mardi 30 décembre 2008



Da Big Top Twenty!

Bing, boum, va-va-voum! 2008 agonise et voici donc que déboule le Top 20 de les meilleurs films de l'année qu'elle est presque écoulée... Avec de vrais morceaux de frères Coen dedans, une plâtrée de films rosbifs, deux films belches (allons bon!), un ritalien (encore plus étonnant) et seulement deux franskiljoens (l'un des deux compte double, il est vrai, mais comme l'autre est à moitié belge...).

Enfin voila, quoi...

And this year's winners are...

1. "There Will Be Blood" de Paul Thomas Anderson (USA).

2. "No Country for Old Men" d'Ethan & Joel Coen (USA).
3. "Two Lovers" de James Gray (USA).
4. "Hunger" de Steve McQueen (UK).
5. "Mesrine" de Jean-François Richet (F).
6. "Juno" de Jason Reitman (USA).
7. "L'Echange" (Changeling) de Clint Eastwood (USA).
8. "Be Happy" (Happy-Go-Lucky) de Mike Leigh (UK).
9. "This is England" de Shane Meadows (UK).
10. "Into The Wild" de Sean Penn (USA).
11. "It's a Free World..." de Ken Loach (UK).
12. "7h58 ce samedi-là" (Before the Devil Knows You're Dead) de Sidney Lumet (USA).
13. "Vynian" de Fabrice Du Welz (B).
14. "Gomorra" de Matteo Garrone (I).
15. "Le Silence de Lorna" de Luc et Jean-Pierre Dardenne (B).
16. "Le Chevalier Noir" (The Dark Knight) de Christopher Nolan (USA).
17. "Louise-Michel" de Gustave de Kervern et Benoît Delépine (F).
18. "Burn After Reading" d'Ethan & Joel Coen (USA).
19. "Reviens-moi" (Atonement) de Joe Wright (USA).
20. "Lust, Caution" (Se, Jie) d'Ang Lee (TW).

-Meilleurs Acteurs 2008:

Daniel Day-Lewis (There Will Be Blood).
Ellen Page (Juno).
Javier Bardem (No Country for Old Men).
Allison Janney (Juno).

-Plus Mauvais Acteur du Millénaire:

Smaïn, talonné de près par Keanu Reeves (aka "Don Camillo fait du Kung-Fu").

Mention Spéciale 2008: Mark Wahlberg dans "Phénomènes" de M. Night Shyamalan.

-Top 1 du Meilleur Film du Monde de l'Univers Connu et Inconnu, Visible et Invisible vu en DVD:

"A l'Intérieur" d'Alexandre Bustillo et Julien Maury (F).

-Attentes pour 2008 (toujours en vrac et sans réfléchir):

"Shutter Island" de Scorsese (que j'attendais déjà pour cette année); "The Lovely Bones" de Peter Jackson (idem); "Milk" de Gus Van Sant; "Watchmen" de Zack Snyder; "L'Etrange Cas de Benjamin Button" de David Fincher; "Inglorious Basterds" de Tarantino; "Gran Torino" de Clint Eastwood; "The Wrestler" de Darren Aronofsky (avou Mickey Rourke); "Valkyrie" de Bryan Singer; "Drag me to Hell" de Sam Raimi, etc, etc.

Voila.
Cette fois-ci on a notre compte. Bonané à touzzz et tot 2009 (avec pour commencer les critiques de "Two Lovers" et "Louise-Michel" vus récemment et classés ci-dessus).

Tshaw!

lundi 29 décembre 2008



Idioterne.

"Burn After Reading" d'Ethan et Joel Coen (USA); avec George Clooney, Frances McDormand, John Malkovich, Tilda Swinton, Brad Pitt, Richard Jenkins...

Osborne Cox, obscur analyste à la CIA, vient de se faire virer. Ivre de rage, il décide de balancer le peu qu'il sait dans un livre de mémoires qu'il s'imagine déjà sulfureux et corrosif. Sa femme, qui le trompe avec un marshall fédéral, accueille la nouvelle avec philosophie. De l'autre côté de la ville, Linda Litzke ne pense qu'à une chose: sa future opération de chirurgie esthétique, pour laquelle il lui manque pas mal d'argent. Quand son collègue Chad découvre dans les vestiaires de la salle de fitness où tous les deux travaillent un CD contenant des infos relatives au futur livre de Cox, Linda se persuade qu'elle va pouvoir en tirer un bon prix...

Elle est pas belle la vie?
En une année non pas un mais deux films des frères Coen!
C'est-y-pas formidable?
Et deux bons en plus, même si dans des registres totalement différents...

Ils nous auront gâté, c'est le moins que l'on puisse dire...

Et donc, après le gargantuesque plat de résistance, voici venir le dessert, en forme d'ubuesque cerise sur le gâteau...

Soit "Burn After Reading", une "petite" comédie virevoletante et brillantissime, beaucoup plus méchante qu'il n'y parait de prime abord.
Et comme c'est dans la méchanceté que les frangins s'expriment le mieux, ce serait dommage de bouder notre plaisir et de passer à côté du truc, sous le prétexte futile qu'après "No Country for Old Man" il s'agirait ici d'un Coen mineur...

Car voila, que nenni!

Moyen, peut-être, mineur certainement pas (et encore faut-il s'entendre sur le sens que l'on donne ici à "moyen", tant il est vrai que de manière générale les gaillards placent la barre assez haut).

Non, c'est sûr, ils ont retrouvé la forme.
Après un assez long passage en creux (de "The Barber" à "Ladykillers", disons...), les revoici capables de torcher d'un coup deux excellents films en une année: un chef-d'oeuvre véritable et un vrai petit régal!

Car il serait facile de croire qu'après la noirceur du précédent, "Burn After Reading" ait été considéré par les Coen comme une sorte d'exhutoire. Qu'après tant de violence ils aient été tentés de se divertir en écrivant et tournant une comédie, féroce, certes, mais néanmoins légère...
Que nenni, ici encore, puisque le scénario de "Burn After Reading" a été écrit au même moment que l'adaptation du roman de McCarthy.
Un scénario pour lequel le fond (à savoir la vraie-fausse intrigue et le côté "espionnage" de l'affaire) importe finalement assez peu, d'ailleurs...

Non. Considéré comme la troisième et - forcément - dernière partie de leur fameuse "Trilogie des Idiots" (entamée avec "O'Brother" et poursuivie avec "Intolérable Cruauté", le trait d'union étant George Clooney), "Burn After Reading" est un réjouissant jeu de massacre dans lequel les rebondissements et surtout les comportements des protagonistes sont ce qu'il ya de plus important.

Et de ce côté-là on est gâtés, balancés que l'on est d'un agent de la CIA alcoolique et très énervé (Malkovich, fulminant et très en forme), à un marshall queutard et neuneu (Clooney, parfaitement ahuri), en passant par une foldingue obsédée et jusqu'au-boutiste (McDormand, qui remporte définitivement la palme) et un prof de fitness limite débile léger (Brad Pitt, incroyable avec son brushing "années '80" et ses petites chorégraphies ridicules).
Tous courant comme des abrutis congénitaux d'une situation improbable a une autre avec une espèce de logique implacable et pourtant difficilement compréhensible, tant elle ne semble appartenir qu'à eux...

Et du coup on se marre beaucoup, c'est vrai.
Et surtout on déguste, on savoure, on sirote tous ces quiproquos et retournements de situation quasi schizophréniques avec un plaisir visiblement partagé à la fois par un casting très à son affaire et par des frères Coen qui nous emballent le tout avec brio en se payant en plus le luxe de ne pas avoir l'air d'y toucher.

Et quand tout ça se termine - assez mal pour quasiment tout le monde en plus (spoiler dans ta face!) - on ne peut que se réjouir de ce brillant et inattendu cadeau de Noël, offert par l'un des duos d'auteurs les plus en forme du moment.


Cote: ***

jeudi 18 décembre 2008



Du rab de top en direc' du Bifff!

Le "sale téteur de Cara Pils qui va voir du gore hongrois au Bifff avec un klaxon de foot pour faire son Jean Gabin dès qu'il y a un téton sur l'écran" contre-attaque!
Et comme toujours en cette période de fêtes - et en attendant le Top 20 officiel, y a encore quelques films à voir... - vous livre (tout en parlant de lui à la troisième personne, mine de rien) son classement spéchieul fantastique/horreur/S.F. avec une dédicace particulière cette année à feu Forrest J. Ackerman parce que, quand même... il mérite bien ça (F.J. Ackerman, pas le sale téteur de Cara Pils, enfin bref...)...

This year's Top 10 (roulez tambours) is donc:

1. "Vinyan" de Fabrice Du Welz (B).

Pour une fois qu'on en tient un, on va pas le lâcher!
A mille lieues des habituelles cornichonneries belgo-belges (dont nous écarterons pour une fois les honorables frères Jambon) Du Welz continue à tracer son petit chemin de cinéaste cinéphile et discrètement virtuose sans avoir trop l'air de se préoccuper de ce qui l'entoure.
Ce brouet halluciné qui convoque à la fois
Deodato, Coppola, Herzog et Gaspar Noé n'est certainement pas un chef-d'oeuvre (y a quand même un gros ventre mou) mais c'est au moins un truc "original" et surtout couillu.
Assez en tout cas pour attirer l'attention et presque forcer le respect.
Et comme même
Emmanuelle Béart n'arrive pas à gâcher le plaisir qu'on y prend...

2. "Le Chevalier Noir" (The Dark Knight) de Christopher Nolan (USA).

L'incroyable testament d'acteur de Heath Ledger posé comme une noire cerise au sommet de ce qui restera sans doute pour longtemps LE film de super-héros absolu (même si Proust et sa foutue madeleine continuent à nous faire aimer d'amour le "Batman - Le Défi" de Burton)!
La confirmation pour Christopher Nolan et un Oscar posthume pour Ledger.
Emballé, c'est pesé!

3. "The Mist" de Frank Darabont (USA).

Une série B jouissive, une adaptation fidèle-mais finalement-pas tant-que-ça (forcément) d'une des meilleures nouvelles de Stephen King, un hommage aux bons vieux films d'horreur des années '80 (au premier degré, on est pas dans "GrindHouse"), des acteurs délicieusement en roue libre, des effets spéciaux de bazar, des scènes d'exposition bien trop longues, une utilisation un peu trop systématique de la caméra à l'épaule (burp!)...
On oscille pendant tout le film entre "petit" classique et nanard culte en devenir...
Et puis la fin arrive...
Et, comment dire, ...
C'est bien simple: j'y crois toujours pas!
Je... Oh la la!...
Ben non, y a pas de mots...

