lundi 13 avril 2009


Bifff 27: Jour 4.

Où l'on croise le Gros Furlong.

L'a grossi, Edward Furlong.

Enfin non, en fait. Il a perdu du poids, visiblement, depuis le tournage de "Stoic" du Vilain Uwe Boll qu'il est venu nous présenter hier soir en présence du réalisateur à l'accent surréaliste.
Mais bon, il est loin le gamin filiforme de T2 et surtout "Little Odessa", que l'on présentait à l'époque comme une sorte de descendance américaine d'Alain Delon jeune.

N'empêche qu'il est resté rock'n'roll, le fiston, nous gratifiant d'un "Hello motherfuckers" tonitruant, chantant une petit refrain où il était question de "Fuck you in the ass" et sirotant son whisky-coca à même la salle...

Las, pour tourner coup sur coup deux films* avec le culte-mais-quand-même-maudit-et-surtout-très-mauvais réalisateur allemand, il doit quand même être tombé bien bas.

Même si ce "Stoic", finalement...

Patience, on en parle plus bas.

7. "Nightmare Detective 2" (Akumu Tantei 2) de Shinya Tsukamoto (J).
Foiré!
Foi-ré!
Et c'est vraiment une honte!
Parce que pendant la première heure on croyait tenir la résurrection du Cronenberg nippon après le bon - mais quand même un peu indigne de lui - premier volet.
Moins violent, organique et farouchement cyberpunk que les films qui ont fait sa très relative gloire (les "Tetsuo", "Tokyo Fist", "Bullet Ballet", et autres films du genre) mais quand même bien cintré, flippant et très... tsukamotesque. Une tentative louable de "cinéma bicéphale", entre outrance à l'ancienne et tentation "mainstream" (le film lorgne un peu vers les films de fantômes asiatiques "classiques", tout en évitant heureusement de tomber dans le cliché de la petite fille aux cheveux sales dans le visage).
Un film qui n'a d'ailleurs pas grand chose à voir avec son grand frère, si ce n'est le personnage principal dont on revisite ici en partie l'enfance.
Hélas, trois fois hélas, Tsukamoto n'avait visiblement écrit le scénario que pour un moyen-métrage.
Ce qui fait qu'après une heure et peut-être dix minutes pleines d'allant, il se trouve à cours de matériel et se met à radoter en nous rejouant carrément le début du film.
Pitoyable, oui.
Et surtout chiant, à l'image de cette dernière scène qui n'en finit plus et qui surtout ne raconte plus rien.
Vraiment dommage...
Parce que cette première heure, putain!

Cote: ** (parce que je reste fan)

8. "Les Intrus" (The Uninvited) de Thomas et Charles Guard (USA).
Et voila!
Encore un bon gros remake tout mou et tout inutile d'un - excellent - film asiatique ("Deux Soeurs" de Kim Jee-woon, Corbeau d'Argent ici il y a quelques années).
Allez, je veux bien admettre que, si on n'a pas vu l'original, la fin soit surprenante.
Mais - et là même si on ne l'a pas vu - comment est-ce possible de s'enfiler sans broncher le reste du film, succession plate et creuse de clichés neuneus, tragiquement dépourvue de rythme (on s'fait chier, putain!) et de substance?
Rien que l'on n'ait vu cent fois ailleurs et généralement en beaucoup mieux (et, tout compte fait, la fin aussi, pour surprenante qu'elle puisse être, tiens).
Tout les défauts inhérents à ce genre de remake sont là et biens là. C'est bien simple, c'est plus un film, c'est un catalogue!
Absence de recul, incapacité de construire son récit, de poser une ambiance, d'user de l'ellipse et du non-dit et surtout surlignage éhonté à l'attention du public amériki qui n'y entrave que pouic. C'est tout juste si il n'y a pas des pancartes, bordel!
Bref, à éviter si ce n'est vaguement pour l'interprétation (essentiellement féminine parce que le pauvre David Strathairn est lui complètement sacrifié).

Cote: * (pour les trois actrices principales, donc).

