lundi 25 octobre 2010


Mad Cows and Englishmen.

"Tamara Drewe" de Stephen Frears (UK); avec Gemma Arterton, Luke Evans, Dominic Cooper, Roger Allam, Bill Camp, Tamsin Greig...

Tamara Drewe a des jambes interminables. Tamara Drewe a le nez refait. Tamara Drewe est inconstante. Tamara Drewe a un coeur d'artichaut. Tamara Drewe est journaliste dans la presse people. Tamara Drewe n'aurait pas beaucoup de jugeotte (quoi que...). Tamara Drewe, la londonienne typique de ce début de XXIème siècle, est de retour dans le village de son enfance pour faire restaurer et revendre la maison de sa mère, récemment décédée. Et Tamara Drewe va bien malgré elle (bien que...) semer la pagaille dans cette petite communauté rurale et surtout dans le "gîte pour écrivains" géré par le romancier à succès local et son épouse fort terre-à-terre...

Dites-donc, dites-donc...

Qu'en voila une bien jolie surprise...

Et dire que j'ai failli passer à côté.
Pas que j'y soit allé avec des pieds de plombs en me disant que ça n'allait ressembler à rien (faut pas pousser, dans ce cas-là je n'y serait pas allé du tout, chuis pas payé pour voir les films, non plus).
Mais bon... Ca ne me disait qu'à moitié, allez.
Et puis, un beau jour, par désoeuvrement, n'ayant rien d'autre à me mettre sous la rétine, je me suis laissé faire, sur le thème du "boh, ça ne peut pas être mal" et autre "bah, Stephen Frears quand même" et tralalala...

Et bien m'en a pris.
Très bien même, car "Tamara Drewe" est un fort joli et fort plaisant petit film.
Tout ce qu'il y a de british dans le sens le plus positif du terme, évoquant même de ci, de là, les mânes d'un "Quatre Mariages et un Enterrement" ou d'autres pépites Working Title, par exemple.
Joyeux, primesautier, brillament écrit et dialogué, mis en scène avec finesse et élégance et interprété - évidemment, ils sont anglais - par des Rolls Royce.

Mais qu'on ne s'y trompe pas.
Derrière toute cette apparente légèreté se cache en fait une critique féroce et assez politiquement incorrecte de notre société, ou plutôt du genre humain en général avec ses hauts et ses bas, ses mesquineries mais aussi ses grandeurs, à travers un portrait au vitriol (oui, bon dilué dans une bonne dose de thé quand même) de nos petites vies.
Portrait brassé au pluriel, à travers tous les âges, toutes les possibilités, tous les choix et toutes les résignations qui les composent, ces vies.

Et comme c'est fait avec une spontanéité, un souffle et une fraîcheur somme toute assez revigorante, eh bien, il est évident que l'on se laisse prendre au jeu, au gré de rebondissements tantôt vaudevillesques, tantôt quasiment "policiers" d'un scénario à tiroirs qui ménage aussi son lot de portes qui claquent.

Finalement assez labyrinthesque, ou plutôt rebondissant de situation en situation, le scénario, que l'on croirait écrit pour être celui d'un "bon" Woody Allen, se paye le luxe d'une narration éclaté, ayant la bonne idée de se servir de Tamara non pas comme d'une héroïne mais comme d'un fil rouge et d'utiliser en deus ex-machina, tirant les ficelles dand l'ombre, deux petites pestes écervelées, Tamara Drewe en devenir, qui sont finalement celles par qui le scandale arrive. Réellement.

A la fois acerbe et léger, tragiquement drôle et drôlement mélancolique, incroyable de maîtrise et de précision sous ses dehors de film "mineur", porté de main de maître(sse femme) par une Gemma Arterton brillantissime - à mille lieues de ses clowneries de type "Prince of Persia" ou "Le Choc des Titans 2.0" - bien aidée il est vrai par un reste de distribution idoine (mention spéciale quand même à la jeune Jessica Barden, qui ira loin), ce "Tamara Drewe" que l'on croyait négligeable s'affirme donc comme une des toutes bonnes surprises du moment.

Qu'on aurait tort de négliger.



Cote: ***

jeudi 21 octobre 2010


Interlude.

