samedi 21 novembre 2009


La santé par les plantes.

"Les Herbes Folles" d'Alain Resnais (F); avec André Dussollier, Sabine Azéma, Mathieu Amalric, Anne Consigny, Michel Vuillermoz, Emmanuelle Devos...

A la sortie d'un magasin, Marguerite se fait voler son sac. Le voleur se débarasse de son portefeuille en le jettant dans un parking voisin. Georges, qui passait par là, le ramasse. A partir de cette anecdote anodine, leur vie et celles de ceux qui les entourent va se trouver sensiblement chamboulée... Pour ne pas dire bouleversée.

Voila donc la bonne nouvelle du mois: le nouveau Resnais est une vraie réussite !

Pour une fois conforme à l'habituelle avalanche de louanges qui entoure la sortie de chaque nouveau film du fringant octogénaire.

Oui, "Les Herbes Folles", après le presque pitoyable "Coeurs" et le moyen "Pas sur la bouche", est une comédie fraîche et presque primesautière, doublée d'une étude de moeurs finement écrite et très habilement réalisée.

Oh, bien sûr, il y a encore quelque chose d'un peu daté dans le cinéma de Resnais.
D'un peu précieux et figé, surtout au niveau des dialogues, parfois trop écrits.
Mais cette fois-ci - contrairement aux précédentes livraisons où ce trait était tellement forcé que l'oeuvre finissait par en paraître vieillotte, presque dépassée - ce n'est pas du tout (ou preque pas du tout, allez) gênant.

Que du contraire, cet aspect un petit peu poseur, théatral, finit paradoxalement par renforcer le capital sympathie du film.

Dame ! C'est que le Monsieur à 87 ans, quand même ! Excusez du peu !

Difficile à cet âge presque canonique de surfer sur la vague du modernisme et de kiffer la vibe comme pourraient le faire certains de ses collègues, beaucoup plus jeunes que lui...

Donc, quand ce maniérisme somme toute "normal" n'est, comme ici, pas trop forcé, il peut se transformer en atout.

Dingue, non ?

D'autant plus dingue que ce n'est évidemment pas le seul intérêt et la seule force du film.

Son scénario, à la petite mécanique presque diaboliquement écrite, en est un autre.

Tout comme la finesse, la précision et l'intelligence avec lesquels sont caractérisés tous les personnages (particulièrement les deux principaux dont les différentes névroses servent admirablement la narration) et la manière dont ils interagissent.

A ce titre, l'interprétation, uniformément impeccable - de Dussollier, magistral en quasi-psychopathe maniaque du contrôle, à Emmannuelle Devos en passant par Amalric ou le toujours formidable Michel Vuillermoz - est évidemment primordiale et rajoute également beaucoup au plaisir que l'on prend à la vision du film.
Les habitués savent ce qu'ils ont à faire et le font très bien et les petits nouveaux (Duvauchelle, Forestier, Annie Cordy, Anne Consigny...) se coulent dans le moule avec une souplesse indéniable.

Et la réalisation, très inspirée, avec ses partis pris tant esthétiques (les halos de lumière, le photo très "wongkarwaïesque" et l'inévitable rue de Paris soigneusement reconstituée en studio) que narratifs (la voix-off qui palie formidablement à la quasi absence de dialogues du début du film) emballe magnifiquement le tout.

Alors oui, on peut dire que, l'un dans l'autre, en ressassant les vieilles obsessions cinématographiques de son auteur sur un ton faussement badin, "Les Herbes Folles" offre le spectacle d'un réalisateur au somme de sa forme et de son art.

Un vrai jeune homme, en quelque sorte...


Cote: ***

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