mardi 14 septembre 2010


Sans cérémonie...

Ah ! Il y a des gens, comme ça... On a l'impression qu'ils seront toujours là.

Claude Chabrol était de ceux-là... Tellement actif, tellement... présent, encore, malgré ses 80 piges qu'on finissait par le penser immortel.

Et puis, là aussi, pouf paf, sans crier gare, un beau jour on apprend qu'il a fermé boutique.
Et ça laisse un vide.
Carrément, oui...

Parce que le Chabrol, pour le coup, je l'aimais vraiment bien, tiens.

Non seulement pour son cinéma, à la fois simple et inimitable, sa façon d'être humblement revenu à un ciné "de tradition" après avoir été, si pas l'inventeur, du moins l'un des défricheurs de la Nouvelle Vague, pour ses films à l'ambiance simenonienne et à l'humour décalé, sa façon de croquer le bourgeois et de dénoncer sans en avoir l'air les travers de la vie de province...

Mais aussi pour ce qu'il était.
Ce personnage truculent, bon vivant, fort en gueule, rabelaisien. Jamais avare d'un bon mot, toujours l'oeil qui frise et le sourire en coin.

C'est bien simple, même sa passion avouée pour "Le Juste Prix" le rendait attachant.

Alors, oui, pour tout ça, sur le fil et avant qu'on ne le mette en bière, vendredi, au Père-Lachaise, je pouvais bien me fendre d'un petit billet hommage.

Avant d'aller me remater "Le Boucher" ou "Que la bête meure"...

Enfin... Sale temps pour le cinéma français, en tout cas.

jeudi 9 septembre 2010


Je sais jamais où foutre le "h"...

"Piranha" d'Alexandre Aja (USA); avec Elisabeth Shue, Jerry O'Connell, Ving Rhames, Christopher Lloyd, Dina Meyer, Richard Dreyfuss...

Le Summer Break, la grande partouze américaine avant la plongée définitive dans la "vraie vie". La petite ville de Lake Victoria s'apprête à accueillir pour l'occasion des milliers d'étudiants en manque de sexe, de décibels et d'alcool. Alors que ceux-ci commencent à déferler sur la ville (les étudiants, pas le sexe et l'alcool ! ... Quoi que...), un tremblement de terre secoue la région et ouvre une faille au fond du lac. D'où surgit une multitude de piranhas préhistoriques... et affamés !

Arf !

Dites donc !

Je suis pas peu fier de ce début de semaine, allez.
Avoir réussi à caser "Piranha" entre la déconcertante Palme d'Or thaïlandaise et l'austère mais émouvant Grand Prix du Jury cannois, vous avouerez quand même que voila un sacré grand écart !
Passer du cinéma auteuriste à son parfait contraire et retour en l'espace de 24 heures, je dois le concéder moi-même, faut l'faire et pas qu'un peu !

Parce que "Piranha", mes amis...

Dans le genre bourrin ça se pose un peu là.

C'est même le fin du fin du séraphin...
Du beau travail. Du lourd, de l'épais, du certifié 6 tonnes fignolé à la main et terminé au baquet et à la raclette à grands coups de tripes et d'hémoglobine.
Un truc énaurme, qui frise le cosmique !
Une blague de potache hors normes, bourrée jusqu'à la gueule de gore à la fois kitsch et craspec, d'humour de corps de garde et de gonzesses à poil aux mamelles hypertrophiées.
Et le tout en 3D, misère ! (ce qui suppose que l'on se prenne lesdites mamelles dans la tronche pendant la moitié du film).

Tous les poncifs du cinéma d'horreur bas du front sont là, dans un vibrant hommage aux classiques eighties: sexe, tripaille, vannes à la con (les dialogues valent leur pesant de pop-corn au beurre), situations over-ultra téléphonées (en ce compris l'inévitable "ultime-rebondissement-final-qui-laisse-la-porte-ouverte-à-une-éventuelle-séquelle"), personnages inexistants, scénario itou et morts grotesques en pagaille (certaines fort drôles, faut bien l'avouer).

La réal' est parasitée par la 3D (inconfortable, approximative et mal exploitée comme toujours, pour ce que j'en pense mais bon, allez, ça fait gadget) et tout le monde surjoue comme un goret.
Mais le truc, bien sûr, c'est qu'on s'en fout.
Parce qu'après tout, on n'est pas là pour ça.

Non.

On est là pour s'en payer une large tranche sur fond de réjouissant jeu de massacre - et de mauvaise techno, au passage - et autant dire que, de ce point de vue là, on en a pour son argent.

Et largement.

Bon, d'accord: c'est un peu lent au démarrage, ça peine à s'installer, mais, une fois que ça a pris sa petite vitesse de croisière, pardon !
Ca charcle ! Ca mouline ! Ca explose et ça éparpille !