99 % de la planète s'en tape dans les grandes largeurs mais bon pour le pourcent restant (mille fois moins que ça, à mon avis), voici une mire pour patienter jusqu'à ce que j'aie de nouveau le temps de m'y mettre, c'est à dire pas avant la semaine prochaine (lundi je mets en ligne la critique de "Tamara Drewe", promis juré).

Je sais que c'est devenu une habitude cette année mais bon, c'est comme ça.

Donc, en attendant, biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiipppppppppppppppppppppppp............ et à très bientôt.

mardi 12 octobre 2010


Hello, world, I'm your wild girl !

"Les Runaways" (The Runaways) de Floria Sigismondi (USA); avec Kristen Stewart, Dakota Fanning, Michael Shannon, Scout Taylor-Compton, Stella Maeve, Ali Shawkat...

Los Angeles, 1975. Joan Larkin, qui préfère qu'on l'appele Joan Jett, rencontre le producteur Kim Fowley, lequel lui présent Sandy West, batteuse de son état. Quelques jours plus tard, Fowley recrute la toute jeune Cherie Currie. Ensemble, elles forment les Runaways, le premier girls-band de l'histoire du rock. Ch ch ch ch ch ch Cherry Bomb !!!!!!

Le truc avec ce film sur les Runaways c'est de savoir si je l'ai apprécié, aimé, même, parce que j'étais déjà fan du groupe - et de Joan Jett en particulier, bien entendu - Maman ! - ou plutôt en raison de ses qualités intrinsèques (comme un coup de trique, je vous en prie)...

Eh bien, en fin de compte et tout bien réfléchi, je dirais qu'il y a un peu des deux. Même si évidemment pas à parts égales.

Mon intérêt pour le groupe, les personnalités qui le composaient, la musique et l'époque l'emportent bien évidemment sur le reste.
Mais le film en lui-même n'est pas dénué d'intérêts, loin s'en faut.
D'intérêts cinématographiques, s'entend.

Car du côté de l'histoire et de son déroulé; même si l'on colle au parcours des protagonistes et de leurs petites histoires (en particulier celle qui liait les deux patronnes, et de près, s'il-vous-plait bien), le truc risque plus d'intéresser le fan d'histoire du rock, même au sens large, et de passer quelque peu par dessus la tête du néophyte.

Mais bon, ne boudons pas notre plaisir.
Ce "Runaways" s'adresse à un public ciblé (dont je suis) et se tient de ce fait à un cahier des charges pour le moins balisé ?
Très bien. Qu'il en soit ainsi !

Du coup, oui, pour le spectateur lambda, rien ici qui ne dépasse ce que l'on peut trouver dans n'importe quel autre biopic rock de type "Doors", par exemple (et encore !).
On est loin aussi, très loin même, d'exercices de style à la "Velvet Goldmine" ou "I'm Not There"...

Mais pour l'amateur, malgré la forme un peu classique, que du nanan.

Certes, "Les Runaways" est plutôt un film gentillement illustratif, voir "explicatif". Du genre qui raconte sa petite histoire de manière linéaire tout en n'oubliant pas de passer en revues toutes les scènes "obligées" du genre (sex and drugs and rock'n'roll, par là...).

Mais c'est bien ficelé, enlevé, bien réalisé pour un premier film (la réalisatrice est au départ chorégraphe), même si ça trébuche parfois sur un montage pour le moins chaotique et que ça pêche un peu par excès de gros plans...

La photo automnale de notre compatriote Benoît Debie ("Calvaire") rajoute une touche ado/arty que n'aurait pas renié Gus Van Sant et l'on peut même dire que le film recèle son petit lot de morceaux de bravoure (le générique de début, le show de Cherie sur "Lady Grinning Soul", le riot gig le pétage de plombs en studio et surtout la scène sidérante ou Joan Jett et Kim Fowley improvisent "Cherry Bomb" dans la caravane/local de répète)...

Et puis bien sûr, il y a la B.O. qui envoie le bois et pas qu'un peu !
Outre les Runaways et Joan Jett (oui, oui, les pingouins, il y AUSSI "I Love Rock'n'Roll" !), on y croise Slade, Suzi Quatro, David Bowie, les Stooges ou les Pistols... Soit QUE de la très bonne compagnie !

