mardi 29 septembre 2009


Oz, un monde extraordinaire...

"Un Prophète" de Jacques Audiard (F); avec Tahar Rahim, Niels Arestrup, Leïla Bekhti, Antoine Basler, Gilles Cohen, Abdel Bencherif...

Condamné à six ans de prison, Malik, 19 ans, ne sait ni lire ni écrire. Il parait plus faible que les autres. Et de fait, il tombe d'emblée sous la coupe d'un groupe de prisonniers corses qui fait régner la loi sur la prison. Le jeune homme apprend vite, s'endurcit et, au fil des missions, gagne la confiance du groupe et de son leader, le redoutable César Luciani. Mais très vite, Malik évolue et se sert de son intelligence pour monter son propre réseau.

Oui, il y a quelque chose de Oz - la série, bien entendu, dans ce "Prophète"...

Dans sa description crue, froide et directe de l'univers carcéral avec ses codes, ses gangs, sa violence. Et avec ce quelque chose en plus, de fantastique, presque onirique, qu'insuffle Audiard. En moins léché, moins "hollywoodien" - moins "télévisuel" aussi, bien sûr.

Quelques chose de "Hunger", le magnifique film de Steve McQueen, aussi.
Dans sa manière d'inclure des séquences presques poétiques où la nature est filmée de manière élégiaque, à la façon d'un Malick, oui, une fois encore.
Ou dans cette façon qu'il a de ménager de longues plages de calme pour tout à coup mieux exploser.

Quelque chose de "Scarface", forcément, aussi, par sa description méthodique de l'ascension d'une petite frappe analphabète et de sa transformation en... quelque chose d'autre...
Pas un caïd, pas un parrain...
Pas un héros, non plus.
Mais un peu de tout ça...
A la seule force du poignet, de la volonté.
Par des mécanismes particulièrement retors et brillants qui le font apprendre sans le montrer la langue de l'autre mais aussi ses techniques, ses forces et ses faiblesses pour mieux le manipuler tout en ayant l'air de lui prèter le flanc.

En celà, le film d'Audiard qui suit le même cheminement que son principal protagoniste, en s'éloignant des prestigieux modèles cités plus haut, en les transcendant même jusqu'à devenir un objet filmique en tout point unique, est admirable.

D'abord parce qu'il tire sa force du fait qu'il échappe en permanence à tout jugement moral, se contentant de montrer, simplement, pour toucher au plus juste.

Ensuite parce qu'entre accalmies - face-à-face à la fois lourds de sens et cousus de non-dits - et soudains éclairs de violence, par ses fulgurances stylistiques (Ah ! La scène des chevreuils qui donne son titre au film !), il laisse le spectateur complètement lessivé mais aussi heureux. Heureux de tant de force et, surtout, de tant d'audace.

Enfin, parce qu'il révèle un acteur, bien sûr, ce Tahar Rahim dont on ne dira jamais assez qu'il porte vraiment le film à bout de bras, mais aussi parce qu'il en confirme un, au talent rare et unique: Niels Arestrup, tout simplement... disons... à tomber par terre.
Et que c'est aussi de leur alchimie que nait le souffle singulier du film.

Pour toutes ces raisons et pour bien d'autres encore, "Un Prophète" se pose sans mauvais jeu de mots en petit miracle cinématographique comme on voudrait qu'il en arrive plus souvent.

D'un autre côté, Jacques Audiard tourne peu et lentement, il peaufine, il pèse, il macère... Il questionne son propre statut et celui de son art, aussi. Il se remet en question. Bref, il sait se faire rare.

Et comme c'est sans doute cette manière de travailler qui l'amène à engendrer des films pareils...

Qu'il continue à prendre son temps.


Cote: ****

jeudi 3 septembre 2009

Heroes and Icons...




(Frank Capra - 1897/1991)

lundi 31 août 2009



Once upon a time, in Nazi occupied France...

"Inglorious Basterds" de Quentin Tarantino (USA); avec Brad Pitt, Mélanie Laurent, Christoph Waltz, Diane Kruger, Daniel Brühl, Eli Roth...

