
(Terence Fisher - 1904/1980)





I will have vengeaaaaaaaance....
"Sweeney Todd" de Tim Burton (USA); avec Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Alan Rickman, Timothy Spall, Sacha Baron Cohen, Jamie Campbell Bower...
Après 15 ans passés dans les geôles australiennes, le barbier Benjamin Barker revient à Londres, bien décidé à se venger du juge Turpin, qui le fit accuser à tort afin de lui ravir sa femme et sa fille. Sous le pseudonyme de Sweeney Todd, il s'installe au-dessus de l'échoppe de tourtes à la viande tenue par Mme Lovett. Tous deux vont bientôt se livrer à un étrange commerce...
Ouch!
Alors là, oui, autant être prévenu tout de suite: le nouveau Tim Burton c'est "ça passe ou ça casse", hein!
Gageons même que pour beaucoup, ce sera irrémédiablement "ça casse".
Malheureusement...
Parce que le parti pris du film, et donc sa forme, sont pour le moins étranges, culottés, étonnants et... sacrément déroutants.
C'est le moins qu'on puisse dire...
Passé un générique kitsch et grand'guignolesque, torché en mauvaises images de synthèse, le film s'ouvre en terrain burtonien connu: rues de Londres la nuit, le pavé humide de pluie, le smog, la silhouette inquiétante d'un bateau sur la Tamise...
Le décor est plutôt bien planté, les premiers protagonistes apparaissent, l'un d'eux ouvre la bouche...
Et la, bardaf!, c'est le choc!
Bien entendu, on avait été prévenus du côté musical de la chose...
Mais rien ne nous préparait à ça!
Bon, ce n'est pas tout à fait 100% musical (comme l'était "Evita", par exemple) mais presque.
Il doit bien y avoir ici 80% de chant contre 20 de dialogues.
Rien que ça, ça déstabilise...
Ensuite, depuis quelques années, nous sommes sevrés de comédies musicales qui font la part belle au disco, à la pop, voire même au rock.
Rien de tout cela ici: c'est du spectacle à l'ancienne, made in Broadway, traçant sa route à grand coup de trompettes, de cordes et de chant emphatique, limite lyrique, voire même pompier.
Un spectacle dans lequel le livret, vu l'importance du chant, raconte toute l'histoire.
Ce qui donne des passages chantés où ce qui est dit importe parfois plus que la manière.
D'ou des phrases rythmiquement bancales, des rimes foireuses et du "texte chanté", du genre "Je vais te couper la têêêêête", voire "Paaasse moi le seeeel et tant qu't'y es, fait péteeeer la moutaaaaarde".
Ah ben ouais, j'avais prévenu, hein...
Même le plus endurci des amateurs de "musicals" (dont je suis), risque d'avoir besoin d'un petit temps de latence pour s'habituer au bazar... Vingt bonnes minutes, pour les moins farouches.
Quant aux autres...
Les autres, eh bien il y a des chances qu'ils passent à côté du truc.
Et ce sera dommage car, au-delà du côté duraille de la partie musicale, "Sweeney Todd" est quand même un beau retour aux sources pour Burton après deux ou trois films qui tenaient plus du conte, initiatique ou non.
Un retour aux sources sombre et gore (très gore, d'ailleurs, même si souvent le sang ressemble à de la grenadine).
Avec une photo splendide et surtout une direction artistique à couper le souffle, Burton rend un hommage magnifique tour à tour à la Hammer, à Mario Bava et à l'expressionisme allemand.
Avec aussi le très impressionnant décor de Londres - entièrement reconstitué en studio, évidemment - la gestuelle exagérées de ses acteurs, le côté too much de leurs maquillages et l'hémoglobine qui coule à flot, "Sweeney Todd" devient une fable gothique et macabre, pleine d'humour noir et imprégnée d'une assez réjouissante cruauté.
Une comédie musicale à la fois romantique et plus noire que noire qui tient tout autant de la farce que du drame et qui se déroule implacablement jusqu'à une fin admirable de pessimisme.
Et surtout, un vrai divertissement, pur et dur, au cours duquel on ne regarde jamais sa montre et dont les deux heures passent à toute vitesse.