9. "Stoic" d'Uwe Boll (USA).
Avou le Gros Furlong, donc.
Si, si!
Inspiré d'un fait-divers réel, survenu dans une prison allemande en 2006: trois hommes, condamnnés à des peines légères, s'en sont pris à un codétenu, le tabassant, le torturant et le violant jusqu'à ce que mort s'ensuive (suicide ou meurtre, là est la question).
Allez, évacuons d'emblée ce qui ne va pas dans le film de Boll avant de nous consacrer à ce qui marche.
D'abord, le propos.
Uwe Boll a beau dire qu'il a voulu dénoncer ou du moins comprendre ce qui avait poussé ces trois types à commettre l'impensable, son sens du marketing et du sensationnalisme (avérés) rendent quand même le truc pour le moins ambigu, pour ne pas dire bizarrement complaisant, limite voyeur.
Ensuite, pour un film se voulant hyperréaliste, "Stoic" manque quand même un peu de... réalisme.
D'une part, c'est quoi cette prison où il n'y a pas de couvre-feu, pas de rondes de gardiens, pas de contrôles, pas de promenades, pas de réfectoire, tant et si bien que les gars, toujours en celulle, peuvent s'en donner à coeur joie et tourmenter leur camarade en pleine lumière et sans se géner de la discrétion (ils font quand même un potin d'enfer, tout du long), pendant des heures, sans jamais être dérangés (même quand on appuie sur le bouton d'alarme il suffit de dire "non, non, rien, c'était un accident" et les matons ne se dérangent pas, visiblement)?
D'autre part, après tout ce qu'il se prend sur la gueule (et ailleurs) le pauvre gars devrait claquer dès la moitié du film.
Personne ne peut résister à un traitement pareil plus de quelques heures, faut pas déconner. Et ici, en plus, c'est à peine si il se paye deux trois ecchymoses. Je rigole!
Mais voila. En dehors de ces considérations, faut bien avouer effectivement que "Stoic" est sans doute le meilleur film d'Uwe Boll et ce qui se rapproche probablement le plus pour lui de ce qu'on pourrait appeller un film d'auteur.
Le côté improvisé des dialogues et du jeu d'acteur donnent un côté "cinéma-vérité" et un vrai dynamisme à l'ensemble, rendant passionnants les atermoiements, revirements, mensonges et autres bravades des protagonistes, cherchant qui à sauver sa peau, qui à trouver le pardon...
Les acteurs sont assez bons (surtout Furlong et le fils Levinson) et la mise en scène nerveuse et efficace.
Et puis, le moins que l'on puisse dire c'est que le film ne met pas de gants et ne s'embarasse pas de fioritures.
C'est violent, crade, trash, évidemment politiquement incorrect, visuellement parfois très dur (plusieurs personnes ont quitté la salle en cours de projection)...
Bref, une chose est sure, "Stoic" est un film qui ne laisse pas indifférent.
Et qui, au bout du compte, surprend.

Cote: **

Ce soir: "Grace" et "No-Do".
Demain: "Outlander" et "Red".

(* Le deuxième, "Darfur", est en cours de tournage).

dimanche 12 avril 2009



Bifff 27: Jour 3.

Où l'on s'y perd un peu, avec tous ces jurys...

Djoss! Y en avait pas encore assez?

Le Bifff cherche visiblement à remporter le titre de festival doté du plus grand nombres de jurys - et de prix - différents.
A la compétition internationale (les Corbeaux) et européenne (le Méliès) s'était déjà rajouté le 7ème Parallèle (au départ pour la séléction du Nova). Sans parler du Prix du Public remis par les abonnés!
A tout cela se rajoute donc cette année un Prix du Meilleur Thriller (je ne sais pas si c'est l'intitulé exact mais bon)!

Et le pire c'est qu'a chaque premier film en compétition dans les différentes sélections on nous présente le jury correspondant.
Déjà, ça rallonge inutilement le temps d'attente avant le début du film mais en plus ces gens (qui sont pour la plupart des illustres inconnus, qui plus est) ne sont-ils quasiment jamais là (à l'exception notable de Nadine Monfils qui, après avoir présidé le jury européen rempile cette année en catégorie thriller).