1940. La jeune Shosanna Dreyfus échappe de justesse aux griffes du colonel nazi Hans Landa qui vient de décimer toute sa famille. Réfugiée à Paris, elle refait sa vie en exploitant une salle de cinéma. Quatre ans plus tard, quelque part en Europe, le lieutenant Aldo Raine forme un groupe de soldats juifs américains chargé de mener des actions punitives particulièrement sanglantes envers les nazis. Le destin de ces "bâtards" - chargés d'une mission secrète visant à éliminer les plus hauts dignitaires allemands - et celui de Shosanna, mue en ce qui la concerne par un désir de vengeance beaucoup plus personnel, vont se croiser dans la capitale française à l'occasion d'une avant-première pour le moins explosive.

Oui, pour le coup - et une fois n'est pas coutume - autant se servir directement de la tagline pour mettre les points sur les "i".
Et expliquer d'entrée de jeu que si l'on veut trouver ici de la vraisemblance historique - ou même quelque chose qui ressemblerait de près ou de loin à un film de guerre "sérieux" (quoi que cela puisse vouloir dire) autant carrément passer son chemin.

Car s'il y a bien quelque chose que le grand foutoir guerrier bidouillé par Tarantino n'est pas c'est sérieux, justement.

Au contraire, ça part tellement dans tous les sens, c'est tellement toujours parfaitement branquignol, foutraque, à la limite de la parodie et du burlesque que ça en donne parfois l'impression de regarder "La Grande Vadrouille" avec Brad Pitt.

Mais, aurait-on aussitôt envie de dire (quelle bête expression, oui): et alors, bon sang de bois? Et alors?

Complètement ludique et jubilatoire, "Inglorious Basterds", qui compile pour notre plus grand plaisir le meilleur de Tarantino dans un récit plein et presque fulgurant, d'une grande maîtrise et (par rapport à ses précédents efforts) d'une grande simplicité formelle se présente comme une sorte d'hénaurme montagne russe pop-art devant laquelle il est une fois encore absolument impossible de s'ennuyer.

Mêlant western, film de guerre, comédie pure, mélodrame et film d'horreur avec sa volubilité et sa désinvolture habituelle, Q.T. rend ici un hommage des plus vibrant à sa passion de toujours: le 7ème art.
Et il le fait avec un plaisir tellement communicatif qu'on lui pardonne tout, même les pires excès, même son final pétaradant, même le culot monstre qui l'ammène de manière très potache et finalement aussi très américaine à complètement réécrire l'histoire.

Car oui, bien sûr, ça va jusque là !

Mais le scénario, toujours surprenant, avec ses pleins et ses déliés qui le forcent à quitter des personnages que l'ont croyait cruciaux pour s'attacher à d'autres, apparemment secondaires, sa manière de laisser de côté les chemins balisés pour digresser, mutliplier les intrigues secondaires quasiment à la façon d'un film à sketches - et les dialogues, ébouriffants et certainement beaucoup plus inspirés et moins verbeux que dans son précédent "Boulevard de la Mort", font que l'on s'attache à cette grand-guignolade bigger than life finalement tellement proche de l'image que renvoie de lui son auteur.

Rajoutons à ça* l'un des plus beaux personnages de méchants aperçus à l'écran ces dernières années, interprêté avec une jubilation presque palpable par l'excellentissime Christoph Waltz** (qui donne au passage raison au précepte de ce bon vieil Hitchcock qui veut que plus le méchant est réussi, meilleur est le film) et l'on se retrouve au bout du compte en présence de l'un des plus jolis plaisirs, cinématographiques mais néanmoins coupables, vus en salle depuis...

Oh, depuis belle lurette, tiens !

Et puis, hein, after all, que le premier qui n'a jamais ri au moins une fois, même bourré, même ado, devant "La Grande Vadrouille" me jette la première pierre, Pierre !


Cote: ****

(*ainsi que la plus belle utilisation de "Cat People" de Bowie jamais vue et entendue à l'écran)

(** mentions "très bien" également à Brad Pitt qui se la joue Lee Marvin et surtout à ces dames, Mélanie Laurent et Diane Kruger)

lundi 24 août 2009



Le retour de la braguette magique*.

"Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé" (Harry Potter and the Half-Blood Prince) de David Yates (USA); avec Daniel Radcliffe, Emma Watson, Rupert Grind, Michael Gambon, Alan Rickman, Jim Broadbent...