L'interprétation de ce film naïvement féministe par omission et/ou par soucis de réalisme historique (à part Kim Fowley, en gros, pas l'ombre d'un mâle et c'est très bien comme ça) est également et heureusement à la hauteur: Kristen Stewart et Dakota Fanning (le film, adapté d'un bouquin de Cherie Currie, s'attarde essentiellement sur le duo-phare, les trois autres, à l'exception de feu Sandy West, étant presque reléguées au second plan), à mille lieues de leur répertoire habituel et sucré, font de véritables étincelles.
Quant à Michael Shannon, dans un rôle par contre taillé sur mesure, il prouve si besoin en était qu'il est bien un des nouveaux Grands Fêlés du Paysage Hollywoodien...

A l'arrivée, un petit film, peut-être, mais attachant, presque touchant, même, qui une fois visionné donne quand même fort envie de s'enfermer dans une cave pour boire des bières et jouer du putain de rock'n'roll !

Ce qui en soit est déjà une bonne chose, non ?

California Paradise !

Ch ch ch ch ch Cherry Bomb !!!!

Oh et puis merde: I LOVE ROCK'N'ROLL, putain !

Comme ça c'est dit !



Cote: **

mercredi 6 octobre 2010


Tordus, les Damnés de la Terre !

"Le Dernier Exorcisme" (The Last Exorcism) de Daniel Stamm (USA); avec Patrick Fabian, Ashley Bell, Louis Herthum, Iris Bahr, Caleb Landry Jones, Shanna Forrestall...

Prètre médiatique et pour le moins "spectaculaire", à la limite du télévangélisme, le Révérend Cotton Marcus a construit une partie de sa carrière et de sa fortune sur des "exorcismes" qu'il avoue lui-même bidons. Dégoûté et fatigué par cette pratique, il décide de la dénoncer. Pour ce faire, il engage une équipe de télé (ou de cinéma ?) pour filmer ce qui sera son Dernier Exorcisme et, par ce biais, dénoncer toute la charlatanerie de l'entreprise: gadgets, trucages, manipulations... Sans imaginer une seconde que sa dernière "patiente" pourrait bien être possédée pour de bon !

Alleeeeeeeeeeeeeeeeiiiiiiiiiiiiiii, wéééééééééééééééééiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!!!!!!!!!!!!!

Avouons-le d'entrée: dans la cohorte de cornichonneries post-"Blair Witch", films d'horreur de type "lost tapes" ou faux documentaires que nous avons eu à subir ces dernières années et dont "Paranormal Activity" constitue en quelque sorte le mètre-étalon (en matière de non-film il n'y a peut-être que le "2" qui sort bientôt qui pourra faire plus fort ET ENCORE !); ce "Dernier Exorcisme" n'est certainement pas le pire, loin de là !

Et pourtant, ce n'est rien de dire que ce n'est pas un bon film (ici aussi: loin s'en faut !).
Ca atteint même à certains moments des sommets de connerie et d'indigence à peine croyables (la fin, bordel !).

Maaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiis (si j'étais payé au caractère je te dis pas comment je ferais péter les pétro-dollars, ici, Madre de Dios de Notre-Dame de Mon Cul !), mais, mais, mais mais mais...

MAIS !

Mais cette zieverderaa de quand même assez costaud calibre se trouve avoir malgré tout deux beaux avantages sur - ou "par rapport à..." - ses innombrables concurrents !

Le premier c'est que sa structure narrative, pleine de rebondissements de type "où veulent-ils en venir exactement ?" ("C'est vrai ? C'est pas vrai ? C'est elle ou pas ? C'est lui ? C'est pas lui ? Non ???? Ce serait quand même pas ça ? Ils n'ont pas osé ! Ah si... Ah non... Ah bon.") lui donne un côté vraiment intrigant et finalement plein de suspense.

Dommage qu'évidemment la résolution ne tienne absolument pas les promesses de l'ensemble. Et ce n'est encore juste rien de le dire encore, savez-vous ! Awel, santeï !

Le second atout réside dans le fait que, pour une fois, et tout en se la jouant intelligemment "low-fi" même dans les passages obligés (voix d'Outre-Tombe* et contorsions démoniaques, ce genre...) - sans doute aussi faute de moyens mais baste - le néo-réalisateur réussit à poser une ambiance à la limite de la flippette.
Ce qui, dans ce genre de film, est non seulement le but recherché mais aussi - et surtout ! -suffisamment rare pour être souligné.