Ce qui fait que, comme de bons moutons que nous sommes, nous applaudissons dans le vide des gens qui doivent être au bar en train de se gorger de Cuvée des Trolls.
Les lâdres!

En attendant, ce soir, deux films au programme dont un premier thriller, devinez quoi?, en compétition!

5. "Humains" de Jacques-Olivier Molon et Pierre-Olivier Thévenin (F).
C'est dingue, ça!
Si on y regarde d'un peu plus près, ce "Humains" est en fait une ressucée française de l'australien "Dying Breed" vu la veille.
Même expédition scientifique, même survivance de l'espèce, même délire de la part des "méchants" (trouver une femelle pour perpétuer la race).
La Tasmanie est juste remplacée par la Suisse et les cannibales par des Néanderthaliens.
A part ça...
A part ça, ben ce qui est encore plus dingue c'est qu'on a réussi à trouver un brol encore plus con - mais alors là beaucoup, beaucoup plus con - que "Mutant Chronicles"!
On n'y croyait pas mais si!
"Humains" ne dépasse pas les barrières de la connerie: il les pulvérise!
Le scénario, les dialogues (tout bonnemment in-cro-ya-bles!), les personnages...
C'est bien simple, c'est tellement pathétique que ça en devient drôle.
En plus le casting dans son ensemble (Sara Forestier, Lorant Deutsch, Dominique Pinon, Philippe Nahon... Soit pas tout à fait n'importe qui non plus) bât complètement la campagne.
Y en a pas un pour sauver l'autre, ils sont tous complètement hystériques et mauvais comme des cochons.
Dire que quand ils s'appliquent les français sont capables de pondre des "Martyrs" ou des "A l'Intérieur"... Et qu'ici on a droit à... ça!
Ah la la! Enfin, au moins ce truc avait-il le bon goût d'être court.

Cote: * (par charité)

6. "The Chaser" (Chugyeogja) de Na Hong-jin (SK).
Ouch!
Oui, alors là, par contre, c'est du costaud.
Décidement ces coréens sont pleins de ressources (à part Kim Ki-duk).
Dans la lignée de "Memories of Murder" voila donc un premier film (en plus!) qui est plus qu'une réussite: une vraie belle grosse claque!
Cette histoire de serial-killer tellement terrifiant et retors que la police doit s'allier à la pègre pour percer son secret (les flics s'avérant inopérants c'est le mac qui va devoir s'y coller s'il veut sauver une de ses call-girls, dernière victime peut-être toujours en vie du tueur) est une véritable bombe!
Une réalisation billante et ultra-dynamique, un scénario d'une complexité et d'une subtilité hallucinante (et toujours compréhensible, ce qui n'est pas un mince atout, surtout pour un film asiatique), le tout rehaussé par un commentaire corrosif de la société coréenne (comme dans "The Host") et relevé d'une bonne dose d'humour salutaire et décapant, "The Chaser" se pose d'entrée de jeu comme l'une des grandes réussites de cette édition.
Et constitue une impressionnante carte de visite pour son néo-réalisateur.
Qu'il va falloir suivre de très près!

Cote: ****

Ce soir: "Nightmare Detective 2", "Les Intrus" et "Stoïc".
Demain: "Grace" et "No-Do".

samedi 11 avril 2009



Bifff 27: Jour 2.

Où l'on sue à grosses gouttes...

La salle est peut-être légèrement plus grande et l'espace mieux utilisé mais on a toujours aussi chaud au Bifff, misère de misère!
Dès qu'il fait un peu chaud dehors c'est carrément la fournaise.
Du coup - et comme en plus on est toujours aussi mal assis - voir trois films d'affilée ça se transforme vite en calvaire.
Et comme on a chaud on boit et comme on boit on fait fonctionner les chiottes high-tech (mais si: high tech!)...

Bref, c'est la lose... Surtout quand on se met à en parler ici. Franchement!

Donc, à part ça quoi?

Rien, si ce n'est trois films (donc).