4. "Iron Man" de Jon Favreau (USA).

Bing boum badaboum... Et bling bling!
L'autre grande réussite de l'année en matière de "super-hero flick" (et, croyez-le ou non, le Hulk et le Hellboy sont quand même pas mal non plus).
Malin, efficace et là aussi, y a pas de miracle, porté (et ici c'est vraiment le cas de le dire) par un acteur d'exception:
Robert Downey Jr.
Pour qui l'on créera un prix taillé sur mesure; celui du Meilleur Cabotin (mais que quand il cabotine, eh ben, ça sert le film).
Alors qu'est-ce qu'on dit?
On dit "wispekt, Big Bob, wispekt!"

5. "Chronique des Morts-Vivants" (Diary of the Dead) de George A. Romero (USA).

Comment "il sait faire que ça"?
Eh bien qu'on m'amène seulement le premier qui le fait aussi bien que lui!
Et en parlant de ça, les deux comiques espingouins peuvent toujours venir chanter qu'ils avaient eu l'idée du faux reportage avou des zombies avant lui, ils ont quand même encore de solides leçons à prendre.
Non mais!

6. "Blindness" de Fernando Mereilles (USA).

La très belle - et très fidèle - adaptation du tout aussi beau roman du Prix Nobel portugais, José Saramago.
Visuellement magnifique mais aussi - mine de rien - très, très dur...
En plus d'une réflexion sur la société actuelle et ses dérives, un vrai drame, un vrai mélo et surtout un vrai film d'horreur.
C'est bien simple, la dernière partie, on dirait presque du Romero!
Ah oui: et
Julianne Moore arrache tout!

7. "Doomsday" de Neil Marshall (UK).

Oui, oui... "Doomsday"!
Et je vous emmerde!

8. "13 Beloved" de Chukiat Sakveerakul (TH).

Corbeau d'Or (Grand Prix) lors du dernier Bifff, justement: une comédie fantastique déjantée, politiquement pas très correcte, un peu crade et au scénario à la fois cruel et rigolo.
Le tout bien servi par une réalisation vraiment dynamique et un acteur principal pas mal inspiré...
Dommage que, contrairement à "The Mist", la fin - complètement branque - vienne un peu gâcher la fête.
Mais allez, c'est vraiment pour dire...

9. "Sweeney Todd" de Tim Burton (USA).

Dommage, trois fois dommage, le côté un peu mollasson de l'intrigue.
Et surtout, duraille, vraiment duraille, que ce soit un musical... musicalement pas très inspiré...
Parce que sinon, le retour aux affaires de Tim Burton, avec un conte gothique et gore, sombre et tragique, à la réalisation hors pair et à la direction artistique ultra lèchée avait tout pour réjouir les aficionados, après trop de temps passé à pioncer devant de mièvres contes pour chiards et autres remakes inutiles.
D'autant plus dommage qu'en plus c'est sans doute l'uns des meilleurs rôles récents du pourtant rarement à chier
Johnny Depp.
Mais rien que parce qu'on entrevoit ici la possibilité d'une résurrection... Ca mérite d'être encouragé!

10. Et comme l'année dernière, y a pas de 10.
Mais que l'on ne s'inquiète pas pour autant, à l'image d'un Bifff 2008 beaucoup plus emballant - à tous points de vue - que son sinistre prédécesseur, le genre remonte la pente!

Allez, espérons que ça se confirme en 2009...

mercredi 17 décembre 2008



Snobs.

"Musée Haut, Musée Bas" de Jean-Michel Ribes (F); avec Michel Blanc, Josiane Balasko, Gérard Jugnot, Isabelle Carré, Pierre Arditi, Victoria Abril...

Entre un conservateur terrorisé par la nature, une mère plastifiée pour devenir une oeuvre d'art, la recherche du parking "Rembrandt", une expo sur les mammouths, un ballet de Vierges ou le vernissage d'une expo de pénis en présence du Ministre de la Culture, la vie quotidienne d'un grand musée parisien, de ses salles d'exposition jusqu'à ses sous-sols, vue par ceux qui le visitent, ceux qui le gèrent, ceux qui y travaillent...

Il y a plusieurs choses qui clochent avec le nouveau film de Jean-Michel Ribes...

La première c'est qu'il trahit beaucoup trop son origine théatrale.
Ce qui donne pas mal de scènes soit par trop figées, soit par trop ampoulées, qui manquent à la fois de ce qu'il faut pour être suffisamment crédibles, voire réalistes et du minimum de folie supplémentaire qui les ferait basculer du côté franchement surréaliste, non-sensique de la barrière.
C'est particulièrement vrai en ce qui concerne les répliques, écrites pour la scène et qui ont souvent un mal fou à passer à l'écran.
Quand à l'absurde - qui est érigé ici en méthode - comme souvent dans le cinéma hexagonal, il tombe généralement à plat.
N'est pas les Monty Python qui veut, que voulez-vous...

La seconde - et c'est la plus gênante, forcément - c'est le snobisme et le parisianisme crasse avec lesquels tout cela est traité.
Le film se voudrait tendre et sympathique envers ses personnages, il arrive juste à être bêtement condescendant.
Certes, personne ne trouve vraiment grâce aux yeux des auteurs, ce qui pourrait passer pour un salutaire mauvais esprit.
Mais la charge tient le plus souvent du sarcasme voire du mépris, ce qui déforce singulièrement son propos.
C'est particulièrement vrai dans le segment concernant les provinciaux qui ne jurent que par les impressionnistes, par exemple...
Comme en plus, les subtiles métaphores (le musée qui prend l'eau, ce genre de choses) ne sont finalement que lourdeurs et gros sabots...

En fin de compte, Ribes passe à côté de son film et ne réussit qu'un poussif assemblage de saynètes vraiment très inégales et traversées par de trop rares fulgurances.
Pour quelques rares scènes réussies (Prévost et son parking, Luchini et les mammouths...), beaucoup trop d'autres sont loupées et dans les grandes largeurs encore (Balasko et son fils, les deux personnages "oeuvres d'art", l'expo de l'artiste conceptuel belge, le calvaire du Christ et j'en passe...).

Et la mise en scène n'arrange rien.
Pas plus que la débauche d'effets numériques, d'ailleurs.

Evidemment, il reste les acteurs.
Mais comme souvent dans ce genre d'entreprise, l'excellence du casting est là pour cacher l'indigence du propos et qui plus est, de par son côté défilé, nous détourne de l'essentiel à savoir le film lui-même.
On en est à guetter leurs apparitions, qui se transforment du coup plus en gadget qu'autre chose...
Et comme, forcément, eux aussi sont inégaux...

On l'aura compris, au final on se verra donc obligé d'écrire que si le film de Ribes contient quelques morceaux de bravoure il est constitué malheureusement de bien plus de bas que de hauts...

C'est tout.

Cote: *

dimanche 14 décembre 2008



Au troisième top on sera en 2009 (I).

Jingle bells, jingle bells, jingle all the way...

C'est de nouveau la saison des bilans, des tops et autres bestoffs!

Et, comme c'est désormais la coutume, on commence en fanfare avec le Fabuleux Flop 5!

Par ordre d'entrée en scène, voici donc les plus consternants navets vus en salle (eh oui!) cette année:

1. "La Momie 3"; de Rob Cohen (USA).
La Tombe de l'Empereur Con-con.
Je n'ai toujours pas décidé si je devais rire ou pleurer au souvenir (douloureux) de cette imparable bouse...
Ce qui est sur en tout cas c'est que la chose (y a pas d'autre mot) remporte haut la main, n'ayons pas peur; le Ed Wood d'Or, le Max Pécas en Chocolat, le Charles Band de Titane, le Golden Chicon certifié Mage Bon-Rêve avec diplôme encadré pleine peau de l'Université de Huy-Waremme du Nanard de l'Année, voire du siècle.
Ah non, c'est vrai, il reste "
Troll 2".
Ouais, mais franchement, à part ça...

2. "Phénomènes"; de M. Night Shyamalan (USA).
Comment a-t-il pu en arriver là?
Avec son défilé de personnages mongoloïdes, son scénar que t'y crois pas, son sous-texte digne d'un épisode de "La Petite Maison dans la Prairie" (celui ou Laura retrouve son missel qui avait été volé par Nelly), ses rebondissements tout droit sortis d'un vieux Scooby-Doo et ses acteurs à côté desquels Smaïn passerait fastoche pour Daniel Day-Lewis, "The Happening" (y a de ça, oui) enfonce le clou - après le pourtant déjà pitoyable "
La Jeune Fille de l'Eau" - quant à l'apparente et visiblement inéluctable dériliction de la carrière de son "auteur".
Pour lequel il est quand même plus que temps de se ressaisir, bon sang de bon suaire!

3. "L'Orphelinat"; de Juan-Antonio Bayona (S).
Même pas peur, même pas mal, même pas envie de paëlla!
Mais franchement, FRANCHEMENT, que peuvent donc bien trouver les gens - spectateurs, critiques, jurés de festivals - à cette sombre merde? Aucune originalité, un développement plan-plan à mourir, pas de suspense, des rebondissements ultra-téléphonés (ou alors faut jamais avoir vu le moindre film de fantômes ni le moindre film à twist de toute sa vie), des personnages dont on se contrefout, des acteurs qui cachetonnent (Geraldine Chaplin, misère!), de la psychologie de bazar (d'où un sous-texte de carnaval)... le tout mené à un rythme de sénateur (j'ai failli m'endormir. Vraiment!)...
Au total, un truc qui, en dehors d'un ou deux effets faciles destinés à faire sursauter et rien d'autre, m'a fait aussi peur que la lecture de "Oui-oui et le Korrigan" (je devrais pas dire ça, j'ai chié ma mère quand je l'ai lu, étant petit).
Le renouveau du cinéma espagnol? Il doit être coincé à la frontière, oui...