Enfin...

Tout ça c'est dans la première partie...

Première partie dont le côté pour une fois presque vraiment réaliste - ne serait-ce une fois de plus ce tic de l'image qui tremble en caméra portée pour faire "vraiment documentaire" alors qu'on ne voit justement JAMAIS CA dans un documentaire digne de ce nom, bordel de frites en cornets ! - est renforcé par la qualité du jeu des acteurs, tous inconnus comme il se doit.

Pour le reste, on enquille aussi par la suite tous les passages obligés, clichés, poncifs et passe-moi le dictionnaire de synonymes, du film d'horreur lambda et poussif de type train-fantôme (portes qui claquent, lit qui bouge, n'en jetez plus, la cour est pleine) et les invraisemblances factuelles - on quitte le faux docu pour entrer de plein pied dans le domaine du champ/contre-champ, de la musique illustrative et des effets spéciaux cheap - d'un film qui montre assez vite les limites de son concept.

Enfin... "Concept"...

Jusqu'à aboutir, presque logiquement pourrait-on dire, à ce final grand-guignolesque et d'un ridicule consommé, sommet de pignolade kitsch où fusionnent dans une sorte de partouze filmique de série Z somme toute assez pénible à l'oeil des trucs aussi divers et variés que "Rosemary's Baby", "Les Enfants du Maïs", "Les Vierges de Satan" (Hammer POWA !!!!!) et le "Blair Witch" originel en un brouet-signature-cumulet confondant de consanguinité cinématographique.
Une consanguinité presque touchante tant elle est finalement branque.

Soit, à l'arrivée, un monstre de cinéma de genre difforme et baroque, à la tête avenante et au cul atroce, que l'on pourra sans doute un jour remater en ricanant lors d'une invraisembable soirée DVD/pizzas/bières.

Beaucoup, beaucoup de bières...


Cote: *

(* et pas d'Outre-Quiévrain, ça c'est dans "Bienvenue chez les Ch'tis", putain de vanne de MERDE !!!!)

mercredi 29 septembre 2010


L'Arme à Gauche...

Ah ben ce coup-ci on est pas dans la merde, tiens !

Pour le coup, faudrait peut-être songer à contenir l'hémorragie. Parce qu'on commence à les perdre par paquets de dix, là. Enfin, sans vouloir comparer.

Non, parce qu'après Chabrol et Corneau c'est du lourd, de l'immense, du colossal, un monument qu'on perd là. Et ça, même si il tournait peu. Même si il n'avait plus rien livré depuis des décénnies.

Parce que, Arthur Penn, c'est "Little Big Man", "Le Gaucher", "Bonnie and Clyde", "Missouri Breaks" (Brando et Nicholson, houba houba !) et "La Poursuite Impitoyable" ! Je ne dirai même pas "excusez du peu", la liste parle d'elle-même.

Le dernier des géants, ou presque...
L'égal de Peckinpah !

Argh !

ARGH !

Mais enfin ! ARGH !, quoi !


mardi 28 septembre 2010


C'est pas le goût... c'est l'ivresse !

"Le Bruit des Glaçons" de Bertrand Blier (F); avec Jean Dujardin, Albert Dupontel, Anne Alvaro, Myriam Boyer, Audrey Dana, Christa Théret...

C'est l'histoire d'un écrivain jadis à succès, reclu dans sa villa on ne sait où, entouré - ou pas - de sa domestique effacée et de sa très jeune maîtresse russe, qui un beau jour reçoit la visite de son cancer. Lequel cancer lui dit en substance "Bonjour, je me suis dit qu'après tout, ce serait pas mal qu'on fasse connaissance".

Ah ben oui, pour le coup, ça fait très très bien plaisir !

Même au-delà de l'inévitable commentaire sur l'alcool et ses corrélaires... Certes du genre à nous faire prendre la chose de manière plus intime mais... allons... Bon !

Après la récente hécatombe de réalisateurs français old school, ça fait du bien de se retrouver là. A se réjouir de la verve conservée, ou plutôt retrouvée - après quelques franches années d'errance erratique (à partir de "Mon Homme", en gros, on va dire) - de l'un des plus iconoclastes d'entre eux: le toujours vert et sémillant Bertrand Blier.

