dimanche 17 juin 2007




Faster Pussycat, Kill Kill !!!

"Boulevard de la Mort" (Death Proof) de Quentin Tarantino (USA); avec Kurt Russell, Rosario Dawson, Rose McGowan, Zoe Bell, Mary-Elizabeth Winstead, Vanessa Ferlito...

Stuntman Mike, cascadeur balafré, se sert de son impressionnante "voiture de fonction" customisée, pour poursuivre et massacrer d'innocentes jeunes filles, faisant passer ses crimes pour de simples accidents de la route...
Mais quand il croise la route de Zoe et de ses copines, il doit se rendre à l'évidence: il est tombé sur plus fort que lui!

Vroom, vroom, badaboom!!!

Alors c'est simple: celui qui est capâble de s'ennuyer devant un film pareil est un monstre!
Pas possible autrement!

Pour tout dire, je crois bien que je ne m'étais plus autant marré au cinéma depuis... oh, facilement depuis "Kill Bill Vol. 1", tiens! Mouarf!

C'est bien simple: ce truc est un condensé de pur plaisir rock'n'roll, un vrai bijou traversé d'éclairs jouissifs de sous-culture trash, dans lequel se téléscopent absolument tout ce dont on a besoin pour passer un grand, un bon moment de PURE MINDELESS FUCKIN' FUN !!!

Des nanas bombasses qui boivent comme des cow-boys et jurent comme des charetiers, du gore, des poursuites en bagnoles purement hallucinantes, des cascades, des carambolages, Kurt Russell et sa tronche d'Elvis passé à l'attendrisseur, des dialogues au cordeau, de l'humour à cinq balles, du rock'n'roll, de la pure méchanceté et des citations en pagaille!

Tout ça réalisé avec un plaisir communicatif par un Tarantino au sommet de son art, multipliant les gimmicks (image et bande-son qui sautent, grésillements, soudain passage au noir et blanc) et les trouvailles de mise en scène, se servant de sa connaissance encyclopédique du cinéma pour rendre un hommage appuyé mais sincère à la série B de la fin des sixties à nos jours ("Point Limite Zéro", "Larry le Dingue, Mary la Garce", John Waters, Russ Meyer, les comics, j'en passe et des biens bonnes) et poussant le vice - ou le plaisir - jusqu'à s'auto-citer (Kurt Russell parlant de Big Kahuna Burger, le GSM de Rosario Dawson sonnant sur l'air de "Kill Bill", des choses du genre)!

Un "petit" film virtuose, riche en scènes d'anthologie (le meurtre de Rose McGowan, le premier "accident", la double poursuite finale), à la fois complètement en roue libre (ah ah!) et parfaitement maitrisé par un Quentin Tarantino visiblement décomplexé et sans doute moins poseur que jamais.

Oh! Bien sûr, le scénario tient sur un ticket de caisse de fin du mois chez Aldi, le film est parfois un peu trop bavard, voire verbeux et c'est pas avec ça qu'on va révolutionner le classement de la Cinémathèque, mais, nom de Djeu, quel mal y a-t-il à prendre de temps en temps le cinoche par le bout du pur et simple divertissement vrombissant, vulgaire et mal embouché?
Sous l'angle de la grande et joyeuse gaudriole garage rock mal rincée?

Rien, merci!

Alors, reléguons Angelopoulos et Bergman au placard pour l'été et profitons bêtement jusqu'au bout de ce petit missile teigneux, de sa reconstitution d'époque absolument mais alors pas du tout académique, de sa B.O. foutraque ("Laisse tomber les Filles" version April March, vous m'en direz des nouvelles!) et de son mauvais esprit communicatif!

Envoyons pèter les mauvais coucheurs poseurs qui trouvent "Death Proof" vain et creux tout autant que les théoriciens du 7ème art qui y voient une sorte d'objet pop-art ultime et remercions simplement M. Tarantino de nous avoir offert ces 105 minutes de pur bonheur maniaque et fétichiste.

L'équivalent cinématographique des Ramones ou de Motörhead...

