dimanche 25 mars 2007



L'Art de la Guerre?

"300"; de Zach Snyder (USA). Avec Gerard Butler, Lena Headey, Dominic West, David Wenham, Michael Fassbender...

L'histoire de la Bataille des Thermopyles qui opposa, en 480 avant J.C., le roi Leonidas et 300 fidèles spartiates à la gigantesque armée perse de Xerxès.

Enfin, en gros, parce que pour la vérité historique et le soucis de réalisme, on repassera, c'est sûr!

Deux choses semblent en tout cas certaines à la vision de cette espèce de fresque sauvage et gore.
La première c'est qu'après "Sin City" (qu'il avait d'ailleurs lui-même coréalisé), Frank Miller, auteur de la BD originale dont est tiré "300", inspire le cinéma.
Et même un tout nouveau genre de cinéma.
La seconde c'est qu'après "L'Armée des Morts", cette fois (dont il faudra d'ailleurs un jour m'expliquer l'invraisemblable scène d'ouverture) Zach Snyder confirme tout le bien que l'on pensait de lui en tant que réalisateur.

Alors, évacuons tout de suite cette espèce de faux débat selon laquelle "300" serait - ou non - un grand film fasciste.
Ou tout du moins un film pro-Bush...
Un film de va-t-en-guerre, ça, c'est sûr! Y a pas à chipoter.
Pour le reste...
Difficile de coller une quelconque interprétation politique sur un film à ce point concentré sur la forme et , par delà, singulièrement dépourvu de fond.
Tout au plus, si l'on veut regarder la chose de vraiment plus près, peut-on dire comme Zach Snyder au cours d'une récente interview accordée au magazine "Première" (Maudits!) que la personnalité et le comportement de Bush, si on veut vraiment parler de lui, sont finalement aussi proche de celles de Xerxès (le grand méchant de l'histoire) que de celles de Leonidas (le héros).

Je dirais même bien plus proche de celles de Xerxès, en ce qui me concerne, mais bon...

Et ce ne sont pas les deux demis-embryons de début d'esquisse d'intrigues de cour menés par la reine Gorgo (Lena Headey et sa drôle de bouche) qui changeront quelque chose à l'affaire.

Non, il faut avant tout prendre "300" pour ce qu'il est, c'est à dire une BD filmée, totalement virtuose sur la forme, prolongeant à l'extrème le délire virtuel entamé avec "Sin City". L'illustration quasi littérale d'une bande dessinée à l'écran, plan par plan, case par case, et utilisant de manière extrèmement intelligente les techniques mises à la dispositions du cinéma d'aujourd'hui.

Le film, truffé d'effets visuels, a en effet été tourné à plus de 80% sur fond bleu. Les combats, chorégraphiés, quasiment millimétrés. Les couleurs retravaillées selon une technique baptisée "crush" (qui comme son nom l'indique "écrase" les couleurs plus sombres pour leur donner plus d'éclat). Même les comédiens ont été "sculptés", suivant un entrainement intensif de plus de huit semaines pour arriver à se balader torses-poils à l'écran d'un bout à l'autre du film sans avoir l'air - trop - ridicules.

Et le résultat est sur l'écran: techniquement ultra maitrisé et visuellement époustouflant, "300" est une véritable ode au too much!
Batailles fracassantes, épées qui tintent, sang qui gicle, torses bombés, guerriers éructants (impressionnant Gerard Butler), phrases définitives ("Ce soir nous dînerons en Enfer!"), archers, chevaux, rhinocéros, éléphants en chute libre, monstres divers... tout y est!

Et tout celà participe à un spectacle unique, capable de faire monter l'adrénaline en flèche même chez le plus blasé des spectateurs.

Alors oui, bien sûr, ce peplum tonitruant et boursouflé, à la fois prouesse technologique et hommage au cinéma à l'ancienne (Frank Miller dit s'être inspiré pour sa BD du film de Rudolph Maté "La Bataille des Thermopyles" et l'on sent, ça et là, des citations à peine voilées à l'univers de Ray Harryhausen) frise parfois le ridicule.
Mais du ridicule au grandiose il n'y a parfois qu'un pas...
Et le moins que l'on puisse dire c'est que si l'on prend "300" pour ce qu'il est, c'est à dire un pur divertissement doublé d'une illustration virtuose, on en a sacrément pour son argent.

Et que l'on aime ou que l'on aime pas, que l'on trouve ça trop creux, trop violent ou même trop kitsch, une chose est sûre: avec des gens comme Snyder et Miller et des films comme celui-ci, le cinéma semble bien parti pour faire son entrée dans une nouvelle ère.

Et avec quel fracas!

Côte: ***

2 commentaires:

Anonyme a dit…

je l'ai vu. eh bien, j'ai un peu le même avis.
un bon défouloir proche de sin city dans certains mécanismes (violence, voix off). proche parfois de l'illustration cinématographique de la bande dessinnée. maintenant, pro-guerre, j'ai pas ressenti ça non plus. c'est plus du cinéma bourrin défouloir et ça fait parfois du bien aussi.

Cartman a dit…

Oui, je comprends pas bien ce débat...