Et comme ça culmine dans une scène de quasi-apocalypse de près d'une trentaine de minutes pendant un concours de t-shirts mouillés, je vous le demande: que pourrait-on demander de plus à ce truc qui ferait sangloter de joie n'importe quel bifffien lambda ?

Un casting idoine, peut-être ?

Eh bien le voilà; qui combine délicieux has-beens (Zaza Shue, Ving Rhames, JERRY O'CONNELL !!!!!) et caméos de vieilles gloires sur le retour (de Richard Dreyfuss - en caution "Dents de la Mer" pré-générique - à Dina Meyer, en passant par cette vieille baderne de Christopher Lloyd, presque touchant dans son grand numéro de portenawak hystérique).

Bref, ça saute aux yeux, Aja et son co-producteur/co-scénariste Grégory Levasseur se sont fait plaisir avec cet hommage crétin aux films qu'ils aimaient sans doute voir étant ados.
Ca suinte de l'écran à chaque image et c'est d'autant plus sympatoche que c'est communicatif.

Mais bon, allez, même si on s'est bien fendu la pêche, il est temps de ranger les jouets et de sonner la fin de la récré.

En espérant que les gaillards vont quand même bientôt revenir à de meilleures intentions et à quelque chose de plus artistiquement consistant.

Allez, chiche !

Un reboot de "Hurlements" ! Avec Dee Wallace dans le rôle de mère-grand !

Cote: **

mardi 7 septembre 2010

Heroes and Icons...


(Dominique Laffin - 1952/1985)

Le Livre de la Jungle.

"Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures)" (Lung Boonmee Raluek Chat) d'Apichatpong Weerasethakul (TH); avec Thanapat Saisaymar, Jenjira Pongpas, Sakda Kaewbuadee, Nattakharn Aphaiwonk, Geerasak Khulong, Kanokporn Thongaram...

Entouré des siens, dans sa ferme apicole, Oncle Boonmee se meurt d'une insuffisance rénale. Il se souvient alors de ses vies antérieures en tant que buffle ou princesse et entrevoit ses vies futures tandis que les fantômes de sa femme défunte et de son fils disparu reviennent lui rendre visite. Un conte initiatique où se croisent hommes-singes aux yeux luminescents et poissons-chats parlants, au milieu des esprits et autres animaux de la forêt...

La voilà donc, cette Palme d'Or qui aura, une fois de plus, fait couler tant d'encre !

A qui les détracteurs du festival de Cannes reprocheront comme d'habitude son hermétisme et dont ils se serviront pour pointer une fois de plus le snobisme de la manifestation.

Auteurisme, "art et essai" (avec tout ce que ça suppose de péjoratif), rejet du grand public... Les grands mots sont lâchés. Quoique pas toujours à mauvais escient, d'ailleurs. Du moins, pas forcément...

Encore faut-il savoir ce que ces mots recouvrent.

Car "Oncle Boonmee...", c'est sûr, est un OVNI.

Et c'est un film qui se mérite un peu.
Ou du moins qui ne se livre pas si facilement.

Qui invite à un véritable voyage, à défricher des contrées pas forcément connues et arpentées, d'un exotisme extrême et forcené, tant d'un point de vue géographique et social - la vie dans la campagne thaïlandaise, à la lisière de la jungle, n'est pas forcément ce qu'il y a de plus banal à offrir à nos yeux de citadins occidentaux, loin s'en faut - que purement cinéphile...

Pour arriver à bon port, il convient d'ailleurs d'abord de se laisser faire. Et d'oublier certains repères. De s'affranchir des procédés narratifs "classiques" du cinéma tel qu'il est pratiqué par ici. D'accepter les ellipses et les sursauts. Les avancées et les flashbacks. Les ruptures de ton.

Le tout en voulant bien se passer d'explications, si c'est possible.

Ce qui peut bien entendu mener à des situations étranges.
A se demander ce que certaines scènes (celle de la princesse ou tout le final dont l'utilité peut être légitimement sujette à caution) viennent faire au milieu du reste, par exemple...

Cela peut aider de garder à l'esprit que, pour Weerasethakul, finalement, l'esthétique prime sur l'histoire.
Ce qui tombe plutôt bien, en somme, puisque d'un côté purement plastique le film est sur toute sa longueur d'une beauté à couper le souffle.

L'autre surprise, bien que moindre pour tout qui a déjà pratiqué de près ou de loin le cinéma asiatique, toutes nations confondues, tient évidemment dans le rapport, disons... différent.. que celui-ci peut entretenir avec le temps.

Et, de fait, il est sûr et certain que le rythme pour le moins languide et contemplatif du film en déconcertera plus d'un.