4. "Cortex"; de Nicolas Boukhrief (F).
Bien entendu, il y a André Dussollier: magistral!
Evidemment, il y a quand même quelques bonnes idées de mise en scène.
Et puis il y a la maladie. Alzheimer en personnage principal, qui force tout le film à prendre son rythme.
Mais bon, c'est loupé.
C'est mou, c'est terne, c'est poussérieux et surtout ça n'aboutit nulle part, si ce n'est à l'une des résolutions les plus foireuses et ridicules de 2008.
Et rien que parce qu'il a réussi à passer complètement à côté de son film alors qu'il avait toutes les cartes en main pour le réussir, Boukhrief et son "Cortex" méritent de figurer ici.
C'est moche mais c'est comme ça.

5. De manière générale, tous les remakes "américains" (parce qu'en plus ils sont généralement ralisé par des français ou des japonais) de films fantastiques asiatiques. "The Eye", "Shutter", ce genre de choses... On en a encore eu une plâtrée lors du dernier Bifff.
Relectures aseptisées, sans vie, pour tout dire chiantes et surtout particulièrement basses de plafond - vu le public - de films généralements honorables, voire intéressants, dans lesquelles en plus pas mal de gens (Palud et Moreau, par exemple) viennent gâcher leur talent.
Il faut que ça s'arrête sérieux!
IL FAUT QUE CA CESSE!


Bon allez, du calme... Fini, ici. Et à bientôt pour la suite.



Plat de résistance.

"Mesrine: L'Ennemi Public N°1" de Jean-François Richet (F); avec Vincent Cassel, Ludivine Sagnier, Gérard Lanvin, Mathieu Amalric, Olivier Gourmet, Samuel Le Bihan...

Deuxième partie de l'incroyable parcours de Jacques Mesrine - à qui ses casses et autres actions criminelles spectaculaires valurent d'être surnommé l' Ennemi Public N°1 par les médias - de son retour du Canada à sa mort, Porte de Clichy, le 2 novembre 1979.

C'est dingue comme on peut avoir l'impression, à la vision de cette deuxième partie, que tout le premier film n'était finalement qu'un prétexte.
Un magnifique prétexte, certes, qui se suffirait bien à lui-même, tenez, ne serait-ce cet "Ennemi Public", justement. Tellement maitrisé, lui, qu'il le ferait presque oublier.

Une première partie qui n'aurait été là, en fait, que pour annoncer celle-ci.
Pour installer les personnages, placer l'ambiance, lancer l'histoire, jusqu'à aboutir à ceci: un deuxième volet beaucoup plus vif et spectaculaire, plein à craquer de scènes que l'on pourrait presque qualifier d'anthologiques (enfin, laissons le temps au temps), "tenu" à merveille par son réalisateur et gonflé par un scénario à l'écriture merveilleusement ambigue.

Cette ambiguïté qui, à mon sens, fait beaucoup pour la qualité de l'ensemble.

Le tout, et là aussi encore plus que dans le premier opus, porté par un Vincent Cassel hors norme, aidé qui plus est par quelques beaux face-à-face avec des partenaires de très haut niveau, aux personnages beaucoup plus écrit que dans "L'Instinct de Mort" (heureusement d'ailleurs, sinon je me ferais encore reprendre pour avoir laissé sous-entendre qu'ils n'existaient pas vraiment. Comprenne qui pourra).

En effet, les compositions massives - dans le sens noble du terme, c'est à dire "à l'ancienne" - et pourtant subtiles de comédiens d'exception tels qu'Olivier Gourmet, Mathieu Amalric ou Ludivine Sagnier (et à l'exception notable de Lanvin, abominable et totalement ridicule dans le rôle de Charlie Bauer, qu'il joue "avé l'accent" et les mimiques comme si on était dans un vieux Fernandel) sont comme autant de "cannes" sur lesquelles Cassel peut appuyer son jeu.
Ce dont il ne se prive évidemment pas, en tirant le meilleur effet.

Comme, de surcroit, le film lui ménage quelques belles occasions de briller dans un registre peut-être un peu moins physique (c'est extrèmement relatif),et relevant plus de la comédie pure - parfois au sens littéral du terme comme dans cette très drôle scène de procès - il n'en est encore que plus impressionnant.
D'autant que ces scènes sont servies par des dialogues qui claquent, lesquels achèvent de donner au film cette patte "vintage" qui fait aussi son charme...

Pour le reste, ce deuxième "Mesrine" évolue dans les mêmes eaux troubles que son prédécesseur, avec des scènes d'une violence peu commune, comme celle de l'enlèvement du journaliste de "Minute", qui continuent à dresser du malfrat un portrait à la fois sombre et lumineux, balançant sans cesse entre le personnage "public" - hableur et charismatique, sabrant le champagne avec les policiers venus l'arrêter ou risquant sa liberté pour rendre visite à son père mourant - et le quasi psychopathe, mégalo et violent, pour qui la vie ne semble parfois pas avoir d'importance.

C'est la force et le souffle de ce portrait-là, ainsi que la construction et le découpage ultra-dynamique, toujours vers l'avant, qui donnent au dyptique sur Mesrine son implacable intensité.
Jusqu'à ce qu'il s'achève sur un coda aussi bouleversant que bizarrement christique (y a qu'à voir l'affiche, on dirait celle de "La Passion du Christ" de Gibson), finalement bien à l'image du film dans son ensemble...

Puissant et délicieusement ambigu.


Cote: ****

lundi 8 décembre 2008




"In Ireland they put you away in the Maze..."

"Hunger" de Steve McQueen (UK); avec Michael Fassbender, Liam Cunningham, Stuart Graham, Liam MacMahon, Davey Gillen, Lalor Roddy...

Prison du Maze, 1981. Ne voulant pas être considérés comme des prisonniers de droit commun et porter l'uniforme carcéral, les militants de l'IRA ont entamé la "Blanket and No-Wash Protest", vivant nus, refusant de se laver, de se raser, de se couper les cheveux et partageant des cellules répugnantes, au murs maculés de leur propre merde. Lorsque la direction leur propose des vêtements civils, une émeute éclate. C'est alors que leur leader, Bobby Sands, fait part à l'aumonier de la prison de son intention de mener une grève de la faim au finish afin d'obtenir pour ses camarades le statut de prisonniers politiques.

Attention, âmes sensibles s'abstenir!

Dans la lignée du "Bloody Sunday" de Paul Greengrass mais poussant encore plus loin sa logique à la limite du documentaire, "Hunger" est un film-choc!
Un vrai.
Un de ceux qui font vraiment mal.

Une oeuvre frontale et jusqu'au-boutiste qui prend littéralement aux tripes.

Usant d'un sens achevé de l'image, du rythme et du découpage, le plasticien Steve McQueen - qui réussit avec ce premier film un impressionant et très réussi changement de discipline - signe un grand film politique, un drâme bouleversant et - par delà - une oeuvre proche à la fois du cinéma d'art et d'essai, du film militant et du film d'horreur pure.

Brutal, radical et en même temps visuellement splendide, presque élégiaque, "Hunger" est l'un de ces films dont il est difficile, impossible même, de sortir intact.

Avançant de manière extrèmement subtile grâce à une construction éclatée qui alterne courts passage brutaux, presque hystériques, et longs plans séquences permettant de rendre palpables la peur ou le désespoir de ses protagonistes, le film de McQueen est aussi, grâce à son scénario incisif et à la grâce de son évolution finale, une oeuvre d'une grande pudeur - malgré tout ce qu'il montre - et d'une grande dignité.

Ne chargeant jamais inutilement - en dehors du gouvernement Thatcher, bien entendu, les personnages ou même les institutions qu'il décrit.
Que ce soient les gardiens (splendide scène d'ouverture sur l'un d'eux baignant ses poings meurtris), les militants, leurs familles, les policiers (le jeune "CRS" littéralement malade lors de la très impressionnante scène de la fouille)...

Et c'est aussi de cette humanité, palpable, de cette compassion presque, que surgit la grande force du film.

Le reste étant affaire d'art et donc de parti pris.

En bon styliste qu'il est, certainement pas manchot avec une caméra, McQueen ménage ses effets et signe une oeuvre d'une beauté formelle évidente tout en osant aller au bout de ses idées, comme le prouve ce plan-séquence de 17 minutes uniquement constitué d'un dialogue entre Bobby Sands et un prètre, d'autant plus impressionnant que le reste du film est presque muet, ou en tout cas très avare en dialogue...

Et au sommet de cette merveille de cinéma; ce que l'on aurait presque envie de qualifier de "cerise sur le gâteau" si l'expression ne prenait pas ici l'aspect d'un mauvais jeu de mots: l'interprétation hors norme du comédien anglo-allemand Michael Fassbender, amaigri de manière vraiment très inquiétante, qui livre ici un portrait de Sands fiévreux et passionné.

Fiévreux et passionné, tout comme le reste du film, oui.

Assurément l'une des réussites les plus évidentes de cette fin d'année.

De cette année?

De ces dix dernières années!


Cote: ****



He did the Monster Mash... It was a graveyard smash...

Forrest J. Ackerman: 1916-2008.

Voila évidemment un nom qui ne doit pas dire grand'chose à la plupart des gens.

Et pourtant...

L'influence de Forrest J. Ackerman sur la littérature et le cinéma fantastique ou de S.F. est - était ! - considérable.

Il fût le premier a éditer une revue ("Famous Monsters of Filmland") entièrement consacrée à ces "sous-genres".
Revue qui allait par la suite décider directement ou indirectement de la carrière de certains de ses lecteurs assidus.
Danny Elfman, Stephen King, Tim Burton, George Lucas, Rick Baker, Peter Jackson... ils sont nombreux à se réclamer de l'héritage de celui qui peut être considéré aussi comme l'un des tous premiers geeks.

Collectionneur infatigable, créateur d'un musée consacré au cinéma de genre, auteur de nouvelles, créateur du personnage de Vampirella, crédité comme étant l'inventeur même du terme "sci-fi", Ackerman ne faisait pas partie de la légende. Quelque part, il était la légende.

Il est mort vendredi dernier à l'âge de 92 ans.

dimanche 30 novembre 2008

Heroes and Icons...


(Toshiro Mifune - 1920/1997)


L'Emprise.

"L'Echange" (Changeling) de Clint Eastwood (USA); avec Angelina Jolie, John Malkovich, Jeffrey Donovan, Colm Feore, Amy Ryan, Jason Butler Harner...

Los Angeles dans les années 20. Le fils de Christine Collins disparait. Mise sur la selette par l'opinion publique à cause de son manque de résultats et de sa prétendue corruption, la police locale met tout en oeuvre pour résoudre l'affaire rapidement. Quelques mois plus tard, elle restitue à Christine un garçon de neuf ans prétendant être Walter. Troublée, la jeune femme ramène l'enfant à la maison. Mais au fond d'elle, elle sait pertinemment qu'il n'est pas son fils.