Le film qui maltraite les élastiques de slip!

VROOOOAAAAAAAAAAAAARRRRRRRR !!!!!!!!!!!!!!!


Côte: ***

mardi 12 juin 2007



"My, that's a big one!"

"Zodiac" de David Fincher (USA); avec Jake Gyllenhaal, Robert Downey Jr., Mark Ruffalo, Chloe Sevigny, Brian Cox, Clea DuVall, Dermot Mulroney...

A la fin des années 60, un insaisissable tueur en série semait la terreur dans la région de San Francisco.
Narguant la presse et la police en essaimant les messages cryptés comme autant d'indices, le tueur - qui se surnommait lui-même "Zodiac" - s'appropria une trentaine de victimes et ne fût jamais capturé.
Trois hommes: le caricaturiste Robert Graysmith, le journaliste Paul Avery et le policier David Toschi on consacré une partie de leur vie à son impossible traque.

Ce qui frappe d'abord avec le nouveau film de David Fincher c'est à quel point son réalisateur semble avoir atteint une sorte de maturité.

Loin des poses adolescentes et des exercices de style brillants mais somme toute futiles qui faisaient le sel de ses premières productions, "Zodiac" se démarque de part son style quasi-documentaire et la fluidité de sa mise en scène.
Plus maitrisée que réellement "classique" (si ce n'est en opposition au caractère presque baroque de ses précédents opus, "Fight Club" en tête), celle-ci, magnifiée par la splendide photo crépusculaire d'Harris Savides, ménage bien évidemment quelques morceaux de bravoure à couper le souffle (le meurtre du taximan sur fond de soleil levant, pour n'en citer qu'un) mais frappe surtout par le fait que, pour une fois, elle se met entièrement au service de l'histoire plutôt que de la phagocyter...

Autre caractéristique du film: côté scénario, c'est riche. Très riche...

Autant être prévenu: mieux vaut ne pas aller voir ce film un lendemain de veille!
L'histoire est tellement dense, on est tellement bombardé d'informations durant toute la durée du mètrage qu'une seconde d'inattention suffit à faire perdre le fil.
Mais on est ultimement récompensé, tant l'histoire est passionante et tant la quête de vérité des protagonistes se révèle finalement contagieuse.
On en arrive presque à être aussi obsédé qu'eux par la découverte du coupable et de ses motivations.

La narration, très subtile, se focalise tour à tour sur chacun des trois enquêteurs mais moins dans une optique "rashomonienne" que dans une tentative de complémentarité, de synthèse des éléments découverts tout au long de l'enquête.
Et ce découpage permet paradoxalement de fluidifier l'histoire, chaque partie apportant son lot de révélations mais insufflant également son propre rythme.

La première, qui suit le reporter Paul Avery, est la plus purement documentaire, reconstituant minutieusement les premiers meurtres imputés au tueur, détaillant à la fois ses méthodes et sa psychologie et culminant au cours d'une hallucinante scène du kidnapping (encore un grand moment de découpage et de mise en scène).

La seconde, s'attachant cette fois au flic interprété par Ruffalo, fait légèrement tomber la tension pour mieux décrire les ravages psycholgiques subit par les enquêteurs et leur entourage (avec en filigrane déja, la déréliction du couple formé par Gyllenhaal et Sevigny).

La troisième et dernière, enfin, suivant le parcours de Graysmith (auteur des deux bouquins dont le film est inspiré) fait très habilement rebondir l'intrigue.
Le rythme s'accélère, vous clouant littéralement à votre fauteuil et multipliant les rebondissements jusqu'a un épilogue forcément frustrant.

Mais pas tant que ça!

Parce qu'autant règler tout de suite son compte à une rumeur persistante: "Zodiac" n'apporte forcément aucune réponse définitive à l'affaire (on n'assiste à aucune arrestation - et pour cause!) mais le film ne laisse pas pour autant le spectateur totalement sur sa faim.
S'appuyant comme déja précisé sur les livres de Robert Graysmith, il épouse forcément la thèse soutenue par celui-ci quant à l'identité du coupable.

