jeudi 16 décembre 2010

Fin du monde, épisode 7.

Blake Edwards est mort. Et là c'est vraiment la fin.

"The Party" ("The Party", BON DIEU !!!!!), les "Panthère Rose", les déguisements de Peter Sellers, "Diamants sur Canapé" (avec la plus belle actrice bruxelloise du monde: Audrey Hepburn)... "Victor/Victoria" (demandez à ma mère ce qu'elle en pense...)... bref... Blake Edwards !

Et tiens, à propos de famille...

Mon père, dans mon jeune temps, était affublé d'une moustache à peine croyable et coiffé d'un chapeau à la Sherlock de la même couleur.
De retour de Classe de Neige (circa 1982), il est venu ainsi déguisé me chercher à la sortie du train, Gare du Midi.
Un camarade, le voyant, me souffle: "on dirait l'Inspecteur Clouseau".

Je vais pas dire que je n'ai jamais été aussi fier de mon père... Non.
Mais quand même ! ... J'ai gloussé un brin et j'ai serré sa main plus fort.

Allez, bonne nuit, monsieur Edwards.

Et merci. Merci pour tout.

lundi 13 décembre 2010

Qu'est-ce qu'on attend ?

- "Black Swan" de Darren Aronofsky (USA); avec Natalie Portman, Mila Kunis, Vincent Cassel, Winona Ryder, Barbara Hershey, Sebastian Stan...

+ Pourquoi on l'attend ?

Parce qu'il y a Natalie Portman, Mila Kunis, Winona Ryder, Barbara Hershey... et accessoirement Vincent Cassel.

Parce qu'il y a l'air d'y régner une ambiance du style "Fantôme de l'Opéra". Mais sans le fantôme. Ah !

Parce que de "Requiem for a Dream" à "The Wrestler", Aronofsky nous a déjà montré toute la portée d'un talent pour le moins polymorphe.

Parce que les critiques ça vaut ce que ça vaut mais celles qui concernent "Black Swan" sont purement et simplement di-thy-ram-bi-ques !

+ Pourquoi on balise ?

Parce qu'effectivement il y a l'air d'y régner une ambiance du style "Fantôme de l'Opéra" mais sans le fantôme. Hum.

Parce que les images qu'on en a vu jusqu'ici laissent quand même craindre le pire point de vue direction artistique (cfr. l'affiche, d'ailleurs).

Parce que "The Wrestler", "Requiem for a Dream"... tout ça, c'est bien beau. Mais Aronofsky il nous a aussi pondu "The Fountain". Et ça, ça fout la trouille !

+ Verdict:

02/03/2011.

jeudi 9 décembre 2010

Au théatre ce soir...

"Potiche" de François Ozon (F); avec Catherine Deneuve, Gérard Depardieu, Karin Viard, Fabrice Luchini, Judith Godrèche, Jérémie Renier...

Sainte-Gudule, commune française imaginaire, 1977. Suzanne est l'épouse popote et bobonne de Robert Pujol, chef d'entreprise arriviste et arrivé (la fabrique de parapluies faisait partie de la dot de Madame) qui mène l'affaire familiale d'une main de fer et est aussi insuportable avec ses employés qu'avec ses enfants et sa femme, qu'il traite comme une potiche. Suite à une grève sauvage et à une séquestration, celle-ci se retrouve néanmoins à la tête de l'usine et se révèle nettement moins godiche qu'elle ne pouvait en avoir l'air, arrivant même - au passage - à redresser la barre économique tout en se gagnant la sympathie de la base. Mais, de retour de cure, Robert compte bien reprendre les choses en main... Quitte à devoir affronter la Nouvelle Suzanne !

Ah ! Délicieux Ozon !

Délicieux et versatile Ozon !

Versatile et polymorphe.

Polymorphe... et schizophrène, même...

Stakhanoviste aussi.
Forçat de travail !
Dame ! Douze films en douze ans ! Excusez du peu !
Et pas deux pareils, en plus !

De la fable fantastico-sociale ("Ricky") au huis-clos agathachristien matiné de comédie musicale ("Huit Femmes") en passant par la fresque en costumes (et en anglais: "Angel"), l'adaptation d'une pièce de jeunesse de Fassbinder ("Gouttes d'Eau sur Pierres Brûlantes") ou le fait divers passé à la moulinette de Bruno Bettelheim ("Les Amants Criminels"): toujours là ou ne l'attend pas !

Jamais une redite, toujours la surprise !

Et tout ça en donnant l'impression de construire une oeuvre parfaitement cohérente, s'il-vous-plait bien.

Et en ratant rarement sa tarte Tatin.