Allez, d'abord, un peu de tartinage de culture générale...

Qu'est-ce donc que ce "changeling" qui donne son titre original au film, me demanderez-vous, bon sang de bois? (non, Christophe, cher ami, cela n' a rien à voir avec une tagline ou un one-liner, détrompez-vous).
Eh bien figurez-vous qu'il s'agit, dans le folklore européen, d'un leurre déposé par les fées en échange de l'enfant qu'elles leur ont enlevé.
Dingue, non?
Oui, enfin, ce qui est surtout dingue, c'est de constaster une fois de plus au travers de cet exemple à quel point les titres originaux sont plus adéquats que leurs "traductions" françaises.
Bien qu'ici, "L'Echange" n'aie rien de honteux, bien au contraire.
Mais c'est bon pour une fois...

Et maintenant, un peu d'histoire...

"L'Echange" nous arrive précédé de la redoutable mention "inspiré d'une histoire vraie", signe soit que l'on va avoir droit à un affreux mélo tire-larmes, soit que le film n'a de réel qu'une vague situation de départ, le reste étant extrapolé (poussez, poussez, l'extrapolé... Pouf pouf. Pardon...).
Rien de tout cela ici, aussi étonnant que cela puisse paraitre au vu du nombre de rebondissements tous à première vue plus invraisemblables (et parfois abominables) les uns que les autres.

Non seulement le film s'inspire-t-il réellement d'une affaire criminelle ayant défrayé la chronique à la fin des années 20 (connue sous le nom de "Wineville Chicken Coop Murders") mais Clint Eastwood pousse-t-il la rigueur historique jusqu'à conserver les noms des protagonistes et à reproduire jusqu'aux minutes du procès original.
Vu le contenu de l'oeuvre, il était nécéssaire de le préciser.

Quant au film lui-même...

Eh bien, il était couru d'avance que les détracteurs du vieux Clint allaient lui reprocher une fois de plus de pécher par excès d'académisme.
"L'Echange" prêtait même idéalement le flanc à cette critique de par le fait qu'il est inspiré d'une histoire vraie, justement...

Mettons directement les points sur les "i": si Clint Eastwood est un cinéaste classique - et si, par delà, son dernier né peut-être considéré lui aussi comme un film "classique" - c'est de classicisme au sens le plus noble du terme dont il s'agit ici.
Classique, oui.
Mais comme John Ford ou Douglas Sirk peuvent être eux aussi considérés comme classiques.
On peut rêver pire comme comparaison, non?
D'ailleurs, ce n'est pas par hasard si ces deux cinéastes sont cités ici, tant l'on peut trouver de similitudes entre leur oeuvre et le film d'Eastwood.
Le premier pour le côté rugueux, viril de ses intrigues et surtout pour la droiture de ses héros, plongés dans des univers en pleine dériliction.
Le second pour ses mélos flamboyants derrière lesquels se cachent, là aussi, des sociétés sombres et rongées de l'intérieur, de ténébreux secrets, de la corruption...

Car il est bien évident qu'en tentant à tout crin de démontrer à quel point la police et les politiques du Los Angeles de l'époque étaient non seulement complètement rongés par la corruption et la violence mais également prêts à tout pour le cacher et pour garder leur privilèges intacts, Eastwood dessine en filigrane le portrait de l'Amérique actuelle telle qu'on la connait, encore en proie aux mêmes démons.
Le portrait d'une société en train de s'effondrer, tellement sont rongées les fondations mêmes sur lesquelles elle repose.

Tout cela étant d'ailleurs magnifiquement souligné par certaines scènes dont l'apparente cruauté gratuite (une exécution filmée froidement et quasiment dans son intégralité, par exemple) n'est que le symbôle d'autant de fissures dans le miroir, d'autant de grains de sables dans une machine apparement bien huilée.

Rajoutons à cela un magnifique portrait de femme, féministe avant l'heure et sans le savoir, aux prises avec une société machiste qui ne reculera devant rien pour la faire taire, et nous tenons là un futur grand classique (eh oui!) du cinéaste.

Et même du cinéma américain de ces dernières années.

Aidé qui plus est par l'interprétation en tous points impressionnante d'Angelina Jolie - qui prouve enfin qu'elle est une véritable actrice - ainsi que par l'une des reconstitution d'époque les plus rigoureuses qu'il m'ait été donné de voir ces dernières années, Clint Eastwood prouve, une fois de plus qu'il est sans doute l'un des derniers vrais grands cinéastes (Classiques! Oui! Classiques!) encore en activité à Hollywood.

Et malgré son grand âge on ne peut espérer qu'une chose: que cela dure encore longtemps!


Cote: ****

lundi 24 novembre 2008



Le gros machin rouge.

"Hellboy 2" de Guillermo Del Toro (USA); avec Ron Perlman, Selma Blair, John Hurt, Doug Jones, Jeffrey Tambor, Luke Goss...

Après qu'une ancienne trève entre le genre humain et le Royaume Invisible ait été rompue et qu'un redoutable chef de guerre ait renié ses origines, une terrible menace plâne sur notre monde: une armée de créatures que nul ne semble pourvoir arrêter s'apprête à déferler, libérant l'Enfer sur Terre. Avec ses partenaires du B.P.R.D., Hellboy, créature appartenant aux deux mondes mais qui n'a jamais été vraiment accepté par aucun, devra intervenir et choisir entre la vie qu'il connait et un avenir plus qu'incertain.

Décidément, la carrière de Guillermo Del Toro est bien étrange...

Et quelque part comparable à celle de son personnage-fétiche.
Le brave mexicain ayant en effet lui aussi le cul entre deux chaises, balancé qu'il est d'un film à l'autre entre un cinéma plus intimiste et personnel (ça reste néanmoins très relatif) et les gros actioners hollywoodiens.

D'un côté, le fantastique "espagnol", plus ancré dans ses racines, des films à budgets plus restreints mais évoluant dans un univers qui lui semble plus personnel ("Cronos", "L'Echine du Diable", ou bien sûr le magnifique "Labyrinthe de Pan"), de l'autre de monstrueux blockbusters pétaradants, bourrés jusqu'à la gueule de scènes d'actions mégalomanes et d'effets spéciaux à couper le souffle ("Mimic", "Blade II", la série des "Hellboy").

D'un côté des hauts très haut (la première catégorie et le premier "Hellboy", en gros) de l'autre des bas abyssaux (le deuxième "Blade", franchement le pire épisode d'une série pourtant déjà pas terrip, terrip au départ).

Et entre les deux mon coeur balance.

Avec un net penchant pour ses "petits" films, bien entendu, mais encore...
Force m'est de reconnaitre des qualités à "Mimic" ou, surtout, au premier "Hellboy", justement...

L'ayant revu récemment en télé je m'étais rendu compte, plus à cette seconde vision qu'à la première, à quel point le film, somme toute fort fidèle à l'univers du comic original de Mike Mignola, était attachant.

Grâce essentiellement à son personnage principal, forcément hors du commun mais aussi éminemment humain.
Ce gros truc rouge picolant et fumant des cigares, passant son temps à râler et à regarder des vieux films à la téloche entre deux missions invraisemblables, ce super-héros hors normes qui ne rêvait que d'une chose, devenir normal, trouver sa place dans la société et fonder une famille avec son amoureuse (pourtant assez bizarre et bien barrée, elle aussi), c'était finalement ce qui faisait tout le sel et l'intérêt de ce premier opus.

Ca et l'ambiance très "Appel de Cthullu" développée par Del Toro, évidemment... Sans parler de l'interprétation impeccable d'un Ron Perlman que l'on aurait dit né pour jouer ce rôle.

Bref...

C'est donc avec curiosité et envie que je m'en allais voir la suite.

Hélas, trois fois hélas (once again)! Quelle ne fût pas ma déception, allez...

D'abord parce qu'à trop vouloir développer ses personnages secondaires (ce qui est louable en soi, bien entendu) Del Toro a perdu de vue le trésor qu'il avait entre les mains en la personne de Hellboy lui-même.
Ici, le Rejeton de l'Enfer est presque relégué au second plan.
Et comme l'écriture est molassonne, même ses one-liners d'anthologie tombent à plat.
L'humour, salutaire et omniprésent dans le premier volet est ici complètement lourdingue et grotesque, d'ailleurs.
Du coup, le personnage perd de son intérêt.
Et comme ses comparses peinent à soutenir la comparaison c'est tout le film qui en prend un coup et qui s'essoufle, malgré la surenchère dans les scènes d'actions et les rebondissements.

Bien sûr, il serait malhonnête de prétendre que l'on s'ennuie.
Que du contraire!
On n'en a même pas le temps tellement tout le film est monté comme une sorte de gigantesque surenchère permanente.
Et puis, bien entendu, c'est très bien foutu.
La direction artistique, les effets et même la réalisation sont tout à fait à la hauteur.
Mais au final, tout ça est au service de tellement peu de choses...

Tout le film donne l'impression que Del Toro s'est endormi sur ses lauriers.
Des créatures qu'il recycle (surtout en provenance du bestiaire du "Labyrinthe de Pan", d'ailleurs) jusqu'à ce scénario indigent, indigne d'une BD de pas très bonne facture.

Et puis, l'univers mis en place par le réalisateur s'éloigne de plus en plus de celui de Mignola, penchant plutôt maintenant vers un décorum d'héroïc-fantasy somme toute très enfantin, comme le prouve entre autre la scène d'ouverture et ses ridicules marionnettes.

Qui plus est, ça puise aussi un peu trop à gauche et à droite pour être vraiment honnête, avec des clins d'oeil (ou "d'yeux"?) appuyés à "Star Wars", au "Seigneur des Anneaux" ou même à "Harry Potter" (si, si!)...
Une trop vaste et surtout bien trop tiède tambouille , en fait...
Tout cela sans même parler du final, ridiculement expédié avec l'eau du bain...

Alors, bien entendu il reste pas mal de choses à défendre.
Quelques très belles scènes comme celle de l'homme-plante, par exemple.
Un chatoiement à la limite du kitsch dans les créatures, les effets spéciaux, la direction artistique en général, qui continue à donner au film une belle allure et à le faire évoluer dans un univers plaisant à l'oeil.

