lundi 31 mars 2008



Bifff 26: Jour 4.

Où l'on se casse avant la fin...

Il y aurait beaucoup à dire sur les inepties du nouveau présentateur, remplaçant de l'inénarrable Smismans, sur les interviews qui n'en sont plus (les invités se contentant de faire un speech sans que le type n'intervienne) ou même sur la ridicule cérémonie d'adoubement dont a fait les frais Jürgen Prochnow.

Mais baste! Le temps presse et comme hier (enfin, aujourd'hui, personne n'est dupe) rentrons donc tout de suite dans le vif du sujet: les films!

7. "La Remplaçante" (The Substitute) d'Ole Bornedal (DK).
Bonne petite surprise que cette gentille comédie de science-fiction réalisée par le danois Ole Bornedal ("Nightwatch").
C'est totalement inoffensif (les héros sont des enfants qui se rendent compte que leur nouvelle prof est un extraterrestre) mais c'est vif, enlevé, bien foutu et assez rigolo.
Les gosses sont attachants et Paprika Steen ("Festen", "Adam's Apples") parfaite dans son rôle de prof alien limite facho.
Que demander de plus? Rien, c'était très bien, merci.

Cote: ***

8. "Doomsday" de Neil Marshall (UK).
Yayayayaya!
La première grosse claque du Bifff 2008 vient donc assez logiquement d'Angleterre.
"Assez logiquement" puisqu'elle est l'oeuvre de mon chouchou Neil Marshall, déjà responsable des totalement cowabunga "Dog Soldiers" et "The Descent" (SURTOUT "The Descent"!).
Et maintenant on sait - enfin, on est sûrs - qu'il est complètement barré!
Cette oeuvre-hommage aux films de science-fiction post-apocalyptiques de notre enfance part littéralement dans tous les sens, frise tout le temps l'invraisemblable, est totalement tiré par les cheveux mais c'est une putain de montagne russe, bourrée jusqu'a la gueule d'adrénaline pur jus et réalisé avec une bonne humeur iconoclaste et furieusement communicative.
Truffé de références, voire de citations; à des films aussi divers que "New York 1997", "28 jours plus tard", "Les Fils de l'Homme", "Mad Max", "V pour Vendetta", "New York ne répond plus", "Le Survivant", etc. , etc., "Doomsday" est une bombe!
Une bombe de pur fun qui n'a pas peur de ne pas se prendre au sérieux, qui n'a pas peur de la surenchère et qui n'a même pas peur du ridicule (et pourtant, la partie médiévale est plutôt limite)!
Une bombe qui culmine dans une séquence de course-poursuite absolument hall-u-ci-nan-te et un final barbare et primaire vraiment réjouissant!
De la toute bonne série B! Du pur cinoche de divertissement comme on voudrait en voir plus souvent! De celui où l'on ne s'ennuie pas une minute, pas une seule seconde!
Une bombe, on vous dit!!!
Et je veux la B.O.!

Cote: ****

9. "The Shadow Spirit" de Masato Harada (J).
Ca ne m'arrive quasiment jamais (et les rares fois ou ce fût le cas, c'était au Bifff, il faut bien l'avouer) mais je me suis donc barré avant la fin de ce film.
Faut dire aussi que j'ai été un peu aidé...
Aussi incroyable que cela puissa paraitre, ce brol était présenté en version Beta et donc il a fallu l'interrompre au milieu pour changer la cassette! D'ou allumage des lumières et filage à l'anglaise de pépère.
A part ça?
A part ça, quand après une demi-heure d'une intrigue absolument incompréhensible où se croisent un détective-médium, des collégiennes, des soldats, une actrice, des cerfs-volants, une secte, des femmes coupées en morceaux, un chat, un chien deux canaris, une chèvre, on pense que l'action va enfin décoller et que, tout d'un coup, l'écran se barre d'un panneau "10 ans plus tôt" et que tout recommence à zéro avec une nouvelle intrigue et de nouveaux personnages (le seul fil rouge visible semblant être les femmes coupées en morceaux) on peut légitimement se poser des questions...
Et se barrer avant la fin si on ne veut pas en plus être obligé de se taper le taxi.

Cote: ° (c'est un peu gonflé dans la mesure où je n'ai pas vu le film en entier, c'est vrai, mais d'un autre côté, je ne vois pas pourquoi ce brol ce serait soudainement amélioré en cours de route).