La preuve avec cette douzième livraison (donc), qui s'attaque cette fois-ci frontalement au théatre de boulevard, au vaudeville frenchie certifié A.O.C. et d'époque, en adaptant (oh, très librement, il est vrai) une pièce de Barillet et Grédy, Papes du genre, qui fit les belles heures de Jacqueline Maillan, en son temps (eh oui; c'est dire !).

Librement et effrontément.

Car chez Ozon, rien n'est jamais simple.
Et rien n'est jamais innocent.

Et si "Potiche" se rêve avant tout comme la comédie vintage idéale, c'est aussi une critique acerbe et lucide de notre époque et de ses travers ultralibéraux.

Et c'est là où Ozon frappe fort: en jouant sur les deux tableaux.

De manière délibérément outrancière d'un côté, avec un film quasiment fétichiste, qui s'assume et en rajoute trois couches dans le kitsch et la reconstitution maniaque.

Si bien que l'on se croit d'un bout à l'autre dans un Molinaro qui aurait vraiment été tourné à l'époque.

Décors, costumes, coiffures (les brushings de Karin Viard et Judith Godrèche: invraisemblables !), musique: tout y est jusque dans les moindres détails (celui qui tue: la housse de téléphone en velours ! Il y avait la même chez moi quand j'étais petit !): Ozon en fait des tonnes et se joue des clichés, tout en produisant, à la première lecture, une comédie parfois vraiment hilarante, portée par des acteurs survoltés (Deneuve est impériale et Luchini et Depardieu - à part dans le récent "Mammuth", pour ce dernier - n'ont plus été aussi bons depuis des lustres) et des dialogues au cordeau.

Dans la seconde couche de cet aimable mille-feuilles (qui en recèle peut-être encore bien d'autres, allez), se lovent subtilement - ou moins subtilement, tout n'est pas parfait non plus - la critique sociale et les résonnances plus ou moins affirmées avec l'air du temps et surtout la France d'aujourd'hui.

Une délocalisation en Tunisie par-ci, un "casse-toi pauv' con !" par-là... Le fils (Jérémie Renier) qui évolue tranquillou vers son coming-out... Ce genre de choses, quoi...

Le tout transcendé par des digressions (la scène dans la boîte, presque réminiscente de "Pulp Fiction) pour le moins réjouissantes.

Et même si, forcément, le tout à parfois des faux airs de théatre filmé, on se sent bienvenu au spectacle et l'on se réjouit de ce nouveau manifeste féministe et social d'un cinéaste décidément à la fois branque, déterminé et attachant.

Tout en se demandant ce qu'il va bien pouvoir trouver pour la suite...




Cote: ***

dimanche 5 décembre 2010

Collet monté.

"La Princesse de Montpensier" de Bertrand Tavernier (F); avec Mélanie Thierry, Lambert Wilson, Gaspard Ulliel, Grégoire Leprince-Ringuet, Raphaël Personnaz, Michel Vuillermoz...

1562. En France, sous le règne de Charles IX, les guerres de religion font rage. Depuis toujours, Marie de Mézières aime Henri, Duc de Guise. Mais son père la contraint a épouser le Prince de Montpensier. Ce dernier, rappelé sur le front par le Roi, la laisse en son château de Champigny en compagnie de son précepteur, le Comte de Chabannes. Malgré elle, Marie deviendra l'enjeu de rivalités tant amoureuses que politiques auxquelles viendra également se mêler le Duc d'Anjou, futur Henri III.

A quelques solides encâblure - pour ne pas dire même à l'exacte opposé du spèctre cinématographique - de la "Vénus Noire" de Kechiche, qui revisitait l'Histoire avec fougue et modernité, le dernier film de Bertrand Tavernier est un bel exemple de cinéma académique, à l'ancienne, assez figé, voire même poussérieux.

Réalisation roborative mais fade et laborieuse, reconstitution d'époque tellement millimétrée qu'elle finit par donner l'impression d'être au musée, scénario et dialogues surécrits et suivis à la ligne, sous-texte envahissant, contexte historique confus, bref, on se croirait revenu au bon vieux temps des dramatiques télé ("Les Rois Maudits", ce genre).
Rajoutez à cela quelques maladresses (les combats, et Dieu sait si le film n'en manque pas, son abominablement mal réglés et laissent une affreuse sensation de cheap) et l'on comprendra donc que cette "Princesse" n'est pas vraiment ce qui se fait de mieux pour le moment en matière d'exception française.

Qu'est-ce qui fait, alors, que sa vision n'ennuie pas.
Mieux (ou pire, allez savoir): qu'est-ce qui fait que l'on sort de là en se disant que, somme toute, l'un dans l'autre, on a finalement vu un assez bon film ?