Mais l'un dans l'autre, en dehors d'un gros divertissement boursouflé et qui en met effectivement plein la vue, rien qui n'arrive ne fût-ce qu'à la cheville de l'original...


Cote: **

mercredi 19 novembre 2008


Comme un parfum de tapas...

"Vicky Cristina Barcelona" de Woody Allen (USA); avec Scarlett Johansson, Rebecca Hall, Javier Bardem, Penélope Cruz, Patricia Clarkson, Kevin Dunn...

Vicky et Cristina sont deux grandes amies à la vision du monde et surtout de l'amour diamétralement opposée. La première à les pieds sur terre, croit à l'amour et est fiancée à un garçon sérieux. La seconde, plus frivole, est en perpétuelle recherche de nouvelles aventures. Invitées par de vagues parents de Vicky, elles vont passer l'été à Barcelone. Là, elle vont faire la connaissance de Juan Antonio, peintre sensuel et provocant, incarnation parfaite du "latin lover", lequel va tenter de les séduire toutes les deux.

Aaaaaaaaaaaah! Woody, Woody, Woody, Woody...

On ne nous le changera plus.

Et c'est tant mieux, d'ailleurs, d'une certaine façon.

Bien, que, quand même...

Il commence vraiment, avec l'âge, à verser dans la caricature et à réaliser de plus en plus de films de la main gauche.
Le pire étant qu'on ne peut même pas lui reprocher un excès de paresse: avec un film par an en moyenne depuis au moins 20 ans, c'est plutôt le contraire.
Un vrai stakahnoviste, le Woody!
Et c'est peut-être justement là que la bât blesse...
Peut-être devrait-il se forcer à un rythme moins éffrené et plus se concentrer sur ses films, prendre le temps de construire quelque chose plutôt que de foncer de films mineurs en films mineurs comme c'est le cas depuis quelque temps déjà.
Préférer la qualité à la quantité, en somme...

Mais d'un autre côté, l'angoisse de la mort qui sourd de l'ensemble de son oeuvre fait que, comme chez Clint Eastwood mais avec des résultats plus mitigés, on comprend cette boulimie, cette frénésie de tournages, pourrait-on même dire...

Mais en attendant, voila, le résultat est là.

Et même si l'on ne peut s'empêcher, surtout si comme moi on est fan, de prendre du plaisir à regarder cette nouvelle confiserie du petit maître, cela reste quand même très volatil et très superficiel.

Après un assez long passage (oui, vu la vitesse à laquelle il tourne ça reste aussi très relatif) par la Grande-Bretagne et plus particulièrement par Londres - et à défaut d'avoir pu monter son projet parisien - voici donc Tonton en vadrouille sous le soleil d'Espagne.

Et le moins qu'on puisse dire c'est qu'il n'y va pas par le dos de la cuiller point de vue "escapade touristique", visite guidée du pays des toros!

Rien ne nous est en effet épargné d'une Espagne de carte postale où les clichés s'accumulent jusqu'au quasi trop plein.
Guitare, Gaudi, Miro, le parc Güell, vin et castagnettes, Ramblas et Sagrada Familia, tout y passe, rien ne manque à l'appel.
Jusqu'aux personnages, brossés à très gros traits: Javier Bardem en peintre bellâtre forcément hédoniste et queutard et Penélope Cruz en épouse jalouse au tempérament volcanique et au look particulièrement échevelé.

Mais malgré tout, ça passe.
On s'y plait, dans cet album Panini barcelonais.
Grâce à une petite troupe d'acteurs attachante (au premier rang de laquelle figure la belle découverte qu'est Rebecca Hall, déjà entraperçue dans "Le Prestige"), à un scénario plus subtil qu'il n'y parait même s'il n'hésite pas, lui aussi, à parfois emprunter des chemins par trop balisés (le final explosif et pétaradant n'est que moyennement crédible, pour tout dire), des dialogues qui font mouche - comme toujours - et la beauté ensoleillée des paysages catalans.

Une fois de plus, en tout cas depuis "Match Point", sa dernière vraie réussite, Woody Allen nous offre donc un petit film plaisant, intelligent, drôle et raffiné mais totalement éphémère.

Un film dans lequel on se plait comme dans de vieilles pantoufles (Ah! Ces sempiternels génériques sur cartons noirs et blancs!).
Et qu'on va voir, aussi, par habitude.

En attendant déjà le prochain.

Comme quoi...


Cote: **

mercredi 12 novembre 2008



Dub-Yah!

"W." d'Oliver Stone (USA); avec Josh Brolin, Elizabeth Banks, James Cromwell, Ellen Burstyn, Richard Dreyfuss, Thandie Newton...

L'irrésistible ascension de George W. Bush qui, malgré les pressions familiales, est passé du stade d'alcoolique notoire et fainéant de compète à celui d'improbable quarante-deuxième président de la première puissance mondiale.

Oliver Stone est un solide manipulateur et un fameux roublard. Qu'on se le dise!

"C'est pas nouveau!" me braille l'écho!
Oui mais quand même...
A ce point-là, ça relève de l'exploit, du véritable sport.

Car avec ce nouveau portrait présidentiel (après "Nixon" et sans compter "JFK") il arrive vraiment à tordre complètement la réalité pour la faire rentrer dans un seul cadre, la voir au travers d'un seul prisme, celui du psychodrame familial.
Il ne nous montre rien d'autre ici qu'un George Bush décliné en vilain petit canard, condamné pour toujours à vivre dans l'ombre d'un père rigide, ambitieux (pour lui et pour les autres) et pour tout dire fort encombrant.
Un père de l'influence duquel il va essayer de s'extraire à tout prix et à qui il n'aura de cesse de prouver qu'il vaut aussi bien que lui, si pas mieux.
Et tout cela sans parler du frère (même si le personnage est ici expédié) ni même de la mère, calculée en espèce de descendance d'éminence grise...

Ce qui nous donne un portrait sans finesse ni nuance d'un W. montré sans cesse comme un imbécile heureux somme toute sympathique et malheureusement manipulé.
Le méchant c'est pas lui.
Les vrais affeux sont ailleurs, ce sont ses conseillers, ses gourous, son bras droit, présentés eux comme réellemment calculateurs et machiavéliques - en particulier un Dick Cheney très retors interprêté avec ce qu'il faut de visquosité par un excellent Richard Dreyfuss.

Du coup, le film, auquel on peut déjà reprocher d'arriver un peu trop tard et de tirer mollement sur l'ambulance, passe tout à fait à côté de son sujet et parvient à réussir l'étonnant tour de force de rendre le futur-ex-président presque sympathique.
Ce qui n'était probablement pas le propos de Stone au départ, en plus.
Malheureusement celui-ci semble bizarrement s'assagir depuis quelques temps, émoussant ses lames sur le rocher du politiquement correct.
Semblant même vouloir, depuis un "World Trade Center" d'extrèmement pénible souvenir, présenter ses excuses à la patrie, comme s'il regrettait ses excès passés.

Le pire c'est qu'en dehors de ses travers à tendance hagiographique (Djoss! Deux fois en deux critiques! A moi la floche!) le film en lui-même n'est pas vraiment mauvais et même plutôt agréable à suivre, si on le prend par le bout du biopic lambda.

La réalisation est discrètement virtuose (on est loin des kitscheries passées mais la scène du rêve dans le Bureau Ovale est un modèle de découpage, par exemple), les coulisses du pouvoir sont habilement disséquées (Même si tout cela est invérifiable. Après tout, personne n'était là pour entendre ce qui se disait, hein?), Oliver Stone, qui nous rappelle qu'il est aussi un brillant scénariste, s'y connait pour ce qui est de raconter une histoire... et bien évidemment, l'interprétation est hors norme!

La création de Josh Brolin, qui arrive à se couler dans le "moule" W. est réellement impressionnante.
Et ses partenaires sont à la hauteur, en particulier James Cromwell dans le rôle d'un Bush père à la fois monolithique et étrangement humain.

L'un dans l'autre, "W." est donc loin d'être un pamphlet, encore plus loin d'être un brûlot.
C'est le film mi-figue, mi-raisin d'un auteur qu'on a connu plus engagé et surtout plus enragé, sauvé en grande partie par son savoir-faire.
Et encore plus par son interprète principal.

Bien foutu à défaut d'être tout à fait honnête. Et qui ne restera probablement pas dans l'histoire.


Cote: **

jeudi 6 novembre 2008



An-ti-so-cial!

"Mesrine - L'Instinct de Mort" de Jean-François Richet (F); avec Vincent Cassel, Cécile de France, Gérard Depardieu, Ludivine Sagnier, Gilles Lellouche, Elena Anaya...

Le parcours criminel de Jacques Mesrine, du Paris des années 60 au Canada des années 70. Du petit voyou de la Place Clichy à l'ennemi public numéro un.

Curieux quand même tout ce qu'on entend à propos de ce film (ou plutôt de ce "demi-film", puisqu'il s'agit bien ici d'un diptyque, d'un grand film coupé en deux - et de manière assez abrupte, d'ailleurs).

En gros, deux camps se dégagent: d'un côté, ceux qui lui reprochent de ne pas prendre parti et de se contenter de livrer les faits de manière chronologique, historique et quasi documentaire, sans brosser vraiment le portrait de Mesrine, sans se pencher sur sa psychologie et surtout sans se préoccuper de ses motivations.
De l'autre, ceux qui, au contraire, trouvent qu'il prend trop parti et de la mauvaise manière qui plus est, finissant par dresser un portrait flatteur et presque hagiographique du criminel.

Et c'est justement parce que le film est quelque part un mélange de tout cela qu'il devient réellement intéressant, passionnant, même.

D'une part tous les épisodes les plus captivants, les rebondissements les plus sidérants de cette vie de héros romantique nous sont montrés avec une rigueur paradoxalement ludique et une maîtrise cinématographique digne de ses aînés américains par un Jean-François Richet à qui sa paranthèse outre-atlantique (le remake d' "Assaut" de Carpenter) a visiblement fait le plus grand bien.

On y retrouve le souffle et la vista qui faisaient le sel des grands films de gangsters et de braquage des années 70, de ceux que tournaient des Friedkin et des Lumet.
Mais avec une évidente touche de modernité en plus qui fait que tout cela ne verse jamais non plus dans le chromo ou dans la nostalgie.