2. "Dream" (Bi-Mong) de Kim Ki-duk (SK).
Et la première punition de cette édition 2009!
Misère de misère de misère dedans le Borinage (et ailleurs, et autour).
Ah! Il est loin, le temps ou Ki-duk gagnait des Corbeaux en Or massif (en 2001, pour "L'Ile") au Bifff.
Aujourd'hui - et comme pas mal de ses collègues extrême-orientaux, Takeshi Miike en tête, d'ailleurs - on se dit qu'il ferait peut-être mieux de tourner moins (15 films en 12 ans) pour tourner mieux.
Parce qu'ici, franchement, rien de rien à se mettre sous la rétine.
C'est lent, c'est creux, il ne se passe mais alors là RIEN et en plus c'est platement filmé (un comble pour un esthète comme Ki-duk!).
C'est bien simple, c'était tellement pénible que j'ai vraiment dû lutter pour ne pas m'endormir, ce qui finalement est bien échu (quelle belle expression) pour un film dans lequel il est question de sommeil et de rêve!
Oui mais bon...

Cote: °

3. "Mutant Chronicles" de Simon Hunter (USA).
Tiens, voila du bourrin!
Du beau, du gros, du solide, du roboratif!
Cet incroyable machin, visuellement pas très joli (trop de CGI tue le CGI), servi par une distribution assez kaboum et hétéroclite (Ron Perlman, Thomas Jane, John Malkovich, excusez du peu) et brassant très, très large (ça convoque des tas de choses, du "Territoire des Morts" à "Doomsday" en passant par "Sin City" et "V pour Vendetta", entre autres. Le tout nappé de S.F. post-apocalyptique, bien entendu) envoie le bouzin assez sévèrement quasiment dès le début puis se perd dans une surenchère de violence et de pyrotechnie qui, à défaut d'impressionner, étourdit et permet de faire passer la pilule en douce.
En gros on ne s'embête pas (on a pas le temps), c'est du vrai gros divertissement des familles mais en même temps, il faut quand même l'avouer, c'est un des trucs les plus tragiquement cons, bas du front, épais et autres synonymes qu'il ait été donné de voir depuis, disons... quinze ans (à la louche).
A se demander parfois si ce n'est pas du 28ème degré...
Mais à la réflexion, il semblerait bien que non.

Cote: ** (oui, c'est large).

4. "Dying Breed" de Jody Dwyer (Au).
C'est un peu dommage que cet estimable survival australien (sans doute ce qu'on aura vu de meilleur en cette première "vraie" soirée, pourtant) lorgnant fortement vers "Delivrance" et un peu aussi vers "La Colline à des Yeux" - oui, moins, OK, c'est vrai... - soit aussi mou du genou (et c'est vraiment rien de le dire) dans sa première partie, lâche, molle et mal maitrisée...
Parce qu'on doit quand même lui reconnaitre des qualités.
Ne fût-ce que l'originalité du propos (qui convoque histoire tasmanienne et cryptozoologie, les héros partant chercher des preuves de la survivance du Tigre de Tasmanie). Ainsi que celle du décor, d'ailleurs (j'imaginais pas du tout la Tasmanie comme ça, personnellement).
Et puis, faut dire ce qui est, quand ça décolle, ça décolle.
La dernière partie est quand même fort bien burnée et comme y a un twist, une fausse fin et que ça se termine très mal pour tout le monde (spoiler in your face!), de manière bien cynique et perverse, eh ben on se dit que ça valait quand même bien le détour, allez!
Enfin presque...

Cote: **

A suivre: "Humains" et "The Chaser".


Bifff 27: Jour 1.

Où l'on retrouve doucement ses marques... ou presque...

Zont encore tout changé!

Plus de deuxième salle (ça on le savait déjà), donc moins de films, la salle de projection reculée (et légèrement plus grande, me semble-t-il, mais je peux me tromper), une - encore - meilleure gestion de l'espace, l'entrée reculée par rapport à avant (ça c'est un peu chiant), bref, c'est de nouveau chamboulage à tous les étages mais comme c'es globalement pour le mieux... On va pas se plaindre. Même les chiottes high-tech (si, si, high tech) sont moins chères qu'avant. C'est dire!