Ce soir: "Eden Log".
Demain: "I Know Who Killed Me" et "Shiver".



Bifff 26: Jour 3.

Où l'on se retrouve délicieusement mal à l'aise...

Pas grand' chose à raconter sur cette deuxième vraie soirée...
Or j'ai déjà pris du retard dans mes chroniques, match oblige (1-2, caramba! La relégation se précise!)

Passons donc tout de suite au vif du sujet: les films de cette soirée de samedi...

4. "The Hideout" de Pupi Avati (I).
Ah ah ah! Tellement naze que ça en devenait presque drôle!
Qu'est-ce que c'était donc que ce brol qui ressemblait à un DVD de la collection "Mad Movies" réalisé par un Mario Bava sous Tranxène et mixé avec un épisode de Scoubidou (sans le chien)?
Un film de fantômes inepte, joué par des italiens aux Etats-Unis ou le contraire (en tout cas, le tout est doublé. Et bien mal doublé) avec un "monstre" qui a la voix de Gizmo dans le premier "Gremlins"...
Vous avez dit "ridicule"?

Cote: °

5. "Funny Games US" de Michael Haneke (USA).
On pourrait trouver totalement vaine cette tentative de remake à l'identique de "Funny Games" par son propre réalisateur. On aurait même sans doute raison.
Mais quand on sait que les amérikis sont incapables d'aller voir un film étranger, surtout sous-titré, on comprend déjà mieux.
Voulant à tout prix que son film soit vu aux States, Haneke a donc décidé d'en produire le remake. Et comme on n'est jamais si bien servi que par soi-même, de le réaliser carrément lui-même.
D'ou cette redite plan par plan, tournée exactement dans le même décor.
Le plus grave c'est qu'alors même qu'on a vu l'original plusieurs fois (c'est un de mes films préférés), la version US parvient encore à instiller le même malaise. Et quand on dit malaise...
Si ça c'est pas la marque des grands films...

Cote: ****

6. "Le Cottage" (The Cottage) de Paul Andrew Williams (UK).

Et quoi de mieux pour terminer la soirée qu'une bonne comédie horrifique british bien basse de plafond?
Deux frères pieds-nikelés loupent un kidnapping et se retrouvent en rase campagne, aux prises avec une fermier psychopathe tout droit sorti d'une version anglaise de "Massacre à la Tronçonneuse".
C'est con, vraiment très con même, mais fort drôle et surtout fort efficace.
Evidemment, n'est pas Edgar Wright et/ou Simon Pegg qui veut et si le but était de faire un truc dans la lignée de "Shaun of the Dead", c'est plutôt loupé.
Mais on ne s'emmerde vraiment pas devant cette grosse comédie bien gore et crade, qu'on croirait taillée pour le plaisir du festivalier lambda.
Un premier concurrent sérieux pour le Prix du Public, peut-être?

Cote: ***

Ce soir: "La Remplaçante"; "Doomsday" et "The Shadow Spirits".
Demain: "Eden Log".

samedi 29 mars 2008



Bifff 26: Jour 2.

Où l'on réalise un vieux rêve... dans des conditions pitoyables...

Revoir "La Forteresse Noire"!

Aaaaah!
Depuis 1983 (date de sa sortie) je rêve de revoir ce film qui a pour moi tout du film-culte!
Et voila qui est fait, pour son vingt-cinquième anniversaire, grâce au Bifff et à un responsable des effets spéciaux français, passionné comme moi par l'oeuvre de Mann et qui espère un jour sortir une édition "director's cut" du film (un monstre de trois heures!).

Eh bien, autant dire que je n'ai pas été déçu.
Tout était comme dans mes souvenirs, y compris le côté kitsch des effets spéciaux à la Frankie Goes to Hollywood (beaucoup de fumée et de lasers) et de la mise en scène qui use et abuse des ralentis.
Sans parler de l'hilarante musique signée Tangerine Dream...
Mais après tout, ce sont aussi ces choses-là qui font le charme de cette bonne vieille Forteresse.