Alors que l'étau de Voldemort se resserre de plus en plus sur Poudlard, Dumbledore et son jeune disciple Harry Potter tentent de manipuler le professeur Horace Slughorn, qu'il soupçonnent de détenir des informations capitales sur la jeunesse du sorcier maléfique. Mais Harry et ses amis sont également confrontés à des défis bien plus terre à terre: ceux de l'adolescence.

Bon.

Bien.

Nous voici donc confrontés à un défi inédit: chroniquer un Harry Potter.

Car enfin, pour passionante que soit la saga - faut bien l'avouer - que dire sur un film de ce genre, surtout isolé de ses petits frères?
Qu'en dire?
Que dire?
Que dire: que dalle !

Parce que, oui, bon, allez, il est beaucoup mieux que le précédent "Ordre du Phoenix".
Certes, certes...
Mais avouons que ce n'est pas bien difficile vu l'indigence de ce précédent opus, clairement le plus faiblard d'une série par ailleurs globalement d'assez bonne tenue (mention très bien aux épisodes 3 et 4, qui eux surnagent largement).

Mais à part ça?

Eh bien à part ça - trève de digressions et de plaisanteries - pas mal de choses en fait...

D'abord, la réalisation assez approximative du finalement presque novice David Yates semble légèrement se décanter, voire s'affirmer...
Oh, bien entendu, on n'atteindra jamais la cheville d'Alfonso Cuaron et de son "Prisonnier d'Azkaban" mais baste, pour le moment ça fera l'afffaire.
Et même largement, tiens (cfr. les séquences d'ouverture, quand même pas mal inspirées).

Deuxièmement - et c'est d'ailleurs là que se situe tout l'intérêt du film - c'est qu'un bon gros trois quart est assez intelligemment, voire presque subtilement (n'oublions pas que la série s'adresse AUSSI à des ados. Mouarf !) consacré aux atermoiements sexuello-sentimentaux du trio de tête (et plus si affinités voire dommages collatéraux) avec tout ce que cela suppose de bouillonnements, revirements, pleurnichages et sautillements de joie divers et variées (plus quelque scènes de comédie assez réussies, comme celles qui impliquent les philtres d'amour par exemple).

Le tout renvoie de manière assez heureuse au très bon épisode dit de la "Coupe de Feu", qui posait les bases de ces imbroglios... pubertaires.

Au point même de risquer de faire passer l'intrigue proprement dite, pourtant riche en rebondissements et autres retournements de situations celle-là, au second, voire au troisième plan.

Or, et c'est sans doute là que réside la force de J.K. Rowling et de l'armada de scénaristes qui l'adaptent pour l'occasion, il n'en est rien...

Que du contraire, c'est de manière assez souple que les révélations concernant la saga - touffue s'il en est - passent outre ces écueuils narratifs pour livrer un film plus riche et plus intéressant que son terne prédécesseur.

Niveau fantasy, le cahier des charges est quant à lui bien respecté, avec ce qu'il faut d'action, de décors flamboyants et d'effets spéciaux en tout genre, même si en l'espèce un peu moins riches en bébêtes et autres cocasseries "fantastiques".

Pour le reste, et même s'il est parfois traversé d'éclairs d'un humour salutaire, l'épisode 6 se distingue également par son côté beaucoup plus sombre, à l'image évidemment de sa chute, ce qui semble être une tendance chronique - et allant largement crescendo - de la série (ça peut sembler normal à qui a lu les bouquins, mais comme ce n'est pas mon cas).
On en est presque à se demander jusqu'où ça va aller dans le drame (je plaisante... Quoi que...).

Les masques tombent, les révélations pleuvent, des personnages clés disparaissent, d'autre tombent tellement du côté obscur de la Force que ça finit presque par flanquer les jetons....
Bref...
Bref. Eh bien, l'un dans l'autre, peut-être pas le meilleur de la série mais un opus plus qu'honorable, bien qu'un peu longuet.

Tout comme cette chronique, d'ailleurs, dont j'ai quand même fini par me dépatouiller et qu'il est grand temps de clore.

Allez, courage ! Encore deux et c'est fini !


Cote: *** (cotation spéciale "Harry Potter", dans l'absolu ça vaut **)


(*Je sais, je sais... Pardon !)

dimanche 23 août 2009



Dillinger est mort?

"Public Enemies" de Michael Mann (USA); avec Johnny Depp, Marion Cotillard, Christian Bale, Lily Taylor, Billy Crudup, Leelee Sobieski...