Le fait que, justement, on n'en fasse plus, des comme ça ?
Que cela fonctionne en appuyant sur le bouton "nostalgie" et en mode "madeleine de Proust" ? Que du coup, la somme des défauts énoncés ci-dessus finit par se transformer en autant de qualités, ou presque ?
Oui, peut-être...

Mais c'est un peu court, jeune homme...

Le coup du grand retour du cinéma populaire, classique mais réjouissant: à d'autres !

Non.
Ce qui fait le sel, le vrai sel de "La Princesse de Montpensier" c'est que, porté par le désir qui en est le véritable moteur et une fois débarassé des intéressants mais encombrants oripaux historiques qui sont les siens, le film orchestre une magnifique partition masculine, un festival de portes qui claquent, de trahisons et de rebondissements de situation autour de son (très beau) personnage central.

Ce qui fait que, en dehors de son intrigue, c'est évidemment grâce à ses acteurs que le film fait la différence.

A ce titre, Mélanie Thierry, à la sensibilité à fleur de peau, et Lambert Wilson, décidément sur une bonne voie ces derniers temps, font des étincelles.
A leur côtés, les seconds rôles brillent également (Vuillermoz et Philippe Magnan sont tout deux formidables).

Hélas, trois fois hélas, on ne peut pas en dire autant du trio de jeunes acteurs, heureusement sauvé par Raphaël Personnaz, véritable révélation du film.
Gaspard Ulliel, tout en machoires, joue la virilité avec un manque de finesse confondant et le jeune Leprince-Ringuet - pourtant excellent dans le récent "Armée du Crime" de Guédiguian - est tout simplement incolore, inodore et, pour tout dire, insipide (et on aura beau me chanter que c'est fait exprès ça ne changera rien à l'affaire).

Las. On l'aura compris, à l'image de son sujet, de son héroïne et de son pourtant émouvant final, "La Princesse de Montpensier" est un film bancal, qui souffle trop souvent le chaud et le froid.
Qui n'ennuie jamais sans jamais réellement passionner.

Un film qui donne la curieuse impression d'avoir été réalisé et interprété... sous cloche*.


Cote: **


(*ça change un peu de "derrière une vitre")

vendredi 3 décembre 2010

Qu'est-ce qu'on attend ?

Eeeeeeeeeeeeh oui...

Jingle bells tout ça, tout ça; it's that time of the year again !

2010 touche discrètement à sa fin et nous reprenons les bonnes vieilles habitudes. Thus, avant d'attaquer les non moins inaltérables tops de fin d'année, revoici revoilà la série des "Qu'est-ce qu'on attend ?"

So what the fuck are we waiting for und qu'est-ce que quoi qu'on attend voor 2011 sa Nouvelle Année (me demanderez-vous en espagnol et vous aurez bien raison) ?

Du coup, hop: revue de détail en quelques épisodes avec, pour commencer, le nouvel opus de Fifille Coppola.

Let's go !

- "Somewhere" de Sofia Coppola (USA); avec Stephen Dorff, Elle Fanning, Benicio Del Toro, Michelle Monaghan, Chris Pontius, AurélienWiik...

+ Pourquoi on l'attend ?

Parce que "Virgin Suicides", "Lost in Translation" et "Marie-Antoinette", soit quand même un quasi sans faute en trois films. Suffisant pour attendre le quatrième si pas avec impatience, du moins avec curiosité, non ?

Parce qu'il semblerait que le film signe le retour en grâce de cette bonne vieille baderne de Stephen Dorff et que les come-backs du genre, surtout gagnants, ça à un vieux relent de Tarantino - tiens, tiens - plutôt sympatoche (remember les Travolta, Pam Grier, Robert Forster et autres David Carradine, tiens).

Parce que la jeune Elle Fanning, dans la droite lignée de la grande Dakota, semble bien partie pour battre le record de soeurette (un Oscar avant ses première règles, peut-être ?) et que, buzz aidant, on a envie de voir ça.

+ Pourquoi on balise ?

Parce que l'histoire de l'acteur-loser-pondérant-sa-vie-au-Château-Marmont, La Coppola faisant quand même partie de la petite bande de branleurs hype new-yorkais chiant des films pour happy fews (Jonze, Anderson, Russell et le frenchie Gondry, entre autres), ça fait craindre le pire niveau onanisme hollywoodien et rengaine sur l'air de la pauvre petite fille riche qui ressasse ses problèmes existentiels.

Parce que les récents soupçons de copinage vénitien (le Lion d'Or filé par Tarantino - on y revient - à son "ex"), même si on n'y croit pas fort, n'entourent pas l'affaire d'une aura fort sympathique. Mais bon...

+ Verdict:

05/01/2011.

jeudi 2 décembre 2010

Tombe la neige...