Le fait que celui-ci ne fût pour autant jamais réellement inquiété (et même finalement blanchit par des tests ADN) ne fait que renforcer le côté palpitant et étrangement obsessionnel du récit.

"Etrange équipée au pays au royaume indécis de la curiosité et de la frustation " (la formule n'est pas de moi mais je la trouve suffisament belle que pour me permettre de la citer), "Zodiac" est un film fascinant, tant par la reconstitution méticuleuse de l'ambiance seventies (on pense beaucoup aux "Hommes du Président") que par ce qu'il révèle sur la nature humaine.

Ajoutons encore qu'avec un casting d'une telle excellence le film brille aussi bien évidemment par son interprétation: Jake Gyllenhaal et Robert Downey Jr. comme toujours, Mark Ruffalo comme jamais.
Et le reste suit, au quart de tour.

Au final, en embrassant une bonne part de l'imaginaire collectif (on cite entre autre "Dirty Harry", évidemment) et en ressucitant une forme passionnante de cinéma, Fincher se pose en digne successeur des grands maitres des années '70.

Et annonce le retour du vrai bon cinoche de genre(s). Celui qui les transcende.

Un cinéma qui chamboule, qui stimule... et qui réfléchit...

Côte: ***

mardi 5 juin 2007

Heroes and Icons...


(Sean Penn - b. 1960).

lundi 4 juin 2007



Les mots bleus.

"Le Scaphandre et le Papillon" de Julian Schnabel (F); avec Mathieu Amalric, Marie-Josée Croze, Max von Sydow, Emmanuelle Seigner, Jean-Pierre Cassel, Emma de Caunes...

L'histoire vraie de Jean-Dominique Bauby, rédacteur en chef de Elle et dandy parisien qui, victime d'un accident vasculaire cérébral et atteint du locked-in syndrom, se retrouve entièrement paralysé, à l'exception de son oeil gauche.
Avec lequel il va pouvoir communiquer et entreprendre d'écrire un livre sur son expérience...

Pouvait-on rêver d'un sujet plus anti-cinématographique que ça?
Deux heures en compagnie d'un homme clignant de l'oeil pour expliquer qui'l ne peut plus rien faire d'autre.
Est-ce qu'on pouvait imaginer scénario plus tire-larmes, plus dégoulinant de pathos que cette histoire de jet-setteur à qui tout réussit et qui du jour au lendemain se retrouve réduit à l'état de légume?
Sans parler de l'effet produit sur son entourage, femme et enfants, vieux papa gâteux et amis larmoyants?
Imaginait-on histoire plus édifiante que celle de cet homme définitivement enfermé en lui-même et qui réussit à la force de la paupière à transcender son destin et à transformer son témoignage non seulement en livre à succès mais aussi quasiment en oeuvre d'art?

"Le Scaphandre et le Papillon", le film que tout le monde avait envie de détester!

Et pourtant!

Pourtant, le magnifique (et je pèse mes mots) film de Julian Schnabel parvient à éviter toutes les embuches, à contourner tous les écueils que le sujet pouvait avoir sournoisement semé sur sa route. Et à renvoyer d'un seul coup de cuiller-à-pot nos objections au placard.

Par sa réalisation d'abord!
Jamais, peut-être, rarement, sûrement, un film n'avait à ce point mérité de recevoir à Cannes le Prix de la Réalisation (enfin, "de la mise en scène" mais je trouve cet intitulé par trop réducteur).

Faisant foin tout maniérisme, Schnabel - dont il est bon de rappeler qu'il est peintre à l'origine - réussi à dynamiser la narration forcément atrophié de son récit en inventant mille et un stratagèmes stylistiques tous plus brillants les uns que les autres.
Sans jamais tomber dans la surenchère...