Les conditions de projection dans cette fameuse nouvelle Salle 2, par contre, sont à ranger parmis les plus déplorables de ma "carrière" de cinéphile: confort zéro (de bêtes chaises alignées en lieu et place des fauteuils), écran grand comme un timbre-poste, image et sous-titres flous, son qui fout le camp (sauf la musique, tonitruante), isolation sonore inexistante (on entend les gens bosser, causer, téléphoner derrière les rideaux à la limite plus fort que les dialogues du film) bref, ça ne frisait pas l'arnaque; c'en était une!
Espérons pour les amateurs de "7ème Parallèle" que le tir sera rectifié d'ici la fin du Festival...

Mais à part ça, les autres films?...

2. "Crimes à Oxford" (The Oxford Murders) d'Alex de la Iglesia (S).
Premier film en anglais pour le gros Alex (présent à la projection et qui ressemble de plus en plus à Coppola) et changement de registre patent, c'est le moins qu'on puisse dire!
Exit les grosses pantalonnades latino-hystériques, enter l'enquête policière à l'anglaise à mi-chemin entre Agatha Christie et Sir Arthur Conan Doyle.
Ambiance feutrée, mise en scène sobre et élégante (avec entre autre un très beau plan séquence dans les rues de la ville) et surtout une intrigue à tiroirs passionante, qui fait la part belle à la philosophie et surtout aux mathématiques.
On n'oublie pas pour autant le côté théatral, voire le Grand-Guignol (le personnage de mathématicien fou et mutilé interpreté par le réalisateur Alex Cox) des oeuvres du réalisateur, ainsi qu'un humour quasi permanent mais bien plus discret que dans ses précédents films (et c'est d'ailleurs tant mieux).
C'est peut-être un peu trop verbeux, cérébral et embrouillé par moments mais c'est suffisament retors (il faut s'attendre à plusieurs twists) pour que l'on reste scotché jusqu'au bout.
Quand on rajoute à ça l'interprétation d'un John Hurt au mieux de sa forme, on se retrouve face à un thriller un peu académique, certes, mais tout à fait fréquentable.

Cote: ***

3. "Diary of the Dead" de George Romero (USA).
Du "Projet Blair Witch" à "Redacted" en passant par "[REC]", la mode est aux faux reportages, caméra à l'épaule, et aux patchworks d'images d'origines diverses (webcams, caméras de surveillance, télé, etc.).
Ce vieux briscard de Romero n'a pas voulu être en reste et nous offre donc ce "Journal de la Mort" prétendument filmé en direct par des étudiants aux prises avec une mystérieuse épidémie transformant la population en zombies (ben oui, on est chez Romero, après tout).
La bonne nouvelle de l'affaire c'est que le gars qui tient la caméra sait plus ou moins filmer, ce qui nous évite de gerber sur nos pompes pour cause d'image trop virevoltante.
Et c'est pas plus mal comme ça, merci.
Pour le reste, it's business as usual au pays des zombies, pour un film teigneux et politiquement incorrect, très joyeusement gore, plein de bonnes idées crades et d'un humour tout ce qu'il y a de salutaire (l'intervention de l'amish sourd, par exemple).
Certes, le message sur la manipulation de l'image, la communication, le Net et les médias qui nous mentent est peut-être un peu lourd et rabâché (comme le film, d'ailleurs, qui devient un peu répétitif sur la fin) mais il y a heureusement assez de tripes et de boyaux pour remplir largement le cahier des charges d'un film de ce genre.
C'est fun, c'est efficace, c'est gore mais ça n'oublie pas pour autant de penser.
Et, franchement, la fin est vraiment très, très, très bien!

Cote: ***

Ce soir: "The Hideout", "Funny Games U.S." et "The Cottage".
Demain: "The Substitute", "Doomsday" et "Shadow Spirit".

vendredi 28 mars 2008



Bifff 26: Jour 1.

Où l'on est agréablement surpris...

Eh ouais; c'est parti... Faudra un peu attendre avant de pouvoir lire la critique d' "A Bord du Darjeeling Limited".
Vingt-quatre films à s'envoyer en moins de quinze jours et autant de chroniques!
Autant dire qu'on va perdre de temps...

Allez, zou!