Eh oui, c'est de saison.

Il fait froid et les gens meurent.

Et là autant vous dire que, ces derniers temps, on en a perdu (oui, perdu: ils étaient là et puis, pouf !) une palanquée...

Donc, comme il y a du temps à rattraper, je vous fait un prix de groupe et une homélie générale avec, par ordre approximatif de sortie de scène:

- Julien Guiomar. Le Grand Tricatel de "L'Aile ou la Cuisse". Pas même un entrefilet dans la presse dite "classique" mais la une de "France Dimanche". Si c'est pas malheureux.

- Ingrid Pitt (photo ci-dessus, si si). Encore une scream queen certifiée Hammer (RULES !) en moins. Et non des moindres, nom de djaal' !

- Irving Kershner. Le réalisateur de "L'Empire Contre-Attaque" (best "Star Wars" EVER !), des "Yeux de Laura Mars" et d'un James Bond à moumoute d'assez agréable souvenir ("Jamais plus Jamais"). Ah oui... Et de "Robocop 2", aussi. Bah oui, que voulez-vous...

- Mario Monicelli. Hop, tombéééé ! (oui, bon, c'est moje mais j'ai pas pu m'en empêcher).

Allez, voilà, larmichette de circonstance, R.I.P. collectif et on passe - malheureusement - à autre chose...
Hottentottententeentoonsteling.

"Vénus Noire" de Abdellatif Kechiche (F); avec Yahima Torres, Olivier Gourmet, Elina Löwensohn, André Jacobs, François Marthouret, Rémi Martin...

L'histoire vraie de Saartjie Baartman, la Vénus Hottentote, aux formes étonnantes: fessier proéminent, organes génitaux protubérants... Domestique en Afrique du Sud, elle emmenée en Europe par son maître, Hendrick Caezar, qui lui fait miroitier un avenir artistique, la gloire et l'argent. Exhibée comme un animal dans une foire aux monstres londonienne, elle est rachetée par un forain qui l'emmène à Paris. De spectacles libertins en observations scientifique, le destin de Saartjie semble voué au sordide...

Après trois films bien ancrés dans leur époque, Abdellatif Kechiche s'essaie au film historique sans pour autant perdre de sa force ni de son mordant avec ce quatrième opus retraçant donc le parcours peu banal et édifiant de cette jeune femme ballottée de cercles scientifiques en bordels, traitée comme un animal (les observations de l'anatomiste Georges Cuvier en ouverture, la comparant à un orang-outan, sont particulièrement édifiantes), voire carrément comme un objet.

Cru, dérangeant, "Vénus Noire" est, sans mauvais jeu de mot, un film noir de noir, qui pourrait passer pour purement désespérant mais conserve jusqu'au bout - le générique de fin sur la cérémonie d'enterrement en Afrique du Sud - une puissance rare.

Sa force est évidemment de ne pas dénoncer, de se contenter de montrer, jusqu'à la nausée (le film ne se prive pas de répétitions et le "spectacle" de Saartjie nous est montré plusieurs fois in extenso), sans encourager les réflèxes habituels du spectateur devant pareil exhibition - compassion pour la victime ou haine pour les bourreaux.
Le tout sans pour autant excuser ou encore moins absoudre.

L'histoire étant évidemment terrible et son illustration à la fois parfaitement froide et poisseuse (les scènes dans le salon libertin ou dans le bordel ont de quoi provoquer des frissons d'horreur), la tentation aurait sans doute pu être grande de rendre le film malgré tout aimable.
Son impact est d'autant plus grand qu'il ne s'encombre pas de ce genre de considérations et parvient néanmoins, si pas à séduire, du moins à bouleverser.

Tour à tour documentaire, fable et parabole sur notre propention moderne à créer des monstres médiatiques, "Vénus Noire", qui préfère également le regard vrai aux froufrous du biopic ou de la reconstitution historique "classique", ausculte avec brio les mécanismes du racisme et du voyeurisme tout en offrant une approche intelligemment ambigue du rapport de dominant à dominé, Saartjie étant aussi partiellement et bizarrement "complaisante" envers sa situation.

En cela, le film est formidablement aidé par la composition étonnante, désincarnée, presque atone de la débutante Yahima Torres qui, aux côtés d'un Olivier Gourmet impressionnant de veulerie, fait beaucoup pour accentuer la neutralité et le côté clinique de la mise en scène.

Film ambitieux, exigeant, ne cherchant jamais à séduire, cette "Vénus Noire" est à l'arrivée une oeuvre à la force peu commune, quasi tellurique, sans concession.

Une oeuvre certes dérangeante mais qui ne peut définitivement pas laisser indifférent.



Cote: ***