dimanche 23 août 2009



Dillinger est mort?

"Public Enemies" de Michael Mann (USA); avec Johnny Depp, Marion Cotillard, Christian Bale, Lily Taylor, Billy Crudup, Leelee Sobieski...

Dans l'Amérique de la Grande Dépression, le parcours criminel de John Dillinger, braqueur de banques hors-normes, considéré par J. Edgar Hoover comme l' "ennemi public numéro un" et traqué sans relâche par l'agent fédéral Melvin Purvis.

Ne nous laissons pas déstabiliser par les pisse-froid et considérons d'emblée ce "Public Enemies" pour ce qu'il est.
A savoir un film important pour son auteur, pour son interprète principal et pour le cinéma en général.

En effet, à l'instar de "L'Assassinat de Jesse James..." d'Andrew Dominik, qui revisitait et redéfinissait de manière impressionnante les codes du western, ces "Ennemis..." dynamitent ceux du film de gangsters.
Et donnent à voir en cela ni plus ni moins qu'une nouvelle proposition de cinéma.

L'idée formidable - pour ne pas dire "géniale" - de Michael Mann étant de nous proposer un film historiquement "accurate", comme disent nos amis anglos-saxons, avec une reconstitution d'époque impressionnante de minutie, tout en le transcendant littérallement par l'usage ultra-moderne qu'il fait de la vidéo HD et de la caméra portée.
Le tout donne au film un cachet étonnamment réaliste.
De ceux que l'on n'a en tout cas pas l'habitude de trouver dans des productions de cet acabit.
Sans rire (mais est-on vraiment là pour rigoler, je vous le demande?), le procédé permet même, par instant, de se croire carrément à l'intérieur du film.
Voire donne l'impression de visionner un documentaire.

D'un point de vue narratif, la mise en parallèle évidente de la crise de 29 avec celle que nous traversons actuellement et le portrait de Dillinger en Robin des Bois moderne nous vengeant de nos ennemis les méchants banquiers renforce brillament le côté déjà presque post-moderne de l'affaire.

Pour ce qui est de Michael Mann lui-même, ce nouvel opus, bien que visuellement splendide (la photo de Dante Spinotti est à tomber par terre) et techniquement maitrisé (le montage, lui aussi, est un modèle du genre et contribue beaucoup à fluididier la manière parfois curieusement élliptique dont avance l'histoire) lui offre sans doute surtout ce qui restera comme son film le plus populaire - comme en témoigne d'ailleurs son succès Outre-atlantique - et permettra enfin de mettre définitivement sur la carte un cinéaste qui le méritait de longue date.
Et y est arrivé de longue lutte.

Comme qui plus est le film se paye le luxe de receler en son sein deux trois scènes d'anthologie*, de celles qui rentreront au Panthéon des "Grands Classiques Américains" (excusez du peu), on se dit qu'il ne devrait pas non plus échapper à la reconnaissance de ses pairs (les paris pour les Oscars sont d'ores et déjà ouverts).

Ce côté populaire en même temps qu'excitant fait de "Public Enemies" son film le plus réussi.

Reste évidemment - pour finir de convaincre - à évoquer l'interprétation.

Car outre un défilé de stars et de seconds couteaux impressionnant (parfois juste pour de simples apparitions), "Public Enemies" est avant tout le véhicule somptueux d'un non moins brillant quatuor.

Johnny Depp, sobre comme il ne l'avait sans doute jamais été, à des années-lumières de ses sempiternels personnages "lunaires", porte littérallement le film à bout de bras.
A ses côtés, Christian Bale, affuté comme une lame, Marion Cotillard, bouleversant contrepoint d'humanité à la fureur ambiante (c'est elle qui insuffle ce côté romantique finalement crucial à l'équipée) et Billy Crudup, une nouvelle fois méconnaissable, font plus que sauver les meubles ou faire bonne figure.

Ce sont eux qui donnent à cette fresque sublime, dont la scène finale s'inscrit d'emblée comme l'une des plus belles de l'histoire du cinéma, son petit supplément d'âme.

Et qui finissent par en faire quelque chose de pas très éloigné du chef-d'oeuvre.


Cote: ****


(* L'évasion du début, la scène dans les bois, celle du commissariat, les deux scènes de cinéma et la scène finale, évidemment)

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