Et qui arrive aussi, grâce il est vrai au talent de ses interprètes (Depp en tête, dont le timbre de voix fait parfois bizarrement penser à Bowie) à faire presque oublier ce pari sacrément gonflé, celui qui nous avait tant perturbé dès les premières minutes du film...
Ils chantent, nom de Dieu, ils chantent!
Cote: ***

Résultat des courses...
Voilou, le week-end des récompenses est terminé, on peut donc revenir cinq minutes sur le désormais traditionnel petit jeu des pronotics.
Tout d'abord, brièvement, les résultats (pour ceux qui ne sont pas encore au courant):
-Oscars:
Meilleur Film: "No Country for Old Men" - Réalisateur(s): Ethan et Joel Coen ("No Country for Old Men") - Acteur: Daniel Day-Lewis ("There Will Be Blood") - Actrice: Marion Cotillard ("La Môme") - Second Rôle Masculin: Javier Bardem ("No Country for Old Men") - Second Rôle Féminin: Tilda Swinton ("Michael Clayton") - Film Etranger: "Les Faussaires".
-Césars:
Meilleur Film: "La Graine et le Mulet" - Réalisateur: Abdelatif Kechiche ("La Graine et le Mulet") - Acteur: Mathieu Amalric ("Le Scaphandre et le Papillon") - Actrice: Marion Cotillard ("La Môme") - Second Rôle Masculin: Sami Bouajila ("Les Témoins") - Second Rôle Féminin: Julie Depardieu ("Un Secret") - Première Oeuvre: "Persépolis" - Espoir Masculin: Laurent Stocker ("Ensemble, c'est tout") - Espoir Féminin: Hafsia Herzi ("La Graine et le Mulet") - Film Etranger: "La Vie des Autres".
Et que constate-t-on donc, de nos yeux ébahis?
Que pour les Oscars je me tape exactement le même score que l'année dernière: 4 sur 7.
Ce qui, encore une fois, n'est pas si mal. Un peu plus que la moitié...
Et surtout que, pour les Césars, c'est à un hallucinant 8 sur 10 que nous nous retrouvons confrontés.
Mon plus gros score ever!
Alors, c'est-y-pas beau, ça? Je vous le demande?
Sinon, un petit commentaire à chaud? Si fait, mon capitaine!
Pour les Oscars, je suis relativement surpris que "No Country for Old Men" l'ai emporté devant ce monument qu'est "There Will Be Blood" (critique prochainement ici) mais quand même fort content parce que le film est sans aucun doute déjà l'une des toutes grandes réussites de l'année et l'un des films (si ce n'est même LE film) le plus réussi des frangins.
Frangins qui, de toute façon, méritaient bien l'Oscar pour l'ensemble de leur carrière...
L'imbattable Day-Lewis double enfin l'essai réalisé il y a bien des années déjà avec "My Left Foot" et Cotillard fait assez logiquement le même voyage (doublé Oscar-César) qu'Adrien Brody avec "Le Pianiste", mais en sens inverse, en quelque sorte...
La seule vraie surprise, finalement, c'est Tilda Swinton qui coiffe Cate Blanchett sur le poteau pour l'Oscar du second rôle...
Eh, tiens, si l'on compte Javier Bardem, on remarque que tous les prix d'interprétation ont été remporté par des européens... Amazing, iseuntite?
Côté César, ben, vu mon score il n'y a pas grand'chose à en dire.
Si ce n'est que, même si je suis content parce que c'est une de mes actrices françaises préférée, Julie Depardieu vient un peu gâcher la fête...
A part ça, c'est l'année des redites: "La Graine et le Mulet", outre le fait qu'il offre son second César du réalisateur à Abdelatif Kechiche, rafle à peu près les mêmes récompenses que son prédécesseur, "L'Esquive", Amalric rempile alors que donner enfin un César à Marielle n'aurait pas été du luxe, surtout vu son grand âge et même "La Vie des Autres" bégaie, avec son enchainement Oscar/César du Meilleur Film Etranger.
Voila, voila. Et maintenant c'est fini... Tout ça c'est dit, plié, rangé (balayé, oublié, je me fous du passé)... on peut passer à autre chose...
Vivement le Festival de Cannes, tiens.