Dans l'Amérique de la Grande Dépression, le parcours criminel de John Dillinger, braqueur de banques hors-normes, considéré par J. Edgar Hoover comme l' "ennemi public numéro un" et traqué sans relâche par l'agent fédéral Melvin Purvis.

Ne nous laissons pas déstabiliser par les pisse-froid et considérons d'emblée ce "Public Enemies" pour ce qu'il est.
A savoir un film important pour son auteur, pour son interprète principal et pour le cinéma en général.

En effet, à l'instar de "L'Assassinat de Jesse James..." d'Andrew Dominik, qui revisitait et redéfinissait de manière impressionnante les codes du western, ces "Ennemis..." dynamitent ceux du film de gangsters.
Et donnent à voir en cela ni plus ni moins qu'une nouvelle proposition de cinéma.

L'idée formidable - pour ne pas dire "géniale" - de Michael Mann étant de nous proposer un film historiquement "accurate", comme disent nos amis anglos-saxons, avec une reconstitution d'époque impressionnante de minutie, tout en le transcendant littérallement par l'usage ultra-moderne qu'il fait de la vidéo HD et de la caméra portée.
Le tout donne au film un cachet étonnamment réaliste.
De ceux que l'on n'a en tout cas pas l'habitude de trouver dans des productions de cet acabit.
Sans rire (mais est-on vraiment là pour rigoler, je vous le demande?), le procédé permet même, par instant, de se croire carrément à l'intérieur du film.
Voire donne l'impression de visionner un documentaire.

D'un point de vue narratif, la mise en parallèle évidente de la crise de 29 avec celle que nous traversons actuellement et le portrait de Dillinger en Robin des Bois moderne nous vengeant de nos ennemis les méchants banquiers renforce brillament le côté déjà presque post-moderne de l'affaire.

Pour ce qui est de Michael Mann lui-même, ce nouvel opus, bien que visuellement splendide (la photo de Dante Spinotti est à tomber par terre) et techniquement maitrisé (le montage, lui aussi, est un modèle du genre et contribue beaucoup à fluididier la manière parfois curieusement élliptique dont avance l'histoire) lui offre sans doute surtout ce qui restera comme son film le plus populaire - comme en témoigne d'ailleurs son succès Outre-atlantique - et permettra enfin de mettre définitivement sur la carte un cinéaste qui le méritait de longue date.
Et y est arrivé de longue lutte.

Comme qui plus est le film se paye le luxe de receler en son sein deux trois scènes d'anthologie*, de celles qui rentreront au Panthéon des "Grands Classiques Américains" (excusez du peu), on se dit qu'il ne devrait pas non plus échapper à la reconnaissance de ses pairs (les paris pour les Oscars sont d'ores et déjà ouverts).

Ce côté populaire en même temps qu'excitant fait de "Public Enemies" son film le plus réussi.

Reste évidemment - pour finir de convaincre - à évoquer l'interprétation.

Car outre un défilé de stars et de seconds couteaux impressionnant (parfois juste pour de simples apparitions), "Public Enemies" est avant tout le véhicule somptueux d'un non moins brillant quatuor.

Johnny Depp, sobre comme il ne l'avait sans doute jamais été, à des années-lumières de ses sempiternels personnages "lunaires", porte littérallement le film à bout de bras.
A ses côtés, Christian Bale, affuté comme une lame, Marion Cotillard, bouleversant contrepoint d'humanité à la fureur ambiante (c'est elle qui insuffle ce côté romantique finalement crucial à l'équipée) et Billy Crudup, une nouvelle fois méconnaissable, font plus que sauver les meubles ou faire bonne figure.

Ce sont eux qui donnent à cette fresque sublime, dont la scène finale s'inscrit d'emblée comme l'une des plus belles de l'histoire du cinéma, son petit supplément d'âme.

Et qui finissent par en faire quelque chose de pas très éloigné du chef-d'oeuvre.


Cote: ****


(* L'évasion du début, la scène dans les bois, celle du commissariat, les deux scènes de cinéma et la scène finale, évidemment)

lundi 27 juillet 2009


Come to daddy!

"Jusqu'en Enfer" (Drag Me to hell) de Sam Raimi (USA); avec Alison Lohman, Justin Long, Lorna Raver, David Paymer, Adriana Barazza, Chelcie Ross...