A part ça, on a eu droit cette année à la "cérémonie" d'ouverture la plus chiante depuis longtemps... Compassée, longue, monotone, ponctuée par un spectacle ultra-cheap de la part des transformistes de Mama Roma et surtout par un discours confus et pleurnichard du Delmotte de service (Guy, Georges, Jean-Louis, Tryphon, je sais jamais. Appelons-le Jean-Paul, tiens) qui tenait plus du sketch ou de l'imitation de Caliméro qu'autre chose. Quand au concert d'après film (Lou Deprijk accompagné par Jean-François Maljean) on n'en dira rien, par charité et on se rabattra plutôt sur celui du Prince Harry, qui ouvrira le Bal des Vampires.

Bref, des bons et des mauvais points à distribuer, comme toujours. Mais baste, occupons-nous plutôt des films avec, cette année, en ouverture et une fois n'est pas coutume, un film d'animation!

1. "Coraline" d'Henry Selick (USA).
Très belle surprise que ce nouveau film du plutôt rare Henry Selick (le "vrai" réalisateur de "L'Etrange Noël de Mr. Jack" que l'on s'obstine à créditer du seul Burton, alors que...) qui pourrait d'ailleurs bien le faire renouer avec le succès après les peu vus "James et la Pêche Géante" et "Monkeybone". Et ce ne serait que justice tant ce "Coraline", adapté d'un roman pour enfants de Neil Gaiman, très "Alice au Pays des Merveilles" dans l'esprit et Tim Burton (forcément) dans la forme, est une vraie réussite. Poésie, onirisme, vraie cruauté, vraie noirceur (tant et si bien que les touts petits risquent quand même d'être fort impressionnés à la vision de la chose), rigueur de la mise en scène, beauté de l'animation, tout concours - en ce compris les voix, fournies par de grands noms tels que Dakota Fanning, Teri Hatcher ou French & Saunders - à ce que "Coraline" se transforme en un vrai et beau spectacle, intelligent et drôle qui plus est, pour petits et grands. Ne serait-ce de petites longueurs, un peu dommageables surtout pour un film de ce genre, ce serait même une totale réussite.
Mais en l'espèce c'est déjà un tout beau début pour cette 27ème édition.

Cote: ***

A suivre: "Dream", "Mutant Chronicles" et "Dying Breed".

mercredi 8 avril 2009



Bébé vole...

"Ricky" de François Ozon (F); avec Alexandra Lamy, Sergi Lopez, Mélusine Mayance, André Wilms, Marilyne Even, Arthur Peyret...

Katie, ouvrière à la chaine, mène une existence morne dans une banlieue triste, plantée de HLM, en compagnie de sa fille Lisa. Un jour, à l'usine, elle rencontre Paco. Bientôt les deux vont vivre une histoire d'amour. De laquelle naîtra Ricky, un bébé pas ordinaire...

Bizarre, étrange et fascinant François Ozon.

Drôle de bonhomme qui mérite peut-être autant que ses films la qualification d'OVNI dans le paysage cinématographique français (et même international, d'ailleurs. Après tout...).

Une filmographie fournie et touffue, un rythme de tournage plus que soutenu (dix films en dix ans) et surtout: pas deux films qui se ressemblent!

De la comédie musicale mâtinée d'Agatha Christie ("Huit Femmes") au mélo en costumes ("Angel"), de l'adaptation baroque d'un fait divers sanglant ("Les Amants Criminels") à celle d'une pièce de jeunesses de Fassbinder ("Gouttes d'Eau sur Pierres Brûlantes"), le gaillard n'est jamais là où on l'attend et, depuis ses touts débuts dans le court-métrage ("Une Robe d'Eté" ou surtout le terrifiant "Regarde la Mer"), aura semble-t-il toujours mis un point d'honneur à surprendre, à expérimenter et à se renouveler avec une constance qui force l'admiration, même si l'on est en droit de ne pas adhérer à tous ses partis-pris.

Mieux même: paradoxalement cette volonté de singularité à tout crin l'aura finalement poussé à construire une oeuvre beaucoup plus cohérente, dans son originalité, que la plupart de ses collègues contemporains.