A ce titre, la première partie du film, toute en caméra subjective, est un véritable tour de force! Filtres, flous, image morcelée...
Pour le spectateur le challenge est permanent et le force à coller au plus près au récit intérieur de Bauby, le rendant presque intime de son évolution, du désespoir à la reprise de courage en passant par la résignation cynique.
Et c'est aussi ça la force du film: ne jamais s'accrocher à un parcours linéaire, ne jamais nous faire croire que l'on est face à un conte de la rédemption, exemplaire de par son courage et son dépassement de soi.
Bauby est un homme finalement comme un autre, à ce titre il se découragera, voudra même en finir, reprendra confiance, ressombrera pour mieux ressurgir. Et ainsi de suite.

Et en cela, la finesse de jeu de Mathieu Amalric, qui arrive à être crédible et à nous émouvoir même lorsqu'il apparait, l'oeil exorbité et la lippe pendante tel un improbable croisement entre Jean-Paul Sartre et une grenouille mutante, est pour beaucoup dans la réussite de l'entreprise.
Alliée à la subtilité de la voix off, elle allège fortement ce qui aurait pu sans cela devenir bien vite une sorte de gros cheesecake lelouchien écoeurant de tics et dégoulinant de bons sentiments.
Idem d'ailleurs pour l'humour, ravageur et omniprésent, que ce soit dans les réflexions cyniques de Bauby, l'ineptie des médecins ou les maladresses des proches pressés de trop bien faire.

Et quand, dans la seconde partie, la caméra est en quelque sorte forcée de prendre un peu de recul, un tant soit peu de hauteur afin de pouvoir faire évoluer le récit, c'est au diapason d'Amalric que l'ensemble du casting fait front pour garder le film en apesanteur.

Du magnifique ensemble d'actrices (Marie-Josée Croze, Anne Consigny et Emmanuelle Seigner en tête) aux seconds rôles masculins (Bankolé, Arestrup, Cassel, Chesnais, tous impeccables) en passant par l'immense, le gigantesque Max von Sydow qui arrive à nous tirer des larmes rien qu'avec un téléphone: tous se mettent au service de l'histoire avec une humilité et une justesse peu commune.

Fable, récit onirique aux multiples niveaux de lectures, réflexion sur le langage, sur la différence entre le parlé et l'écrit, sur la dépendance, la privation et le passage de témoin, "Le Scaphandre et le Papillon" est avant tout un film digne et d'une beauté rare.
De ceux que l'on emporte pour longtemps avec soi.

Eh oui - et tant pis pour ceux que ça défrise - je vous l'avais déja dit que j'étais une midinette...

Eh bien voila: je confirme!

Mais tant qu'on me donnera des films comme ça, j'assumerais.

Ca ira...

Oui, oui. Ca ira...

Côte: ***

jeudi 31 mai 2007


Pendant ce temps-là, sur la Croisette...

Avant de passer au (très beau) film de Schnabel, justement primé, revenons un instant, furtivement, sur le palmarès de ce 60ème Festival de Cannes...

Première constatation, à l'exception de Gus Van Sant dont le "Paranoid Park" est reparti avec le Prix du 60ème Anniversaire, récompense purement honorifique s'il en est, tous les ténors, les grands noms, les abonnés du Festival sont repartis bredouilles: de Kusturica aux frères Coen en passant par Tarantino ou Wong Kar-Wai, pas le moindre petit prix à se mettre sous la dent!

Au contraire, le jury de Stephen Frears semble avoir voulu récompenser un cinéma fort jeune, puisque tous les films primés, même au niveau des Prix d'Interprétation, sont tout au plus des deuxièmes ou troisièmes oeuvres.

C'est donc un cinéma de l'émergence qui a été salué à travers ce palmarès, puisqu'en dehors de deux co-productions françaises ("Le Scaphandre et le Papillon" et "Persepolis" qui concourait néanmoins pour l'Iran) les films primés sont issus de pays dont la cinématographie commence seulement depuis quelques années à faire - ou refaire - parler d'elle: Palme d'Or, donc, au roumain "4 Mois, 3 Semaines et 2 Jours", Prix d'Interprétation Masculine au russe Konstantin Lavronenko ("Le Banissement"), féminine à la coréenne Jeon Do-Yeon ("Secret Sunshine"), Prix Spécial du Jury (ex-aequo avec "Persepolis") à "Lumière Silencieuse" du mexicain Carlos Reygadas, Prix du Scénario au réalisateur allemand d'origine turque Fatih Akin pour "De l'Autre Côté", etc.