Passé ces écueils dont il est bon de s'accommoder, "Oncle Boonmee...", film au carrefour de l'animisme, de l'onirisme et du conte, nimbé dans un fantastique aussi splendide que déroutant, vaut plus pour ce qu'il propose, de manière la fois franche et paradoxalement abstraite, que pour ce qu'il raconte.

Ou pas.

Soit une approche du cinéma libre, originale et affranchie de toute barrière.

Une expérience à part entière: sensuelle, viscérale...

Déroutante, certes.

Mais tout simplement magnifique.

Cote: ***



How I met Xavier Beauvois...

(avec des vrais morceaux de "je fais mon malinois" dedans !)

A la veille de la sortie belge de son décidément pré-acclamé et très attendu "Des Hommes et des Dieux" (Grand Prix du Jury au dernier Festival de Cannes et c'est rien de dire que la bande annonce donne envie, milliards !) que dire sinon que dalle (comme d'hab', oui, je sais, j'aime bien les formules et je vous emmerde affectueusement, bande d'oursons velus des collines) de la rencontre en question, à part qu'elle fût fugace, forcément anecdotique, improbable et quelque peu surréaliste ?

Mes deux potes sur les falaises d'Etretat que mon vertige et mon palpitant empêchent d'arpenter plus avant, ma gueule - évidemment ! - au bar-tabac du coin; le plus banalement anonyme qui soit, sur la place de la mairie, ce genre, à la limite de la caricature.

Un type qui entre, mal rasé, une tronche de lendemain de veille qui surtout éveille ma curiosité, la presse sous le bras, le gsm vissé à l'oreille.

Un instant d'hésitation mais, oui, c'est bien lui !

Plus étonnant: le gaillard fait la bise à tout ce qui bouge dans le café avant de s'installer pour éplucher les critiques.
Visiblement, la veille, c'était avant-première locale et tout le village y était, qui ne se gêne pas pour donner son avis.

Empourpré jusqu'aux oreilles et mû par mon sempiternel comportement de groupie, je vais courageusement demander à la serveuse si "le monsieur est bien Xavier Beauvois".
Ce qu'elle confirme jovialement, à la limite fière à sa place d'avoir été reconnue.
Je marmonne un truc à propos de la sortie bruxelloise du film, vais me rasseoir devant ma Heineken (vos gueules !) et v'la-t-y pas qu'elle en profite pour aller lâcher le morceau auprès du cinéaste ("y a un monsieur de Bruxelles qui t'as reconnu, il a très envie d'aller voir le film, machin..." Aimable connasse).

Passage de tête dans l'encoignure, bonjour du menton, vague serrage de main et ultime marmonnage sur le thème honteux de "j'aime beaucoup ce que vous faites".

Piteux, oui, je vous l'accorde (mais vous ai-je déjà dit que je vous emmerdais, troupeau de koalas duveteux et hydrophiles ?)

Et donc, comme le veut la formule: rire, applaudissements, rideaux...

Reste l'anecdote: Monsieur Beauvois a demandé à ses amis de bout de zinc comment s'était terminée la soirée de la veille vu que, ayant picolé plus que de raison, il n'en n'avait aucun souvenir.

Réponse collégiale et hilare ? "T'étais mort bourré, t'as envoyé chier tous les journalistes pendant le débat qui a suivi le film !"

Et lui, visiblement vraiment embarrassé: "Ah merde, je me souviens de rien..."

Comme quoi, des hommes et des Dieux, hein...

Surtout des hommes, moi j'vous dis. Surtout des hommes !

dimanche 5 septembre 2010


Fin de partie.

"Crime d'Amour" d'Alain Corneau (F); avec Ludivine Sagnier, Kristin Scott Thomas, Patrick Mille, Marie Guillard, Gérald Laroche, Olivier Rabourdin...

L'affrontement de deux femmes dans le décor étrange, froid et aseptisé d'une grande multinationale. Isabelle travaille sous les ordres de Christine, femme de pouvoir qu'elle admire et pour laquelle elle semble prète à tout. Mais, convaincue de son ascendant sur la jeune femme, Christine entraîne celle-ci dans un jeu de séduction et de domination qui pourrait bien les emmener trop loin.

C'est étrange, cette impression que l'on ressent à la vision de ce qui restera forcément comme le dernier opus de désormais feu Alain Corneau...

C'est diffus, pour le moins, confus pourrait-on même dire. Troublant, en tout cas...
Mais, oui, on a bel et bien l'impression de se retrouver devant un inédit de... Claude Chabrol !

Même photo froide, même réalisation plan-plan de téléfilm (et c'est bien là que la bât blesse, bien entendu), même ambiance délétère, même structure de thriller en forme de whodunnit, même écran de fumée cachant en fait une sombre étude de moeurs, voire de caractères.