Bonne surprise, donc, en ce premier jour!
Pas tant en ce qui concerne le film (voire plus bas) mais plutôt du côté de l'infrastructure.
Poursuivant le travail entâmé avec la transformation de la salle de concerts en deuxième salle de projection dans laquelle est regroupée la programmation du Nova, les organisateurs ont très judicieusement réorganisé l'espace, utilisant des coins qui l'année passée étaient vide, en condamnant d'autres, etc., pour finalement créer une surface beaucoup plus conviviale, avec suffisament d'espace pour bouger et ne créer d'embouteillages nulle part (même pas au bar!).
Un bon point pour eux.

Tout autant que la gestion du temps, du moins en cette première journée: horaires respectés, discours d'ouverture expédié, bref, que du bon...

Peut-on en dire autant du film d'ouverture?
C'est une autre histoire...

1. "The Eye" de David Moreau et Xavier Palud (USA).

Booooouh...
Le gros vilain remake inutile...
Franchement, à quoi bon s'attaquer à un film pareil, surtout si c'est pour le refaire à l'identique, quasiment plan par plan?
Bon, si on n'a pas vu l'original, peut-être que ça peut faire la blague (et encore, c'est même pas sûr) mais dans le cas contraire...
Contrairement à ce que racontent les deux réals, selon lesquels c'est "l'évolution du scénario par rapport à l'original" qui fait tout le sel de leur film, celui-ci n'apporte rien, ne rajoute rien, à part peut-être, Etats-Unis obligent, une ridicule happy-end...
Certes, il y a bien ici et là quelques idées de mise en scène mais ça ne suffit pas à rendre l'entreprise intéressante...
Qui plus est, même si Moreau et Palud ne sont vraiment pas manchots, il leur faudra encore du temps avant d'arriver ne fût-ce qu'à la cheville de leurs prédécesseurs, les illustres frères Pang (quel blaze, quand même...).
De surcroit, et c'était déjà le principal reproche fait à leur premier long, le pourtant très bon "Ils", les deux français ont un peu trop tendance à jouer au train-fantôme et à se reposer sur des effets ultra-faciles. Les portes claques, les usines explosent, les fantômes surgissent tout à coup de nulle part en beuglant comme des singes, bref, on sursaute tout le temps (et c'est fatigant, en plus) mais on n'a jamais vraiment peur.
Ce qui était pourtant le but, non?

Cote: *

Ce soir: "La Forteresse Noire", "Crimes à Oxford", "Diary of the Dead".
Demain: "The Hideout", "Funny Game U.S.", "The Cottage".

jeudi 27 mars 2008



Le retour de la chetron sauvage!

"MR 73" d'Olivier Marchal (F); avec Daniel Auteuil, Olivia Bonamy, Philippe Nahon, Catherine Marchal, Gérald Laroche, Francis Renaud...

Louis Schneider, flic au SRPJ de Marseille traque un mystérieux serial-killer. Rattrapé par l'alcool et les fantômes du passé il est bientôt mis à pied mais s'entête... Parallèlement, la jeune Justine dont les parents ont été assassiné bien des années auparavant dans des conditions atroces doit faire face à la prochaine mise en liberté du tueur, Charles Subra...

Après un premier film plutôt caricatural ("Gangsters"), Olivier Marchal nous avait assez agréablement surpris, il y a deux ou trois ans, en proposant "36 Quai des Orfèvres", polar à la française tout ce qu'il y avait de réussi.
Un film policier sobre, racé et élégant qui n'oubliait pas d'aller fouiller dans les zones d'ombres de ses protagonistes...

De zones d'ombres, il est encore question ici à travers le personnage lessivé, nettoyé, au bout du rouleau, quasi mort de Louis Schneider, flic brisé par un accident qui a laissé sa femme dans le coma, complètement ravagé par l'alcool et la dépression au point qu'il en vient à adopter un comportement quasi suicidaire, surtout du point de vue professionnel...

Et c'est évidemment lui qui fait l'intérêt de ce nouveau film d'Olivier Marchal.
Lui et son interprête, Daniel Auteuil...

Etonnant, visiblement très investi dans son rôle, méconnaissable avec ses cheveux gras, sa barbe de cinq jours et cette invraisemblable paire de lunettes seventies qu'il trimballe tout au long du film, l'acteur, beaucoup plus convainquant ici qu'en gangster dans le récent "Deuxième Souffle" de Corneau, traverse le film comme un fantôme, arrivant à donner corps au personnage sans jamais pour autant sombrer dans la performance gratuite.
On le remerciera d'apporter au film ses scènes les plus fortes et les plus chargées en émotion brute.