Pour le reste, on a pu lire ou entendre ça et là que ce palmarès radical mais cohérent récompensait un cinéma engagé et politique... Disont plutôt qu'il encense un cinéma de l'humain à travers des films traitant le plus souvent de la mort, de la maladie ou de la difficulté de vivre dans une société hostile: le parylitique du "Scaphandre..." (Prix de la Réalisation), la jeune femme voulant se faire avorter dans "4 mois...", le vieillard et sa garde-malade dans "La Forêt de Mogari" (Grand Prix du Jury) ou encore la veuve borderline de "Secret Sunshine" sont visiblement tous là pour en témoigner.

Enfin, à l'heure du bilan, la séléction du jury cannois est là pour répondre à une question que l'on se pose annuellement: à quoi sert le Festival?
Si l'on en juge par le résultat, face à la quasi-hégémonie des blockbusters à l'américaine*, il sert au moins de refuge et de vitrine à un "certain" cinéma d'auteur dont personne n'entendrait peut-être parler autrement.

Et rien que pour ça, il mérite de continuer à exister.

De préférence longtemps...





(*Lesquels peuvent avoir leur charme et leurs qualités bien entendu. Ne nous faisons pas plus talibans que le Pape)

lundi 21 mai 2007




Chiens de faïence.

"Alpha Dog" de Nick Cassavetes (USA); avec Justin Timberlake, Sharon Stone, Bruce Willis, Dominique Swain, Harry Dean Stanton, Amanda Seyfried, Emile Hirsch...

Dans une banlieue friquée de L.A., Johnny et ses amis, membres d'une jeunesse dorée et dépourvue de repères, se livrent à de menus trafics. Pour s'assurrer que Jake lui remboursera bien l'argent qu'il lui doit, Johnny enlève le petit frère de ce dernier, Zach...
Chaperonné par Frankie, Zach va alors passer trois jours en compagnie de la petite bande, trois jours au cours desquels, loin d'être traité en otage, il va découvrir une vie nocturne faite de virées, d'alcool, de drogues et de filles.
Jusqu'à ce que les choses tournent mal.

Maudit orgueil mal placé qui m'a fait jurer de chroniquer tous les films que je vais voir en salle!
Parce qu'autant dire tout de suite que dans le cas de celui-ci, par exemple, la motivation n'est pas vraiment au rendez-vous.
Et c'est un euphémisme!

Que dire en effet sur un film qui véhicule sur toute sa longueur une telle impression de déja-vu?

Pas grand'chose si ce n'est qu'on a pu lire ça et là que c'était du Larry Clark soft alors que ce n'est rien de plus que du Larry Clark pour les Nuls.
Et encore...

Que l'on savait depuis longtemps que Cassavetes fils n'atteindrait jamais la cheville de Cassavetes père mais qu'on se demande sérieusement ce qui a bien pu lui donner l'envie de passer de ses petits mélos habituels ("Décroche les Etoiles", "N'oublie Jamais"...) à cette tentative de film noir, mâtiné de teen movie et de drame social?

Et surtout, ce qui a bien pu lui faire croire qu'il allait parvenir à réussir son coup?

Parce qu'ici tout est raté.

Réalisation sobre et coup de poing?
Mise en scène confuse et baclée, oui! Avec entre autres la plus mauvaise utilisation du split-screen que l'on ai vu depuis longtemps sur un écran de cinéma!

Narration efficace?
Molesse de ton et lenteurs en tout genre, plutôt! Tellement de circonvolutions et de baisses de rythme que lorsque la fin - plutôt réussie, elle - arrive, on a finit par se désintéresser complètement de l'affaire.