Et surtout - et c'est là que l'on retrouve enfin, quoique en filigrane, un Corneau jusqu'ici noyé dans l'académisme et les conventions - même direction d'acteurs étrange, décalée mais en fin de compte étonnement percutante.

Car autant se l'avouer tout de suite, si ce "Crime d'Amour" (oui, le titre, aussi...) éveille un soupçon d'intérêt dans l'oeil du spectateur, c'est essentiellement aux prestations unanimement chics et impeccables de Mesdemoiselles (ou Mesdames, hein... Après tout...) Ludivine Sagnier et Kristin Scott Thomas qu'il le doit.

Prestations auxquelles il est bon d'associer celle de Patrick Mille, également parfait dans son emploi de bellâtre arriviste, à la fois manipulateur et manipulé.

Au-delà de ça - et d'une utilisation assez inédite et adroite des rapports de force en entreprise - force est d'avouer que l'ultime effort cinématographique d'Alain Corneau ne restera pas dans les annales (tout comme ses opus précédents, des "Mots Bleus" à son malheureux et inutile remake du "Deuxième Souffle", hélas).

La faute, une fois encore, à une réalisation platement illustrative, terne et sans enjeux, presque indigne du réalisateur de "Série Noire" ou du "Choix des Armes".

La faute également à un scénario de série B policière (on pense en fin de compte beaucoup plus à Agatha Christie qu'à Georges Simenon) usant et abusant de grosses ficelles, de flashbacks appuyés (en noir et blanc, s'il vous plaît bien ! Pour être bien sûr que l'on comprenne !) et de retournements de situation plus tirés par les cheveux les uns que les autres.

Mais au final, le pire - ou la bonne surprise, c'est selon - c'est que, sans s'en rendre vraiment compte, on se laisse prendre au jeu de ce petit film finalement plus jouette qu'autre chose, qu'on ne s'ennuie pas - loin de là, même - et qu'on finit même par se laisser charmer par sa mécanique un peu désuète et par sa conclusion gentiment amorale et politiquement incorrecte.

Certainement pas du grand cinéma mais un petit moment plaisant de divertissement "à la française" qui conclut sur une note mineure l'oeuvre d'un cinéaste attachant qui laisse heureusement derrière lui quelques pièces d'une toute autre volée...


Cote: **



Série Noire.

Oui, bon, OK, je sais.

Je m'excuse pour le côté extrêmement cheap and cheesy du titre de ce post.

Mais bon, d'un autre côté, la tentation était grande... Et puis, y a une certaine logique, non ?

Bon, bref.

Il s'en est passé des choses durant mes normandes vacances, et la moindre n'est certainement pas le décès inopiné (ben oui, pouf paf, deux secondes avant il était encore là) de ce bon vieux (ou vieil ? Allez savoir, après tout) Alain Corneau.
D'autant plus surprenant - le décès - que le dernier film que j'aie vu en salle ces derniers temps (enfin non, je viens de voir "Oncle Boonmee" en fait) n'est autre que son ultime "Crime d'Amour" - dont la critique suit dans la seconde, si, si, je vous assure.

Alors bon, pourquoi ce fendre d'un billet pour l'occasion, je vous le demande ?

Parce que Corneau est - était - sans doute l'un des derniers grands réalisateurs "classiques" du cinéma français.

Et surtout parce qu'il était le Maître du polar hexagonal.
Et qu'a ce titre il nous a servi une palanquée de classiques incontournables de la trempe de "Police Python 357", "La Menace" ou surtout "Le Choix des Armes" et "Série Noire" (d'où le piteux titre ci-dessus, oui).

"Série Noire" ou la quintescence du poisseux gaulois hissé jusqu'à d'insoupçonnables sommets par son auteur et ses comédiens, au premier rang desquels mon idôle de toujours: Patrick Dewaere dans peut-être son meilleur rôle ever ! (ce qui n'est foutrement pas peu dire, nom d'un petit bonhomme, croyez-moi !).
La scène - improvisée, milliard de tètes en fusion** !!!! - au cours de laquelle l'gamin se fracasse la tronche contre le capot de sa voiture restera aux panthéon de mes scènes cultes jusque tard dans la nuit, je peux bien vous l'assurer !

Rien que pour ça, qu'hommage et grâce soient rendus à Monsieur Alain Corneau (qui, pour la petite histoire, était aussi dans la vie le compagnon de Nadine Trintignant qui n'a décidément pas de chance ces derniers temps*) et que sa production fleurisse prochainement en DVD et surtout en télé, ça nous changera les idées et nous musclera les neurones, tiens...



(* Oooouuuuhhh !!!!! C'est mal ! C'est mal !)

(** Merci Franky !)

PS: Prochainement un nouvel épisode palpitant de mes "Contes Normands" illustrant mon improbable rencontre avec Xavier Beauvois dans un bar-tabac d'Etretat.