lundi 29 octobre 2007




Teenage Kicks.

"Paranoid Park" de Gus Van Sant (USA); avec Gabe Nevins, Taylor Momsen, Jake Miller, Lauren McKinney, Daniel Liu, Grace Carter...

Le jeune Alex, skateur, tue accidentellement un agent de sécurité aux alentours de Paranoid Park, skate-park malfamé de la banlieue de Portland...

On pourait facilement se débarasser de ce nouvel opus de Gus Van Sant en le taxant pûrement et simplement d' "Elephant 2"...
Mais, si il est vrai que le réalisateur creuse ici le même - beau - sillon, ce serait jeter bien vite le bébé avec l'eau du bain...

Bien sûr, les filiations thématiques - l'adolescence et ses codes confrontés à l'indifférence, voire l'hostilité, du reste du monde - autant que stylistiques - même insistance sur les détails, même façon de filmer les corps (souvent de dos), même sens du cadre et de la photo (automnale et mélancolique), pourraient faire pencher la balance en ce sens.

Mais s'il existe une différence de taille entre ce film et les deux premiers tomes de la trilogie qu'il semble clore ("Elephant", donc, mais aussi le moins réussi "Last Days") c'est au niveau du récit qu'elle se situe.
Cette mascarade d'enquête policière cool et zen, habilement déstructurée, sert de colonne vertébrale au film autant qu'elle fait avancer le jeune héros, sorte de Raskolnikov grunge*, sur le terrain de la culpabilité et de responsabilité individuelle.
Le spectateur, confronté à cette énigme bizarrement fragmentée, toute en courbes et en ellipses comme une piste de skate, est obligé de la reconstituer avec ce qu'on lui donne, suivant en cela le cheminement interne du jeune Alex et ses divers atermoiements.

Bien entendu, comme toujours chez Van Sant, cette histoire, intriguante soit-elle, ne serait rien sans la mise en scène, magistrale!
La photo de Christopher Doyle, une fois encore, fait des merveilles surtout quand, comme ici, elle est associée à de véritables paysages sonores qui ponctuent le film à chaque moment fort.

Mais, s'il envoute par son rythme faussement détaché et sa poésie languide, "Paranoid Park" pêche aussi malheureusement - et un peu trop souvent - par excès de pose.
Le tout a un côté arty un peu trop systématique que pour être honnête. Avouons-le.

Et chaque médaille à son revers...

Le mise en scène est sublime mais se complait trop dans la redondance et le contemplatif, prétant ainsi l'échine aux accusations d'autocitation qu'elle semblait par ailleurs vouloir éviter.
Le travail sur le son est impressionnant mais un peu trop branchouilleux que pour emporter entièrement l'adhésion.
Et Gus Van Sant perd un peu trop son temps à s'abimer en contemplation devant le - très beau - visage de son jeune acteur non professionnel (Gabe Nevins, recruté via MySpace pour ceux qui n'auraient pas encore entendu l'anecdote) que pour ne pas lasser.
Et puis le côté fluide et étrangement paisible de la mise en place d'un film comme "Elephant" (encore) fait trop souvent place ici à un manque de rythme mal venu.

En résumé, il faut bien le dire: "Paranoid Park" est un splendide objet qui provoque un très agréable vertige mais qui, faute d'assez se concentrer sur son récit et en se complaisant trop dans une satisfaction d'artiste intelligent mais gâté ne finit que par provoquer une seule et unique réaction: "Oui mais... A quoi bon?"



Côte: **


(* Oooouuhhh, comment je m'la pête!)

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Pour ce magnifique film long 1h25 meme trop long et magnifiquement épuissant , il y a une erreur de taille majeur quand le pauvre et gentil veilleur de nuit tombe vers l'arriere et se retrouve quelques plans suivant en 2 parties vers l'avant j'ai vraiment du mal a comprendre. Mais bon soyont honnete ce film avec une bonne idée de base de court métrage ne merite pas le moindre prix