Direction d'acteurs maitrisée?
Allez, allez...
Certes Justin Timberlake est plutôt crédible en branleur de service (ah! ah!) mais pour le reste, jugez plutôt: entre Emile Hirsch trop jeune et frêle pour le rôle, Bruce Willis et son hilarante moumoute et Ben Foster ou Dominique Swain tellement hystériques qu'on a envie de les baffer à chaque apparition, c'est plus un film c'est le Muppet Show! Et encore: celui de Cauet!
Même cette vieille slache d'Harry Dean Stanton, que j'aime généralement d'amour, arrive à être horripilant dans son numéro de redneck alcoolique et édenté... C'est dire!
En fin de compte, à part Timberlake, seul Anton Yelchin, dans le rôle du petit frère kidnappé, réussit vraiment à tirer son épingle du jeu.* C'est un peu maigre...

Finesse de l'observation?
Manque de point de vue, peut-être.
Ce qui ne veut pas forcément dire "neutralité".
Cassavetes n'est pas Larry Clark mais force est de constater qu'il n'est pas Gus Van Sant non plus. Le problème majeur est surtout que ces crétins pleins de fric qui jouent aux durs comme à la Playstation n'arrivent jamais à nous toucher ni même à nous intéresser. Du coup, il peut bien leur arriver n'importe quoi, on s'en fout!
Et c'est bien là tout le problème du film!
Et ce n'est pas le tout petit discours tout mou, tout convenu sur la démission parentale qui y changera quoi que ce soit!

Quant à la B.O. R'n'B bling-bling, mieux vaut ne même pas en parler.

Moralité: désolé pour l'héritage paternel et le complexe d'Oedipe mais mon petit Cassavetes, il vaut mieux pour toi que tu continues à tourner tes biesses bluettes pour bobos quadras et que tu arrêtes une bonne fois pour toute de te rêver en "vrai" réalisateur.

En plus, pour moi, ça fera des vacances!

Na!

Côte: *


(*à noter quand même vers la fin du film un grand numéro de cabotinage pathétique de la part de Sharon Stone qui à eu pour l'occasion le courage de se laisser grimer en Christine Boutin des banlieues gangstas. Rien que pour ça, ça vaut la peine de voir le film)


dimanche 6 mai 2007




Rentre chez toi, Tante May a fait des crèpes!

"Spider-Man 3" de Sam Raimi (USA); avec Tobey Maguire, Kirsten Dunst, Topher Grace, Bryce Dallas Howard, Thomas Haden Church, Theresa Russell, James Franco...

Alors que Peter Parker semble filer le parfait amour avec Mary-Jane tout en parvenant enfin à maitriser ses super-pouvoirs, un organisme extra-terrestre prend possession de son costume, lequel, semblant dôté d'une vie propre, commence à influer sur sa personnalité.

Sam Raimi est une jeannette!

Alors qu'il a entre les mains un personnage de comics magnifique, un budget collossal et deux des meilleurs "super-vilains" de la série, il réussit encore à transformer ce qui aurait dû être le "Ben-Hur" des films de super-héros en une bluette pour jeune fille en fleur.

Ah la la!
Et encore une demi-réussite, tiens!
Ou un demi-ratage, ça dépend comment on voit les choses...

Et pourtant, moi, les films de super-héros, c'est peu dire que je kiffe!
Et à part "Hulk", son slip en plasticine et ses caniches mutants, pas mal des récents efforts en la matière étaient plutôt glop-glops, je l'avoue (les deux premiers "X-Men" et les deux premiers Spidey en tout cas. Sans parler du Hellboy, dans un autre genre.
Bon , le Daredevil et le Superman étaient pas tops et les Quatre Fantastiques je me sens moins concerné mais allez... Dans l'ensemble il y avait assez de matière pour fournir quelques bonnes heures de plaisir coupable, tenez!).