"Ricky" ne déroge évidemment pas à la règle et frappe une fois de plus là où on ne l'attend pas.

C'est un film étonnant, surprenant, à tiroirs...
Multiple malgré son apparente fluidité et sa curieuse simplicité (ainsi que sa courte durée, d'ailleurs).
Un film "déstabilisant", quelque part, et à plus d'un point.
Un de ces films qui se regarde sans effort, malgré son évidente bizarrerie mais qui vous poursuit longtemps après sa vision.
Un de ces films auxquels ont revient tout le temps, sans avoir l'air d'y penser.

Déjà, sa structure est particulière... Il se divise nettement en deux parties.

Dans la première, on a l'impression de tutoyer Ken Loach.
Son quotidien gris, ses usines, ses banlieues, ses personnages usés avant l'heure, coincés dans leurs jobs minables, leurs petites vies...
Dans la seconde, on vire au conte halluciné avec cette histoire de bébé ailé qui semble débouler de nulle part et à laquelle pourtant, singulièrement, on croit.
Grâce à la légèreté de ton, à la grâce des interprêtes - en tête desquels une étonnante Alexandra Lamy, totalement en contre-emploi, ce qui est évidemment une des grandes idées du film - l'aisance discrète de la mise en scène et l'absence totale d'explication, d'analyse.

C'est d'ailleurs ça qui est gai, avec "Ricky", outre une liberté de ton, un mélange de genres inédit et rafraîchissant, surtout dans un cinéma français d'ordinaire tellemment ankylosé: c'est que tout est ouvert, que chacun peut se faire sa petite popote, sa petite idée.

Fantastique pur et dûr, métaphore sociale, "réalisme magique" en action (les ailes de Ricky ne seraient-elles pas un produit de l'imagination de sa soeur, espérant ainsi attirer l'attention d'une mère avec qui elle avait une relation fusionnelle et qui, depuis, quelque peu, la délaisse)?

Rien de tout cela et tout cela à la fois?

Après tout quelque part on s'en fiche et c'est ça qui est beau.
Pas besoin d'explications, de cartésianisme.
"Ricky" s'en passe très bien et fonctionne à merveille tout seul, comme un grand.
L'essentiel étant de se laisser porter par la poésie on pourrait presque dire "onirique" du film.

D'ailleurs, quand il se termine, de manière aussi abrupte qu'il avait commencé, on se retrouve conquis et même comblé par ce qui partait pourtant au départ comme une bizarrerie un peu cul-cul et se révèle au final un petit bijou de ligne claire, laquelle traverse comme un éclair la morosité ambiante de son sujet de départ.

Et on se dit qu'on a bien envie qu'à l'avenir, François Ozon continue à nous surprendre de la sorte.


Cote: ***

lundi 6 avril 2009


Contes Immoraux.

"Le Liseur" (The Reader) de Stephen Daldry (UK); avec Kate Winslet, Ralph Fiennes, Lena Olin, David Kross, Alexandra Maria Lara, Bruno Ganz...

Au lendemain de la guerre, Michael Berg, alors adolescent, entretient une liaison avec une mystérieuse femme, Hanna Schmidt, plus âgée que lui. Une liaison dans laquelle la lecture tient une place importante. Au bout de quelques mois, Hanna disparait brusquement. Quelques années plus tard, Michael, devenu étudiant en droit, retrouve Hanna sur les bancs d'un tribunal où elle est jugée pour un crime commis lors de l'évacuation d'un camp de concentration où elle était gardienne...

Voila donc un beau film digne.

Trop, peut-être, tant il est vrai qu'à l'instar de la prestation de Ralph Fiennes (dans le rôle de Michael adulte), il pèche parfois un peu par excès de froideur.
Cette impression étant renforcée par l'académisme de la réalisation de Stephen Daldry qui, après "The Hours", peine à retrouver la vitalité et la fraîcheur de "Billy Elliot", son premier opus.

Mais avouons-le tout de suite, l'intérêt et la force du film, inspiré d'un court roman de l'allemand Bernhard Schlink auquel il est visiblement extrèmement fidèle, se situent ailleurs.