Lequel, du haut de ses d'ores et déjà 71 printemps (mouais, avouons que ce n'est pas encore tant que ça, après tout...) vient nous prouver qu'il bande encore, comme il se plairait à le dire lui-même !*
Et que, à défaut d'avoir retrouvé l'inspiration de ses brillantes années, il garde encore la main, tenez. Qu'il maîtrise encore l'art et la manière de vous tourner un petit film sans trop en avoir l'air... Même si, soyons cruel - oh, rien qu'un brin - sa carrière est derrière lui...

Car, oui, bon... allez... Il est sûr et certain que "Le Bruit des Glaçons" n'est pas "Les Valseuses" et qu'il navigue à quelques bonnes encâblures d'un "Buffet Froid", par exemple.

Mais... Maaaaaaiiiiiis... Mais.

Mais, en l'espèce, c'est quand même un fort bon film, râgeur et politiquement incorrect, au fil duquel l'on retrouve tout le sel de ce qui faisait les "grands" Blier.

En plus dilué.

Certains diront que cela frise la caricature.
Ils auront beau jeu mais d'une certaine façon, ils auront raison.

Mais est-ce vraiment important ? Surtout ici . Surtout maintenant.

Oui, oui.
Trois fois oui (ou plutôt non, bref): on retrouve bien dans ces "Glaçons" le goût marqué du cinéaste pour le cynisme, l'humour noir, la mysoginie, la théatralité (le décor quasi unique de la villa)...
Pour l'absurde et les dialogues qui claquent ou qui roulent en bouche (en cela il trouve d'ailleurs un interprête presque inné en la personne de Jean Dujardin, que l'on ne devrait pas tarder à retrouver dans son univers).
Son intérêt pour les "couples" de cinéma; le côté "buddy movie" décalé, en quelque sorte (et ce n'est rien de dire qu'ici ça fonctionne à plein rendement, entre le Dujardin déjà cité et un Dupontel au sommet de sa forme, même si c'est vrai que l'on est encore à quelques lieues du duo mythique formé par Dewaere et Depardieu, faut pas Poussy).

Oui. Encore une fois, oui (ou non... Je...) !

Tout ça est là et bien là.
Jusqu'aux tics du réalisateur qui agaceront bien sûr ses détracteurs.
Ces apartés. Ces digressions. Cette manière que peuvent avoir les personnages de s'adresser directement à la caméra. Et donc au spectateur.

Mais, au contraire de ses précédents opus où tout cela semblait forcé, obligé, ampoulé, où l'on voyait les ficelles et devinait les mécanismes, tout s'enchaîne ici avec une fluidité, une facilité pourrait-on presque dire, qui fait plaisir à voir.

Porté par ses acteurs (en particulier Anne Alvaro, formidable !) et par ses dialogues, "Le Bruit des Glaçons" apparait presque comme la nouvelle bonne farce d'un Bertrand Blier à la juvénilité retrouvée.

Ne serait-ce une fin stupide, ridicule et complètement en porte-à-faux qui vient un peu gâcher la fête, il n'y aurait quasiment rien à redire.

Et en l'espèce, oh, vous savez... C'est vraiment peu de choses...


Cote: ***

(* "On est pas biens, là ? A la fraîche... Décontractés du gland... Et on bandera quand on aura envie de bander !" Ce genre-là, voyez ?)

lundi 20 septembre 2010


Epiphanie.

"Des Hommes et des Dieux" de Xavier Beauvois (F); avec Lambert Wilson, Michael Lonsdale, Olivier Rabourdin, Philippe Laudenbach, Jacques Herlin, Olivier Perrier...

1996, dans les montagnes du Maghreb. Huit moines français vivent en harmonie avec la population du village voisin. Lorsque des travailleurs étrangers sont égorgé sur un chantier proche, la terreur s'installe dans la région. L'armée propose aux religieux de les protéger, ceux-ci refusent. Au fur et à mesure qu'autour d'eux la menace grandit et se précise, la décision des moines de rester coûte que coûte semble se raffermir...