Et quand on parle de rebondissements sidérants ce n'est pas une vue de l'esprit.
Certains d'entre eux sont tellement énormes qu'on les croirait presque inventés pour le film.
Or il n'en est rien, évidemment!
Et c'est ce qui rend ce "Mesrine" encore plus incroyable: des scènes comme celle de l'enlèvement du milliardaire ou surtout celle de l'attaque de la prison canadienne que l'ont croirait vraiment surgies d'un roman ou, mieux, d'un film.

Quoi de plus cinématographique en effet qu'une vie à ce point hors normes qu'on la verrait bien surgir d'un scénario spécialement écrit pour l'occasion?
Rien, bien entendu, et c'est là que le film de Richet marque des points.

Elevé à des kilomètres au-dessus du sol par la seule force de son personnage principal.

Peu d'oeuvres, peu de chefs-d'oeuvres même, peuvent en dire autant.

D'autre part l'ambiguité, la schizophrénie même du personnage n'est pas non plus laissée sur le côté.
Même si globalement le film se complait effectivement un peu - mais ce n'est pas forcément pour déplaire - dans une ambiance faisant la part belle aux gangsters à l'ancienne, au grand coeur, respectant à la lettre un code d'honneur surrané...
Aux "bandits d'honneurs" tels qu'on en voyait dans les films français des années 50 ou 60, en somme...

La terrible violence qui habite Mesrine est toujours bien là, bien présente et pas forcément sous la surface.
Dès le début du film et cette scène se situant lors de la Guerre d'Algérie, on comprend ce dont l'homme est capable.
Et certaines scènes, ici aussi, rendront compte du jusqu'au-boutisme, de la rage mais aussi de l'égoïsme forcené et de la mégalomanie sauvage de cet homme, prêt à sauver une prostituée des griffes de son mac (dans une scène sidérante de violence sourde) mais aussi à mettre un flingue dans la bouche de sa propre femme quand elle a le cran de vouloir se mettre sur son chemin.

Entre humanité et monstruosité, un portrait finalement beaucoup plus nuancé que celui que d'aucuns voudraient y voir.

En dehors de cela, la capacité qu'a Richet de s'emparer des codes du film d'action pour les transcender, transformant ce qui est au départ un pur film de gangsters - avec ce qu'il faut de braquages, de flingues et de personnages troubles - en une sorte de portrait en forme de puzzle finit par emporter le morceau.

Aidé en cela par une reconstitution d'époque impeccable et surtout par l'interprétation monstrueuse d'un Cassel qui est vraiment Mesrine. Qui habite le personnage comme personne d'autre que lui, sans doute, n'aurait pu le faire. Et qui bouffe littéralement tout sur son passage!

Quitte à faire oublier (mais ce n'est qu'une première partie, ne perdons pas ça de vue non plus) que le film passe un peu outre les révoltes et les engagements du criminel, que les implications socio-politiques, même si elle sont bien là, sont pour le moins... survolées...
Et qu'en dehors de Mesrine (et mis à part le personnage de parrain proche de l'OAS campé par un Depardieu vraiment impressionant) aucun personnage secondaire n' "existe" réellement (c'est particulièrement vrai, hélas, en ce qui concerne la Jeanne Schneider interprêtée par la pourtant irréprochable Cécile de France).

Il n'empêche que quand cette première partie s'achève, sur un réel goût de trop peu dû heureusement pour une fois à la qualité et à la densité de l'ensemble, on n'a qu'une seule envie: voir la suite.

Et vite!


Cote: ****

lundi 3 novembre 2008



Artillerie Lourde.

"Tonnerre sous les Tropiques" de Ben Stiller (USA); avec Ben Stiller, Jack Black, Robert Downey Jr., Tom Cruise, Nick Nolte, Matthew McConaughey...

Tugg Speedman, star du film d'action en perte de vitesse, Jeff Portnoy, spécialiste de la comédie pétomane soucieux de prouver qu'il est aussi un acteur et Kirk Lazarus, star multioscarisée adepte de la "méthode" se retrouvent sur le tournage d'un film de guerre adapté du livre de souvenirs d'un vétéran du Vietnam. Mais une fois dans la jungle, le tournage dérape. Face aux caprices de ses stars, aux dépassements de budget et à la colère des pontes du studio, l'inexpérimenté réalisateur Damien Cockburn a une idée de génie: emmener ses acteurs au coeur de la forêt tropicale pour y tenter une expérience de "cinéma-vérité"...

A force de le voir se faire complaisement et copieusement humilier dans les films des autres (de "Même pas mal" à "Mon Beau-Père et Moi" en passant par "Mary à tout prix" et son coinçage de couille d'anthologie) on en oublie presque que cet acteur bizarrement sado-maso qu'est Ben Stiller est aussi - bien que plus accessoirement - réalisateur.

Et pas n'importe lequel des réalisateurs.

L'un de ceux - l'un des rares si pas même le seul - capables de faire passer les frères Farrelly pour des parangons de vertu et de bon goût.

A ce titre son nouveau film a quelque chose d'admirable...

Ce qui impressionne, on ira presque jusqu'à dire "ce qui force le respect", c'est de voir à quel point Stiller repousse toutes les limites du politiquement correct et ne recule devant aucune méchanceté, devant aucun mauvais goût pour parvenir à son but: faire rire.
A ce titre, la scène où ses geôliers asiatiques lui font rejouer avec les moyens du bord les passages-clefs du film qui l'a rendu célèbre et dans lequel il interprétait un handicapé mental sont d'une cruauté rarement égalée dans une comédie, américaine de surcroit.

Hélas, trois fois hélas, le reste ne suit pas.
Et le film a tôt fait de retomber comme un soufflé.

D'abord victime de son intrigue par trop rabachée.
Combien n'avons-nous pas déjà vu de films dont le scénario tourne autour d'un groupe d'acteurs qui se retrouvent au milieu d'ennuis sans noms tout en pensant continuer à tourner?
La réponse est: trop.

Ensuite, si gags il y a (et il y en a bien, n'exagérons pas dans l'autre sens non plus) ils sont à partir d'un certain moment par trop clairsemés pour que le film n'y perte pas en rythme (qui plus est, les meilleurs sont, comme souvent, visibles dès la bande-annonce, ce qui gâche un peu le plaisir).
Car le principal problème il est là: après un départ en fanfare - et qui laissait augurer du meilleur - "Tonnerre sous les Tropiques" perd de son rythme, de son souffle et finit par pédaler péniblement dans l'eau des rizières.

D'un autre côté, Stiller se laisse tellement le champ libre et semble tellement s'amuser avec son joujou qu'à un moment - du point de vue narratif, s'entend - le film commence à partir dans tous les sens et à confondre délire avec hystérie.
Et malheureusement, livrés à eux-mêmes, les acteurs sont au diapason.
Avec mention "très bien" à Jack Black qui repousse les frontières du suportable tellement il est en roue libre.
C'est bien simple, même Robert Downey Jr., qui arrive généralement à transformer le cabotinage en atout, est mauvais tellement il en fait des tonnes.
Et pourtant, Dieu sait que son personnage d'acteur "à la Actor Studio" qui se fait opérer pour jouer un Noir pouvait donner lieu à des scènes beaucoup plus barrées que celles auxquelles nous avons droit ici.
En fin de compte, le seul qui arrive à sortir un tant soit peu sont épingle du jeu est le quasi méconnaissable Tom Cruise.
Bien sûr, il surjoue aussi comme un cochon mais son rôle s'y prête bien. Et puis, il a tellement l'air de s'amuser qu'on ne peut pas lui en vouloir.

Pour conclure on dira donc malheureusement que "Tropic Thunder" est un gros foutoir râté dans lequel surnagent plus ou moins péniblement quelques pépites.

Dans lequel on rit, oui, mais à la fois trop lourdement et pas assez souvent.

Et qu'à part une première demi-heure vraiment réussie, elle (Ah ah! Les fausses bandes-annonces!) il n'appelle qu'à un seul constat, d'ailleurs étonnant: Ben Stiller est vraiment très doué pour filmer les scènes d'action.

Une nouvelle voie à suivre, peut-être?



Cote: **

dimanche 2 novembre 2008


Un autre goût.

"Parlez-moi de la pluie" d'Agnès Jaoui (F); avec Jean-Pierre Bacri, Agnès Jaoui, Jamel Debbouze, Pascale Arbillot, Frédéric Pierrot, Florence Loiret-Caille...

Agathe Villanova, féministe nouvellement engagée en politique, revient dans sa maison familliale dans le sud de la France afin d'aider sa soeur, qui y habite, à ranger les affaires de leur mère, récemment décédée. Bien que n'aimant pas la région, qu'elle a quittée dès qu'elle l'a pu, les hasards de la parité l'y ont parachuté en vue des prochaines élection. Parallèlement, Michel Ronsart et son ami Karim, le fils de l'employée de maison des Villanova, profitent de l'occasion pour interviewer Agathe dans le cadre d'un documentaire sur "les femmes qui ont réussi".

C'est donc globalement plutôt une bonne surprise que ce troisième opus d'Agnès Jaoui réalisatrice, surtout après son déplorable prédécesseur "Comme une image". Une bonne surprise, oui. Mais sans plus.

Sans doute est-ce dû en partie au fait que, mettant de l'eau dans son vin, le couple de scénaristes qu'elle forme avec son compagnon Jean-Pierre Bacri fait preuve ici de moins de condescendance et de parisianisme et d'un peu plus de compassion, voire de sympathie, vis-à-vis de ses personnages.
Exit donc ou presque l'agaçant snobisme et la crasse arrogance de "Comme une image".
La bonne idée de déplacer l'action du film en province y étant probablement pour beaucoup.

On se retrouve donc devant des personnages beaucoup plus sympathiques qu'à l'habitude, même si, comme toujours, ils se débattent avec leurs défauts et leurs contradictions.
Ce qui les rend plus attachants et facilite l'empathie que l'on peut avoir vis-à-vis de ce petit film qui, par delà, creuse le même sillon que ses deux grands frères et ce d'une manière malheureusement un peu trop volatile.

Car c'est là le grand problème de "Parlez-moi de la pluie": si cette comédie aigre-douce réserve son lot de moments tantôt drôlatiques, tantôt émouvants, tout est malheureusement trop survolé pour donner entière satisfaction.

Certes c'est très bien écrit (manquerait plus que ça, me direz-vous), les dialogues sont fins et font souvent mouche et la direction d'acteurs frise la perfection (mention particulière à Jamel Debbouze qui prouve, après "Indigènes", qu'il est un véritable acteur, capable quand il le veut de se sortir de son personnage de comique télévisuel).
Mais la réalisation est un peu tristounette et le sujet pas assez approfondi pour convaincre totalement.