La réalisation fait ensuite beaucoup pour emporter le spectateur dans l'univers glauque, sombre et violent de cette double course au tueur en jouant admirablement avec les codes du film noir (il pleut tout au long du film ou presque, par exemple), en se servant efficacement de la lumière et des clairs-obscurs et en transcendant, par sa maitrise et la qualité du montage, le quotidien des flics et de ceux qui les entourent.

Et c'est d'ailleurs dommage que le reste ne suive pas...

La faute à une direction artistique approximative qui à parfois du mal à ne pas sombrer dans la caricature (la prison quasi moyenâgeuse où est enfermé Subra, entre autre...) et à d'évidentes velléités du réalisateur d'assaisonner son film d'embarassantes références aux films de serial-killers américains.
Velléités d'autant plus absurdes et inutiles que le film, avec son côté un peu documentaire, s'en serait très bien passé, merci.

L'autre problème - et il est de taille - est que les deux histoires qui se construisent en parallèle sont trop autonomes pour arriver à se rencontrer sans que cela ne fasse de casse.
Du coup, leur superposition et leur crossover final parait vraiment trop artificiel et laisse en fin de compte le spectateur sur le carreau, lui donnant l'impression que les scénaristes ont vraiment forcé à l'extrême pour que les pièces s'emboitent, sans jamais y arriver complètement.

Dommage, vraiment dommage, car on avait envie d'aimer jusqu'au bout ce film, visiblement le plus personnel dans la filmographie de son auteur.
On avait envie d'apprécier son univers ultra noir, sa violence débridée, si rare dans le cinéma français, ses seconds rôles tous parfaits (Olivia Bonamy et surtout Philippe Nahon, impeccable en tueur faussement repenti) et son étonnante parabole sur la souffrance, presque barbare...

Reste qu'après que la résolution de la première affaire ait été littéralement expédiée avec l'eau du bain le film effectue une sorte de dernier baroud d'honneur avec un final admirable de noirceur que même un épilogue gnan gnan et misérablement téléphoné n'arrivera pas à gâcher.

Et quand on y pense, au fond, c'est déja plus que ce que l'on en demandait.


Cote: **

mardi 25 mars 2008



Drôles de Dames contre S.S.!

"Les Femmes de l'Ombre" de Jean-Paul Salomé (F); avec Sophie Marceau, Julie Depardieu, Marie Gillain, Déborah François, Moritz Bleibtreu, Maya Sansa...

En 1944, à Londres, le S.O.E. engage Louise, résistante française dont le mari vient d'être abattu par les allemands, pour former un bataillon entièrement féminin. Leur mission: se rendre en France pour récupérer un agent anglais qui en sait trop sur l'imminent débarquement allié en Normandie.

Oui.

Ecrit comme ça, ça fait un peu scénario de série télé, hein?
Voire de télésuite estivale.
Eh ben c'est à peu près ça...

Et vlan! Nous revoila donc en terrain connu; celui du toujours excellent cinoche du dimanche soir.

Dans la case "film de guerre", cette fois, genre dans lequel les français excellent, une fois n'est pas coutume...
Certes plus souvent sur le mode comique mais bon, allez...

Et torché par un grand spécialiste en la matière (spécialiste en cinoche du dimanche soir, veux-je dire): l'inénarrable Jean-Paul Salomé, cinéaste populaire s'il en est, avec tout ce que cela suppose d'honnête savoir-faire mais aussi de lourdeur académique et de vulgarisation à la truelle.

Un cinéaste dont Première (maudits!) disait récemment avec justesse qu'il est de ceux dont on attend finalement tellement peu qu'on finit, au détour d'un film comme celui-ci, pas plus réussi mais finalement "moins râté" que les autres (pensez à "Belphégor" ou à "Arsène Lupin", vous verrez ce que je veux dire) par le considérer avec plus d'indulgence que certains de ses collègues.

Un "honnête faiseur", comme on dit...

Et donc on ne s'ennuie jamais devant ce solide divertissement que sont "Les Femmes de l'Ombre".
Mais on n'y croit jamais vraiment non plus.