Oh oui, je sais.
Je vous vois venir de loin, bande d'alevins des torrents alpestres. J'entends d'ici mugir, tels féroces soldats, ceux qui parmi vous, goguenards, vont évidemment mettre le ton de cette chronique - que je vous promets d'ores et déjà dythirambique - sur le compte de ma normande rencontre avec Xavier Beauvois.
Ou encore ceux qui, plus prosaïquement, m'accuseront d' "intellectualisme", d'auteurisme forcené, voire de complaisance suspecte envers le Festival de Cannes et les films qui en sont issus. Pire: qui y ont été primés !

Et je dois à l'honnêteté de dire que je trouve quelque part ces soupçons justifiés.

Mauvais esprit comme je suis, j'aurais même tendance à nourrir la même défiance envers certains journalistes professionnels de ma connaissance (pas forcément dans le cas qui nous occupe, d'ailleurs, mais là n'est pas la question).

Et pourtant je vous le jure, je vous l'assure, rien de tout cela ici.
Rien d'autre que du vrai, du ressenti, du vécu.
Car c'est bien à ce niveau-là que ça se joue.
Et de ce point de vue je vous le confirme: "Des Hommes et des Dieux" secoue sévère !

Je peux même dire que ça faisait fort longtemps - ça se compte en années, pour vous situer - qu'un film ne m'avait fait un tel effet. Je suis sorti de là lessivé, brisé, broyé, torché, en larmes et quasiment en état de choc.

Pas question pour autant de révélation au sens christique du terme, mon athéisme bon teint ne souffrant pas de remise en question (ah ah !), je vous rassure.
D'ailleurs, nulle trace ici de bondieuserie ni de prosélytisme, le vrai sujet n'étant évidemment pas là. Pas plus de trace d'ailleurs d'un éventuel et opportun oecuménisme, du type "toutes les religions se valent/nous sommes tous frères/aimons nous les uns les autres", même s'il serait aisé, trop aisé, sans doute, d'y voir le message "primal" du film.

Non, le vrai sujet, le vrai "message" de ces "Hommes..." - si tant est qu'il y en ait vraiment un, quand on voit à quel point Beauvois se situe à la lisière du non-dit, de la suggestion et du filigrane - concerne plutôt les notions de sacrifice ou d'engagement.
Et nous pose à tous la même question: serions-nous prêts à mourir pour une cause, quelle qu'elle soit (politique, religieuse, morale...) ?

Pour nous montrer le cheminement intérieur de ses moines en un long trajet vers l'inéluctable, le réalisateur avance lentement, construisant son film en une sorte de crescendo d'autant plus puissant qu'il est tout d'abord presque imperceptible.

Calmement, posément, de manière parfois austère, celui-ci évolue vers une dernière demi-heure d'autant plus traumatisante qu'elle aura justement été minutieusement préparée.

D'un lyrisme ample, la mise en scène (qui nous réserve quand même ça et là quelques morceaux de bravoure pré, voire "in", climax*) nous mène de manière presque incidieuse vers cette longue conclusion, véritable choc esthétique et émotionnel qui nous laisse pantelants, épuisés, écrasés par une athmosphère que n'auraient finalement reniés ni Bresson, ni surtout Tarkovski.

Ca fait beaucoup ? Certes. Et encore...

Et encore tout ça ne serait rien sans l'interprétation collégiale d'une troupe de comédiens littéralement en état de grâce, de Lambert Wilson dont je ne pensais pas dire ça un jour à Michael "un César sinon rien" Lonsdale en passant par tous les autres, les Jacques Herlin, les Philippe Laudenbach, les Olivier Rabourdin... Tous. Tellement parfaits qu'on en a mal pour eux.

Alors, oui, c'est lent et austère et ça se mérite un peu.
C'est parfois trop écrit, un brin verbeux et ça passe peut-être de manière un peu superficielle sur les tenants et les aboutissants historico-politiques de l'époque et du pays.

Mais ça n'en aboutit pas moins à l'uns des grands chocs cinématographiques de l'année, voire plus.

Et bien sûr, je suis conscient du fait que, par son sujet et son traitement, "Des Hommes et des Dieux" va laisser indifférent, ennuyer, voire déplaire à pas mal de gens.
Mais pour le coup, tout prétentieux que ce soit**, je m'en fous.

Parce que voila: tant pis pour eux.

Cote: ****


(* En particulier la scène du repas sur fond de "Lac des Cygnes" et son long travelling circulaire sur les visages des moines, en gros plans de plus en plus resserrés)

(** Je n'en suis plus à ça près, savez-vous...)