De plus, le film souffre une fois encore de l'excès d'ego du tandem de scénaristes qui s'est gardé les meilleurs rôles et les sur-développent au détriment de la plupart des personnages secondaires, à la limite d'être sacrifiés.
C'est particulièrement dommage, d'ailleurs, dans le cas de la subtile et trop rare Pascale Arbillot qui aurait pu, on ne fait hélas ici que l'entrevoir, développer un beau personnage de femme délaissée.

Pour le reste, bien que vaguement cynique par endroits, tout cela dégouline un peu trop de bons sentiments et de politiquement correct pour être tout à fait honnête et appréciable, malgré quelques belles scènes de comédie pure, comme celle de la nuit passée dans une ferme isolée après une tentative de tournage avortée.

Somme toute, avec ses intrigues secondaires esquissées mais jamais vraiment développées (la relation de Bacri avec son fils, celle de Jamel avec sa collègue...) "Parlez-moi de la pluie" souffre sans doute des défauts génériques du cinéma français contemporain: un manque de prise de risque évident et une tendance dommageable au ronron, malgré de bonnes idées, la présence de vrais talents et une certaine "bonne volonté".

Avec tout ça le nouveau film d'Agnès Jaoui finit par être éminemment regardable et plaisant.

Mais c'est vraiment tout ce qu'il y a à en dire.

C'est bien, oui, c'est bien...

Mais c'est peu...


Cote: **

lundi 27 octobre 2008




Un faux.

"Coluche" d'Antoine de Caunes (F); avec François-Xavier Demaison, Léa Drucker, Olivier Gourmet, Denis Podalydès, Serge Riaboukine, Alexandre Astier...

En septembre 1980, Coluche, "comique préféré des français", alors au sommet de sa gloire, décide de présenter sa candidature à l'élection présidentielle. Ce qui ne devait au départ n'être qu'une bonne blague tourne bien vite au délire: le public l'acclame, les associations le soutiennent, la presse monte l'affaire en épingle, bref, tout le monde finit par y croire. A commencer par lui...

L'annonce de la mise en chantier d'un film sur Coluche avait de quoi laisser perplexe.
Le personnage fait trop partie de l'inconscient collectif et est encore trop présent dans l'esprit des gens pour qu'un cinéaste n'ose - déjà - s'y attaquer.
L'homme autant que le comique sont trop énormes pour qu'un comédien n'espère même l'incarner sans y laisser des plumes, voire des dents.
Antoine de Caunes aux commandes, qui plus est, ça n'avait rien pour rassurer.
Homme de télé génial, acteur plus que moyen et cinéaste plan-plan, l'homme - même s'il est une véritable encyclopédie de la culture populaire - ne semblait pas avoir les épaules assez larges pour mener à bien l'entreprise, même s'il en était à l'origine (enfin, plus ou moins).

Et puis, qui allait bien pouvoir jouer Coluche?

En cela, le choix de François-Xavier Demaison, homme de scène quasiment inconnu sous nos latitudes et dont le physique rondouillard se prète assez bien à l'affaire, était peut-être plus judicieux.
Histoire de ne pas faire disparaitre le personnage derrière la "performance" de star ou vice-versa.

Du coup, le résultat est à l'avenant et le film malheureusement trop en demi-teinte.

Certes, performance il y a.
Demaison ne fait pas qu'incarner Coluche: il est Coluche. On ne le soulignera jamais assez.

Hélas, trois fois hélas!
C'est sans doute uniquement sur lui que repose l'intérêt du film.

Car en ne livrant qu'une partie donnée et balisée de la vie de l'artiste - la fameuse campagne présidentielle de 80/81 - de Caunes donne à son film un goût de trop peu.
Il manque quelque chose "avant" pour asseoir réellement le personnage et surtout on a furieusement envie qu'il y ait encore quelque chose "après", quand le film s'achève, un peu en queue de poisson...

Alors, ce "Coluche", fausse bonne idée?

Oui et non, car le portrait est quand même pas mal brossé et donne à voir un Coluche plus humain, plus nuancé et peut-être moins immédiatement sympathique que celui que certains attendaient. Ou voulaient voir.
Un comique parfois plus populiste que vraiment populaire, prèt à tout pour faire parler de lui, quitte à frayer avec des politiciens douteux, aux idées semble-t-il fort éloignées des siennes. Mais un artiste également très engagé sur le terrain, qui semblait la plupart du temps vraiment concerné par les misère et les problèmes des gens, au quotidien.
Bref, un type ambigu, avec ses contradictions.
A première vue quelqu'un de vraiment humain.

Malheureusement, c'est l'enrobage qui manque un peu de coffre.
Le background est survolé, entremèlant 36 intrigues sans vraiment en approfondir une seule, au grand détriment de la lisibilité d'un scénario au final fort confus.
Les second rôles sont à peine exquissés, voire carrément sacrifiés au profit d'un personnage central évidemment ultra-envahissant.
Ca peut paraitre normal au vu du sujet mais c'est malheureusement dommageable pour l'histoire dans son ensemble et surtout très frustant lorsqu'on a affaire à des pointures telles que Léa Drucker, Olivier Gourmet, Denis Podalydès ou à Alexandre Astier ("Kaamelott") très étonnant dans le rôle de Reiser.

Et puis, même s'il a fait des efforts visibles par rapport à ses précédents films, la réalisation de de Caunes manque encore singulièrement de souffle, surtout face à un tel sujet.

Restent quelques éclats malheureusement trop isolés.

L'un ou l'autre dialogues qui font mouche.

Et Demaison, la vraie révélation de l'affaire.

Quand au "vrai" film sur Coluche, il semble malheureusement qu'il soit encore à faire...


Cote: **

jeudi 23 octobre 2008



Au Coeur des Ténèbres.

"Vinyan" de Fabrice du Welz (B); avec Emmanuelle Béart, Rufus Sewell, Julie Dreyfus, Josse de Pauw, Petch Osathanugrah, Ampon Pankratok...

Incapables d'accepter la disparition de leur fils lors du tsunami de 2005 Jeanne et Paul sont restés vivre en Thaïlande dans l'espoir de le retrouver un jour. Lors d'une soirée, ils visionnent un documentaire tourné dans la jungle birmane. Jeanne croit y reconnaitre Joshua et convinct son mari de partir à sa recherche.

Fabrice Du Welz, quelque part, c'est un peu le Amen Ra du cinéma belge.
Le gars qui, au milieu du ronron et du formatage, a un véritable univers, une vista.
Et qui s'y tient.

A mille lieues des Dardenne comme des Mariage, Lanners et autres Liberski, Du Welz trace sa route particulière, singulière même, avec un jusqu'au boutisme qui fait plaisir à voir.

Cinéphile forcené, grand amateur de films de genre, tenant d'un cinéma qui parle au tripes et qui donne à voir, il construit ses films comme autant de gigantesques expériences sensorielles auxquelles il faut se laisser aller sous peine de se retrouver rejeté sur la berge au bout de vingt minutes.

Alors oui, comme tous les stylistes de son genre, Du Welz cite et régurgite.
Mais il le fait à bon escient!

C'est particulièrement vrai ici, dans un film qui démarre comme du Gaspar Noé (le générique et la scène dans les bars, au début) pour finir en un gigantesque foutoir à la Apocalypse Now.
Et au cours duquel, entre temps, on aura croisé Fitzcarraldo et les fantômes de Ruggero Deodato.

Mais tout cela n'est pas galvaudé et se trouve, au contraire, mis au service d'un sens de l'atmosphère extraordinaire.
Une quête initiatique d'une intensité rare, d'une maitrise formelle hallucinante (la photo de Benoit Debie et le travail sur le son, en particulier) qui verse dans un fantastique baroque, surréaliste, agressif et - en fin de compte - complètement tripal.
Le tout traversé par l'interprétation hors norme d'une Emmanuelle Béart visiblement complètement investie dans l'aventure, pour une fois débarassée de ses tics d'actrice et qui achève de nous entrainer dans ce tourbillon vertigineux, cathartique et pourtant toujours sur le fil de l'hystérie.

Bien sûr, tout cela se mérite un peu et force est de reconnaitre que le film est un peu lent à se mettre en place.
Mais dès que les pièces s'emboitent vraiment (à partir de l'arrivée au village des pêcheurs birmans en fait), le film se met en marche et avance de manière implacable à travers cette jungle moite jusqu'à son dénouement, aussi magnifique que troublant.

Un long et lent glissement vers la folie, du réel vers l'onirique sur lequel le spectateur à de moins en moins d'emprise.

Bien sûr, le film n'est pas parfait. son symbolisme est parfois un peu lourdaud.
Mais même si il faut reconnaitre qu'il manque encore de finesse et de maitrise, ce poème de la régression prouve à quel point, après "Calvaire", Fabrice Du Welz est certainement un cinéaste à suivre.


Cote: ***

samedi 18 octobre 2008


Prime time.

"Cliente" de Josiane Balasko (F); avec Nathalie Baye, Eric Caravaca, Isabelle Carré, Josiane Balasko, Catherine Hiegel, Marilou Berry...

Judih est une quinquagénaire équilibrée et suractive. Divorcée, elle vit sur le même palier que sa soeur et confidente Irène, productrice de l'émission de télé-achat qu'elle présente. Irène est également la seule à connaitre le secret de Judith: régulièrement, elle s'offre les services tarifés de jeunes gens choisis sur Internet, via une agence d'escorts. Et en particulier ceux de Marco, alias Patrick, qui arrondit de la sorte ses fins de mois et finance, sans que celle-ci ne s'en doute, le salon de coiffure de son épouse, Fanny.

Bizarre quand même que ce film au sujet peut-être pas sulfureux mais en tout cas culotté, qui s'égaille sans en avoir l'air dans les eaux du politiquement correct...

Bizarre autant qu'étrange, oui.
D'autant que Balasko, dont ce devait être en fait le précédent film (à la place elle a tourné un "Ex-Femme de ma Vie" d'assez sinistre mémoire) semble avoir eu toutes les peines du monde à monter le projet.
Tant et si bien que, de scénario, il en était devenu roman avant de revenir à la case départ (grâce au succès du bouquin, d'ailleurs, ce qui est quand même assez ironique, quand on y pense).