La faute à un Salomé plus préoccupé par la plastique avantageuse de ses héroïnes que par la vérité historique...

Ce qui donne un film à grand spectacle, du pur cinéma populaire "à la française", extrèmement divertissant mais totalement creux.

Un film ou la reconstitution est ultra-lèchée (on y assiste à un gros, gros travail de direction artistique, tant au niveau décors que costumes ou accessoires) mais dont le scénario limite BD est absolument invraisemblable (en gros, ce sont ces cinq filles sorties de nulle part qui ont permis que le débarquement ait lieu). Tout autant que les rebondissements, d'ailleurs...

Un film au casting pétaradant mais aux personnages extrèmement mal caractérisés et surtout effroyablement clichés (la forte/la faible, la sainte-nitouche/la pute, ce genre de choses...) .
Plein de rebondissements, de trahisons, de romance, d'action et d'explosions...
Tellement plein qu'on est toujours à deux doigts de friser l'indigestion, d'ailleurs.

Et puis, y a rien à faire, il y va ici de certaines situations comme de certains dialogues: il y a des moments ou on a un peu du mal à garder son sérieux devant tant de premier degré neu neu.

Mais l'important, encore une fois, c'est que malgré le côté bancal de la distribution (Julie Depardieu formidable as usual, Gillain fadasse, Marceau trop bêtement "impliquée" dans son rôle) et le côté gratuit et racoleur de certaines scènes (on comprend bien le délire d'expiation du personnage ultra-catho de Déborah François mais était-ce bien nécéssaire de la faire se foutre intégralement à poil avant d'avaler sa capsule de cyanure? Je pose la question...), on ne voit pas passer le temps.

Et, après tout, on s'amuse bien devant ce brol qui réussit l'improbable grand écart entre "Lucie Aubrac" et "La Grande Vadrouille"...

Au point qu'on guettera peut-être sa diffusion, un de ces dimanches soirs à la télé...


Cote: **

mercredi 19 mars 2008



Pourquoi je ne suis pas allé voir...

(ou "toi aussi fais ton Finkielkraut et parle de films que tu n'as même pas vus")

II. "Promets-moi" (Zavet) d'Emir Kusturica (Se); avec Marija Petronijevic, Uros Milovanovic, Ljiljana Blagojevic, Aleksandar Bersek, Miki Manojlovic...

J'ai vu tous les précédents films de Kusturica. Absolument tous. Et même si je ne suis pas forcément d'accord avec les superlatifs employés pour décrire son oeuvre, j'aime généralement bien...

Alors, pourquoi?

1. Parce que la tendance qu'a Kusturica ces dernières années à se transformer - à l'instar de son collègue russe Nikita Mikhalkov, d'ailleurs - en une espèce de Gardien du Temple, de Tsar Omnipotent du Cinéma d'Europe Centrale, mégalomane et paranoïaque, en guerre contre les Vilains Critiques tout autant que contre le Méchant Public et voulant - par delà - tout contrôler à une sérieuse tendance à m'énerver. Et donc à me détourner autant de l'homme que de l'oeuvre...

2. Parce que d'après ce que j'ai compris, ce film est une sorte de concentré de l'esprit kusturicien, avec ce que cela suppose d'onirisme clinquant, de folklore de fanfare de Fête Nationale baloutchistanaise, d'hystérie galopante, d'humanisme à deux balles et de comique burlesque, type "fin de banquet de mariage", quand le grand-oncle a un peu trop forcé sur la Slivovic... Toutes choses que je trouve supportables, voire même sympathiques, lorsqu'elles sont distillées à petite dose le long d'un film mais qui, compilées, compactées pendant deux heures non-stop auraient plutôt tendance à me flanquer une solide poussée d'urticaire.

3. Parce que les gens qui font l'unanimité pendant si longtemps me sont, à la longue, suspects...

4. Parce que ça va bien aller aussi, avec la musique eurotzigane recyclée pour bobos en manque de sensations altermondialistes de pacotille, genre Bregovic, No Smoking Orchestra et autres formations aussi lourdaudes, kitsch et clichés qu'un remix de Mike Oldfield par Enigma...

Est-ce que je le louerai quand il sortira en DVD?

Non, même pas...

Prochainement: Pourquoi je ne suis pas allé voir... "La Famille Savage", de Tamara Jenkins.