Et ici ça coince.
Pas toujours mais quand même... ça coince...
D'abord - et c'est d'ailleurs un reproche que je fais à la plupart des films du genre - c'est trop long!
Deux heures trente-six pour une histoire de type en pyjama qui se bat contre d'autres fanas du Palais du Cotillon en faisant des acrobaties au dessus de la Grosse Pomme, c'est quand même un peu pousser, vous ne trouvez pas?

Ensuite, outre les inévitables scènes de romance cul-cul-la-praline ci-dessus citées, ça a un peu trop tendance aussi à partir dans tous les sens.

Tout d'abord avec une bonne louche de drame bien lacrymal déservi par le pauvre Tobey Maguire qui est peut-être parfait en boy-next-door mais qui a par contre encore beaucoup à apprendre quand il s'agit de pleurer à l'écran.
Y a rien à faire mais sa bobine de premier de la classe qu'on à déja envie de baffer comme ça qui se déforme quand M.J. lui donne son C4, c'est vraiment plus que ne peut en supporter n'importe quel fan de film de baffes normalement constitué!

Ensuite avec une grosse plâtrée d'humour potache qui dégénère au quasi-burlesque, parfois pour le meilleur (le toujours très bon Bruce Campbell qui se la joue Basil Fawlty dans une scène de restaurant autrement pénible au possible) et souvent pour le pire (Peter Parker frimant en rue! Mais qu'est-ce que c'est que ce cirque?).

Le comble est atteint avec une scène de comédie musicale au cours de laquelle Parker utilise ses super-pouvoirs pour se la péter devant Mary-Jane et la nouvelle venue Gwen Stacy (Bryce Dallas Howard, parfaite dans un contre-emploi de blonde pas si pétasse que ça).
Tellement portenawak qu'on a du mal à y croire!

Et puis c'est long et c'est complexe, avec plein d'intrigues et de personnages secondaires.
Alors, de temps en temps, Raimi et ses scénaristes semblent perdre le fil de l'histoire...
Il y a des ellipses malvenues, des raccourcis maladroits qui débouchent sur des invraisemblances.
Des personnages qui se comportent de manière absurde et illogique.
Bref, ça part un peu en couille...

Mais bien sûr, "Spider-Man 3" ce n'est pas que ça!
Et évidemment (heureusement diront certains) il y a des choses à sauver!
Et plus d'une, je vous assure!

D'abord, quand ça pète, ça pète, ça c'est sûr!
Du point de vue des scènes d'actions et des effets spéciaux, on peut dire qu'on est servi. Et largement, encore!
Il y a suffisament de scènes de bravoure que pour tenir en haleine pendant toutes ces foutues 156 minutes: la première baston avec le Nouveau Bouffon (James Franco, plus inspiré que son camarade Maguire), le clash dans le métro avec le Sandman, j'en passe et des meilleures!

Ensuite, le film se paie le luxe de s'offrir deux très, très beaux méchants!

Flint Marko, alias Sandman, d'abord, interprété avec ce qu'il faut de solidité par Thomas Haden Church.
Sans doute LE plus beau salopard de la série. Esthétiquement parlant, bien sûr!
Un personnage tout en vagues et grains de sables, très bien exploité, et qui donne lieu à quelques unes des plus belles scène en CGI du film.

Venom, a.k.a. Edward Brock Jr., ensuite, incarné par un Topher Grace cabotinant avec un plaisir heureusement pas mal communicatif.
Un baddie là aussi très léché du point de vue plastique mais malheureusement sous-exploité par un scénario qui ne le fait intervenir qu'à la toute fin.

(Toute) fin qui, hélas, trois fois hélas, se perd dans des prouesses pyrotechniques qui n'ont guère de peine à faire plus que frôler le ridicule...
Comme si Sam Raimi, souffrant du syndrôme du "Retour du Roi" avait à tout crin voulu clore sa trilogie en beauté quitte à en faire trop, beaucoup trop!

Dommage pour une série qui jusque là avait plutôt dépassé ses consoeurs en qualité...

Mais voilà, Sammy, l'excès nuit en tout!

Allez, m'en vais relire mes "Strange", moi.

Côte: **