Christine Brown, spécialiste en immobilier voit sa vie basculer le jour où, cédant à la pression de son patron voulant tester sa fermeté avant de lui accorder une promotion, elle refuse à la mystérieuse Madame Ganush un énième crédit pour sa maison. Jetée à la rue, la vieille dame se venge en lançant sur Christine la terrible malédiction du Lamia...

Soyez prévenus, bande de petits cons!
Les Eli Roth, les James Wan et autres représentants du so-called "Splat Pack" (à l'exception de mon chouchou Alexandre Aja bien qu'il présente lui aussi des signes de faiblesse ces derniers temps - cfr. "Mirrors").
Oh oui! Soyez prévenus!
Il est temps de ranger vos chambres et d'arrêter votre djoum djoum sous peine d'être envoyés au lit sans manger: Papa est de retour!

Et le moins qu'on puisse dire c'est qu'il a la niaque!

Après quelques années passées à câliner du blockbuster en compagnie du Tisseur de Toile, Sam Raimi revient enfin a ses premières amours et à ce qu'il sait faire de meilleur: le film d'horreur low-cost pur et dur mâtiné d'une bonne dose d'humour potache et de grosses vannes qui tâchent.
Quelque part entre l'autodérision de la série des "Scream" de Tonton Wes Craven et ses propres délires adulescents crapoteux-gores "Evil Dead" style.

Et, quand même, force est d'avouer que ça fait bien plaisir!

Trop de temps passé d'abord à ne plus pouvoir prendre un film de genre au sérieux (la faute à Wes, faut bien l'avouer) ensuite à se manger le retour de bâton cynique de la jeune génération prétentieuse et épouvantablement "premier degré" ("Hostel", "Saw", ce genre) avaient fini par nous blaser.

C'est donc avec soulagement que l'on accueille ce petit film bancal et mal torché dont la somme des défauts renforcent paradoxalement la qualité.
Ou du moins multiplie le plaisir que l'on peut tirer de sa vision. Je ne sais pas si je me fais bien comprendre...

Bref...

Enfin!
Enfin de la vraie série B horrifique comme on se plaisait à s'en enfiler par barquettes entières lors des soirées vidéo de notre enfance - ou du moins de notre jeunesse!
Une montagne-russe virtuose jusque dans l'à-peu-près des effets spéciaux à l'ancienne, menée de main de maître et à un train d'enfer (c'est le cas de le dire).
Dont chaque scène ou presque vous cloue à votre fauteuil ou vous fait grimper au sommet de celui-ci.
Un truc d'une vitalité folle, surtout quand on connait l'âge du capitaine, doublé d'un véritable conte moral (et à l'aune de la crise actuelle, c'est ce qui en fait le sel et prouve s'il en est que Raimi est aussi resté en phase avec son époque).
Le tout saupoudré qui plus est d'une bonne dose d'un humour salutaire et revigorant.
Du genre qui n'a jamais peur de flirter avec le mauvais goût du meilleur aloi.

En gros c'est souvent grand-guignolesque, parfois très bricolé et surtout globalement peu ragoûtant.

Mais ce petit scud malsain et politiquement incorrect, qui brasse large au niveau du contenu et des références - de "La Peau sur les Os" à "Poltergeist" en passant évidemment par la série séminale des "Evil Dead" de papa - et qui surtout ne se prend JAMAIS au sérieux signe avec panache le retour d'un Sam Raimi dont tout bon amateur d'horreur eighties commençait à se languir.
Et prouve de surcroît que le gaillard n'a rien perdu de son âme en cotoyant d'un peu trop près les sunlights des studios.

Alors, certes oui, les esprits chagrins pourront reprocher ça et là à l'affaire de se comporter un peu trop comme ce bon vieux train-fantôme et de ne s'appuyer que sur les effets faciles, de ceux qui font sursauter plutôt que flanquer vraiment la frousse.

Bien sûr, bien sûr...
Mais, allez, baste, ne boudons pas notre plaisir et accueillont "Jusqu'en Enfer" comme il se doit.

Comme le cadeau de retrouvailles pétaradant offert par un vieil ami de la famille que l'on pensait avoir définitivement perdu de vue.


Cote: ***

dimanche 28 juin 2009



Ouh ah!

