La Vie des Autres" est un grand film.

Et que, malgré son nom proprement imbitable, Florian Henckel von Donnersmarck est probablement un cinéaste à suivre de fort près!


Côte: ***