Et pourtant.
Même s'il on peut considérer "Cliente" comme le meilleur film de la réalisatrice - ou en tout cas le meilleur depuis le "dyptique" "Ma Vie est un Enfer"/"Gazon Maudit", ce qui commence quand même à dater un peu - le film laisse dans la bouche comme un curieux goût d'inachevé, de trop peu...

On aurait voulu voir le sujet moins survolé, les ficelles du vaudeville (pas drôle en plus, c'est un comble) laissées peut-être pour une fois vraiment totalement, complètement sur le côté afin de s'attaquer de manière un peu plus frontale au problème, réputé si délicat et qui prend ici une drôle de dimension volatile, presque accessoire.

Bien évidemment le film se laisse quand même regarder et a à la limite un petit côté attachant pas désagréable.
Mais ça ne va malheureusement pas beaucoup plus loin que ça.

Les comédiens sont parfaits, Nathalie Baye en tête, même si l'on peut parfois se demander si Eric Caravaca a vraiment les épaules nécéssaires pour porter son rôle de gigolo, même sensible.
Et Balasko elle-même, dans le rôle de la soeur inquète trouve peut-être ici son meilleur rôle depuis "Trop Belle pour Toi" (on ne dira rien d'Isabelle Carré, parfaite, comme à son habitude).

Et même d'un point de vue purement technique, la réalisation de Josiane Balasko, d'ordinaire plutôt plan-plan, comme transcendée par son sujet, a ici quelques belles envolées que l'on ne lui connaissait pas.

Mais voila, encore une fois ça s'arrête là.

Et au final on se retrouve devant un film qui, à force de carresser le grand public dans le sens du poil en vue d'un probable futur accès prime-time, passe un peu à côté du sujet de société délicat dont il voulait traiter et se révèle bien prude, malgré ses finalement très conventionnels et très attendus excès de langage.

Un film qu'on aurait voulu aimer un peu plus et sans doute un peu gâché par manque d'audace.

Ou par excès de paresse...

Cote: **

mercredi 15 octobre 2008



Witheout.

"Blindness" de Fernando Mereilles (USA); avec Julianne Moore, Mark Ruffalo, Alice Braga, Danny Glover, Gael Garcia Bernal, Maury Chaykin...

Un pays frappé par une soudaine épidémie de cécité. Les premiers touchés sont placés en quarantaine dans un hôpital psychiatrique désaffecté. Rapidement livrés à eux-mêmes, ils vont devoir s'organiser pour survivre dans un monde sans repères où chacun peu à peu régresse jusqu'à retrouver ses plus bas instincts.

Drôle d'expérience que la vision (oui, déjà...) de ce "Blindness"...

J'étais justement en train de lire le bouquin de José Saramago (Prix Nobel 1998, excusez du peu) dont il est adapté et je ne l'avais même pas tout à fait terminé lorsque le film est sorti.
Au moment d'entrer dans la salle il devait me rester une trentaine de pages...
Autant dire que le texte et l'intrigue étaient encore plus que frais dans mon esprit lorsque j'ai vu la chose.
Et comme l'un des atouts du film est justement d'être très fidèle au livre...

Bref, j'ai beaucoup aimé "Blindness" mais je me demande encore maintenant si c'est pour les bonnes raisons...
Peut-être qu'un deuxième vision, maintenant que le livre est lu et digéré, sera nécéssaire pour faire le tri...

En attendant - et à chaud - que retenir du film en essayant d'être un tant soit peu objectif (glups!)?

Déjà le solide travail effectué par Mereilles ("La Cité de Dieu") à la réalisation.
Filtres, flous, changements de focale, saturation, jeu sur la lumière; rarement un travail sur l'image aura-t-il été en telle adéquation avec son sujet.
Facile, peut-être, surtout avec autant de cannes sur lesquelles s'appuyer.
Oui mais quand même...
Force est de reconnaitre, même si certains effets peuvent parfois paraitre un peu redondants ou légèrement... "lourdauds", que l'on est impressionné par la cohérence de l'ensemble.

La deuxième chose qui frappe, c'est la volonté de Mereilles de traiter ce sujet visuellement casse-gueule (oui, difficile de ne pas tomber dans le jeu de mot et l'image d'Epinal, ici) de manière totalement frontale, n'édulcorant en rien les scènes les plus dures du roman (et il en contient un paquet), ne nous épargnant quasiment rien de la descente aux enfers de ces gens que leur soudaine cécité fait régresser jusqu'à redevenir des animaux. Ou presque...
Seules les scènes de viol, d'ailleurs peu lisibles, sont pudiquement traitées. Mais dans leur cas, c'est le travail sur le son qui sauve la mise.

Bref, on est assez bien malmené par ce film finalement peu aimable, d'autant que l'humour de Saramago, qui désamorçait pas mal de situations dans le livre est ici plus qu'effacé, pour ne pas dire absent...

Mais tout n'est pas si sombre dans "Blindness" et l'une des forces du film est sans doute de ménager au milieu de toute cette barbarie (la deuxième partie dans la ville fait carrément penser à du Romero) quelques miraculeuses oasis de poésie pure, telles que la scène de la radio, celle de l'averse ou celle de la "toilette mortuaire", pour n'en citer que quelques unes.

Alors, bien sûr, le film peut-être taxé de naïf, voire de maladroit.
C'est vrai que le message et le sous-texte sont un peu trop démonstratifs et qu'on les voit arriver de loin avec leurs gros sabots. Mais c'est aussi ça qui en fait la réussite et l'intérêt.

Car en nous plaçant avec le personnage de Julianne Moore (assez impressionnante, comme le reste de la distribution, d'ailleurs) dans le double rôle de témoins et de juges, en évitant sciemment de prendre parti, le cinéaste parvient à nous mettre délicieusement mal à l'aise et à nous faire participer intimement à ce suspense métaphysique décidément haletant, jusqu'à nous en faire oublier les imperfections.

Reste la fin, elle aussi fidèle mais un peu nunuche, qui fait malheureusement légèrement retomber le soufflé. Une fin qui passait bien mieux dans le livre.

Comme quoi, les mots...


Cote: ***

lundi 13 octobre 2008


Life's a bitch, then you die.

Guillaume Depardieu: 1971-2008.

Même si je suis plutôt fan de sa soeur (l'une des meilleures actrices françaises actuelles, si pas LA meilleure), j'aimais bien Depardieu Jr.

Et pour qu'il meure d'une pneumonie, à 37 ans, en 2008, en France, faut pas demander à quel point son système immunitaire avait dû être flingué par une vie entière d'excès...
Ses relations tendues (c'est un euphémisme) avec papa y sont sans doute pour quelque chose, oui.

De toute façon - et même s'il nous reste une poignée de films (comme "Les Apprentis", pour n'en citer qu'un) pour nous souvenir de lui - c'est toujours la même rengaine: mourir à un âge pareil (quasiment le mien. Argh!), c'est pas normal.

Et ça fout les boules!

samedi 11 octobre 2008



Mafia Blues.

"Gomorra" de Matteo Garrone (I); avec Toni Servillo, Maria Nazionale, Salvatore Abruzzese, Gianfelice Imparato, Carmine Paternoster, Salvatore Cantalupo...

Naples et la Campanie. Une ville et une région dominées par la Mafia. Quelques jours de la vie des habitants de l'endroit, sur fond de violence, corruption et trafics en tous genres...

Roublard, "Gomorra"?
Non.
Plus intelligent que malin, ce film-fleuve qui se situe à la frontière ténue du documentaire...
Pourtant, l'espace de quelques instants, de la séquence d'ouverture, il nous aura quand même floués en nous donnant de manière furtive l'impression que l'on se dirigeait ailleurs.
En terrain plus connu. Celui du film de mafia "classique", comme on en a déjà vu des centaines, surtout aux USA. Des films glamours et spectaculaires, dans le style du "Parrain", par exemple.

Une exécution "chorégraphié", dans un salon de bronzage.
Une violence graphique sur fond de variétoche italienne et boum, le générique qui déboule!
Et nous voilà trompés sur la marchandise: on s'enfonce dans son fauteuil en s'apprétant à se laisser cueillir par un film de gangsters ultra-violent et ultra-codifié, du genre à faire monter en flèche notre adrénaline.

Or, il n'en est rien.
Car si "Gomorra" réserve son lot de règlements de compte, de fusillades et de retournements de situations, il s'agit plutôt d'un film anti-spectaculaire.

Jouant la carte du réalisme documentaire, faisant s'entrecroiser plusieurs histoires dans un montage labyrinthique et une narration en forme de puzzle, saisissant au vol les problèmes du moment (la crise des ordures, le travail au noir...) pour mieux les restituer dans toute leur horreur crue, Garrone signe en fait ici un grand film politique, courageux tant sur la forme (totalement maitrisée) que sur le fond.

Du coup, bien entendu, on peut se retrouver désarçonné par le rythme languide qu'affecte le film, par la complexité des intrigues qui, intimement, s'entremèlent, par l'opacité de certaines des situations mises en place (que fait exactement Don Ciro, le caissier, par exemple?) et par les partis pris du réalisateur.

Mais malgré tout, le côté nerveux de sa mise en scène et de son montage, la qualité de l'écriture qui permet au film de ne pas nous perdre en cours de route et l'homogénéité impressionnante de la distribution, fait que "Gomorra", même s'il emprunte de temps en temps des ficelles aux films de genre, s'élève sobrement vers l'épure et se transforme mine de rien en "petit" chef-d'oeuvre qui marquera sans doute sensiblement les esprits.
Et ce pour un bon bout de temps.

Jamais sans doute le mécanisme implacable du crime organisé, qui broie les êtres et gangrène tous les niveaux du pays n'aura été démonté avec autant de force et de clarté - sans pour autant virer au didactisme austère.

Pas de discours sursignifiant, pas ou peu de tentatives d'explication, une absence salutaire de jugement font que le film de Garrone, plus qu'aucun autre peut-être, donne à voir l'horreur quotidienne d'une manière à la fois passionnante et brutale, laissant à chacun, au bout du compte, le soin de se faire sa propre opinion, si besoin en était encore.

Et en tout cas une chose est sûre: cet espèce de négatif du "Parrain", contrairement à certains de ses cousins hollywoodiens, s'il devait être visionné par la "jeune" génération devrait lui donner envie une bonne fois pour toute de se détourner d'icones telles que Tony Montana.

Ce qui est plutôt une bonne nouvelle.

Mais ne rêvons pas.


Cote: ***