"Looking for Eric" de Ken Loach (UK); avec Steve Evets, Eric Cantona, Stephanie Bishop, John Henshaw, Lucy-Jo Hudson, Gerard Kearns...

Eric Bishop, postier à Manchester, est au plus bas de la pente... Sa vie sentimentale est un désastre, il regrette de s'être séparé de sa seconde épouse, ses deux beaux-fils restés à sa charge évoluent entre couch-potatoes et petits trafiquants... Même ses pourtants fidèles amis et collègues n'arrivent plus à le dérider. Au fond du gouffre, Eric se met alors à se confier au poster de sa plus grande idole, Eric Cantona, qui orne depuis des lustres le mur de sa chambre...

Eh oui!
Vu comme ça, de prime abord, c'était pas évident qu'on y croie et encore moins qu'on signe mais voila, faut bien se rendre à l'évidence: après des années de bons et loyaux services et une carrière à première vue entièrement consacrée au film social - dont il était devenu, bien avant les frères Dardenne, une sorte d'étendard, de porte-drapeau - voila que le toujours sémillant Ken Loach prouve qu'il peut quand même encore nous surprendre en signant non seulement une comédie mais carrément un film que l'on pourrait qualifier de feel-good movie!

A l'instar d'ailleurs - et est-ce vraiment un hasard? - de son collègue, compatriote et presque-binôme de toujours, le charmant Mike Leigh, qui nous avait agréablement surpris (enfin, pas tous, il est vrai) pas plus tard que l'année dernière avec le très volatil "Be Happy".

Enfin, "feel-good movie" encore faut-il le dire vite tant il est vrai que derrière l'apparente légéreté du propos et du traitement ce "Looking for Eric" remet sur le tapis - et l'ouvrage - les sempiternelles préocupations de Loach, sociales et autres, en tissant pour le coup une trame un poil plus complexe qu'il n'y parait de prime abord.

Oh! Bien sûr! D'humour il a toujours été question chez Ken Loach, même si généralement en touche plus légère qu'ici, voire en filigrane...
Et, bien évidemment, on savait aussi que le foot était l'une de ses passions et qu'il n'avait jamais vraiment hésité à le mettre en scène (voir l'équipe de bras-cassés de "My Name is Joe" ou l'hilarant match scolaire dans le pourtant globalement peu joyeux "Kes", son absolu chef-d'oeuvre).

Mais voilà, ici, quelque part, le vieux renard transcende le tout par la grâce d'UNE idée magistrale (oui, parfois il n'en faut pas plus), qui précipite joyeusement le spectateur dans une espèce de curieuse mise en abîme.
Et surtout par l'intervention de ce personnage - et interprête principal - qui, dans son propre rôle dépasse ses limites intimes et fournit matière à un spectacle à la fois extrèmement drôlatique mais surtout étonnamment humain et touchant.

Car en effet, Eric Cantona, starring as lui-même (puisque c'est bien entendu de lui dont il s'agit, ne vous faites pas plus bêtes ques vous êtes, allons), traverse le film dans un étrange état d'apesanteur, conférant un contrepoint idéalement poétique et cocasse à un univers et à une histoire pourtant - dans une logique ici pour une fois tout à fait loachienne - globalement pas très jojos (ou olé olé, c'est selon).

Tout ça en plus avec un tel naturel que l'on croirait certaines de ses répliques, ces fameux aphorismes "mouettes"-style, improvisées pour l'occasion...

Tant et si bien que l'un dans l'autre, ce film multiple, à la fois drame social, comédie pure, pseudo-thriller, ce film qui fourmille d'idées et de rebondissements, qui pétille et regorge de vie, semblant toujours hésiter entre farce et tragédie finit par vous emporter totalement, entre rire et larmes, et par vous convaincre qu'au-delà du gimmick il est un vrai , pur, grand moment de cinéma.

C'est bien simple, on a presque envie de lui appliquer la célèbre maxime d'Albert Dupontel (in "Le Créateur"): "On rit, on pleure, une heure trente de bonheur!"

C'est bête?
Allez oui, mais c'est comme ça...

Et au final, comme le disait je ne sais plus qui d'autre: persuadons-nous "qu'il faut aimer les films de Ken Loach, même les ratés".

Et comme celui-ci est réussi...


Cote: ***