Parce que le moins que l'on puisse dire c'est qu'il traite d'un sujet... déliquat, qui appellait donc peut-être ce traitement un peu austère.
Traitement qui, au fil de l'histoire finit par se révéler presque adéquat, d'ailleurs, tant il est vrai aussi qu'il colle intimement à la personnalité d'Hanna Schmidt, détentrice d'un double - et ô combien lourd - secret.

C'est pourquoi la première partie du film, véritable conte érotique, qui transforme cette relation étrange entre un adolescent et une femme d'âge mûr, asociale, limite autiste, en une histoire d'amour échevelée et quasi incendiaire, transcende le côté un peu gris, morne et plat de la narration et de la mise en images et en constitue la partie la plus intéressante.
Comme une métaphore du passage à l'âge adulte, pleine d'ellipses et de non-dits, elle sert en quelque sorte de charnière dans l'histoire et dans la vie de Michael, le préparant à affronter avec une espèce détachement froid les horreurs du monde auxquelles il sera bientôt confronté. D'autant plus cruellement que son amour d'enfance, qui lui servait peut-être aussi de mère de substitution, a subitement disparu.

Par delà, elle sert également de ressort à tout le reste du film...

Le problème - et c'est évidemment dommage - c'est qu'ensuite on s'enlise quelque peu dans les méandres d'un film de prétoire somme toute très classique, où tous les questionnements moraux, légitimes, voire même essentiels, sont remis en question par le côté explicatif, verbeux du scénario et des dialogues et par des flash-backs (ou "flash-forwards", finalement) aussi inutiles que redondants mettant en scène le Michael adulte.

Ce n'est que dans la toute dernière partie, après le grand twist de l'histoire, car il y en a un, que l'émotion pointe à nouveau le bout de son nez et de fort belle manière.

L'émotion qui, finalement, est l'unique, le grand moteur de ce mélodrame porté jusqu'au bout par une Kate Winslet à la palette décidément incroyable (même si j'aurais préféré la voir récompensée pour son rôle dans "Les Noces Rebelles" où elle est encore plus formidable - si c'est possible - et même si le côté "rôle à canne" avec vieillissement et maquillage dessert parfois paradoxalement plus le film qu'il ne l'aide).

Evidemment, forme et média obligent, les questions essentielles sur la responsabilité collective face à l'Holocauste, la rédemption, le pardon, même si elles sont bien présentes, sont un petit peu trop rapidement évacuées. Et ça aussi, bien sûr, c'est un peu dommage.

Mais il n'importe, en l'espèce et malgré tous ses défauts, "Le Liseur" est un film étonnant et émouvant. Bouleversant, même.

Un film peut-être moins à l'image de son réalisateur qu'à celle de son interprête principale.

Laquelle sauve superbement la mise et prouve par delà qu'elle est bien digne de la pluie d'éloges dont elle fait l'objet actuellement.


Cote: ***


Beam me up, Scotty!

Bifff 2009, plus que trois fois dormir. Et bizarrement, cette année, je suis vraiment chaud comme une baraque à frite parce que le programme est quand même pas mal du tout.

La cerise sur le gâteau étant l'annonce du film-surprise qui n'est donc rien d'autre que le retour des pyjamas (et des beaux, voir photo), à savoir le reboot de "Star Trek" par J.J. Abrams (le créateur de "Lost", entre autre).
Soit le film que tout le monde attendait.

J'ai quand même longtemps cru à un poisson d'avril, vu la date de l'annonce, mais bon, j'ai pris ma place quand même, hein...

A noter que j'ai vu la bande-annonce récemment et qu'elle me laisse pour le moins... perplexe...

Mais bon, on verra.
Et de toute façon, la perspective de passer un début de soirée en compagnie de bredins déguisés faisant le salut Vulcain est déjà excitante en soi.
Pour le reste, as always, on jugera sur pièce, hein...

D'ici là par contre, va falloir mettre les bouchées doubles vu le retard que j'ai accumulé sur ce blog.

Allez hop! Au charbon!