vendredi 25 janvier 2008



Land of Hope?

"It's a Free World" de Ken Loach (UK); avec Kierston Wareing, Juliet Ellis, Leslaw Zurek, Joe Siffleet, Colin Coughlin, Raymond Mearns...

Pour avoir giflé un collègue un peu trop entreprenant, Angie se fait virer de l'agence de recrutement qui l'employait jusqu'alors. Elle décide donc de faire équipe avec Rose, sa colocataire, afin de lancer sa propre petite entreprise... Spécialisée dans l'embauche et le placement de main d'oeuvre, essentiellement originaire d'Europe de l'Est.

Ce qui frappe tout d'abord avec ce nouvel opus du vétéran Ken Loach (72 ans aux prunes) outre l'énergie et le punch étonnant dont il fait preuve, c'est le fait que, pour la première fois peut-être dans sa longue et florissante carrière, il s'intéresse au point de vue des exploiteurs plutôt qu'à celui des exploités.

Ouais... Enfin... Quoi que...

Si on y regarde de plus près, ce n'est peut-être pas aussi vrai que cela...

Car ce à quoi s'attache Loach, c'est plutôt à suivre le parcours de cette jeune femme qui, de victime, va insensiblement se transformer en bourreau.

En ce faisant, il livre un état des lieux édifiant de la déliquescence de la société actuelle qui pousse implacablement à l'exploitation des pauvres par les pauvres.
Une sombre et rèche radiographie d'une société à la dérive tant d'un point de vue économique que social.

Car la première force du film, l'intelligence de Loach et de son scénariste habituel, Paul Laverty, c'est bien de ne pas juger mais de simplement montrer.
De montrer le mécanisme désespérant qui réveille l'égoïsme de l'héroïne jusqu'à la pousser à commettre des actes qui vont à l'encontre de sa nature même... Qui lui donne des alibis infâmes pour la pousser à faire ce qu'elle fait. Qui la force à tout crin à ne faire que des mauvais choix. Et qui ne lui donne d'autre occasion que d'être actrice de sa propre destruction.

Doublé d'un splendide portrait de femme (incroyablement interprétée par l'inconnue Kierston Wareing) et mené tambour battant, absolument sans temps mort, par son réalisateur, "It's a Free World", film d'un clacissisme formel totalement en accord avec le sujet qu'il traite, réveille à la fois la bonne et la mauvaise conscience du spectateur en le poussant tour à tour à aimer et à détester sa principale protagoniste dans une succession de scènes aussi fortes que pertinentes.

Bien entendu d'un vérisme sidérant (ce qui est depuis toujours la force du cinéma de Ken Loach) le film culmine dans une cavalcade finale qui le fait se transformer soudainement en une sorte de "thriller social" plus noir que noir, avant de se refermer, d'un coup, comme il avait commencé, bouclant la boucle, jusqu'au bout du désespoir.

A son meilleur, au sommet de sa forme et maitrisant totalement son sujet, Loach livre ici un film radical, bouleversant et terrifiant à la fois.
Un film juste touchant et dur.
Touchant par ce qu'il nous montre du monde qui nous entoure.

Et dur parce qu'il nous met brutalement face à nos propres contradictions.

Face à nous mêmes...

Côte: ***


6 commentaires:

Anonyme a dit…

"Bien entendu d'un vérisme sidérant (ce qui est depuis toujours la force du cinéma de Ken Loach) le film culmine dans une cavalcade finale qui le fait se transformer soudainement en une sorte de "thriller social" plus noir que noir, avant de se refermer, d'un coup, comme il avait commencé, bouclant la boucle, jusqu'au bout du désespoir."

Alors, là... Comment dire ? Heu... Pfiou ! Hiha !

Cartman a dit…

Oui. Je voulais aussi placer "génocide" mais j'y suis pas arrivé.

Anonyme a dit…

Y a déjà "cavalcade", c'est déjà pas mal...

Cartman a dit…

Et des paranthèses et des virgules.

Ca j'aime bien!

Anonyme a dit…

Personnellement, ma préférence va aux tirets...

Cartman a dit…

Ouais, ça j'aime bien aussi!