lundi 11 juin 2012
De sable, de brume et de sang.
"De Rouille et d'Os" de Jacques Audiard (F); avec Marion Cotillard; Matthias Schoenaerts, Céline Sallette, Bouli Lanners, Corinne Masiero, Armand Verdure...
Ali vient du Nord. De Belgique, peut-être. Sans emploi, sans amis, sans attaches, il s'est retrouvé avec sur les bras son fils de 5 ans qu'il connait à peine. Alors il est descendu vers le Sud, le soleil et Antibes. Pour retrouver sa soeur qui va l'aider et l'héberger. Devenu videur dans une boîte de nuit, il rencontre Stéphanie au cours d'une bagarre. Il la reconduit chez elle, ils échangent leurs numéros de téléphone. Elle est dresseuse d'orques au Marineland local. Suite à un accident, elle va se retrouver amputée des deux jambes. Et renouer contact avec lui. Sans pitié, sans compassion, il va l'aider. Et peu à peu, elle va renaître.
Minéral bien que solaire, voilà la première chose qui vient à l'esprit à la vision de ce mélodrame trash de Jacques Audiard, à placer très haut dans la filmographie d'un réalisateur pourtant peu avare de grandes réussites, voire de chefs-d'oeuvre.
Pour donner une idée, le pourtant excellentissime bien qu'à mon sens légérement suréstimé "De battre mon coeur s'est arrêté" est sans doute ce qui se rapproche le plus d'une légère baisse de régime dans sa carrière.
Faut pas demander ?
Non, faut pas demander...
Et celui-ci, dans la lignée (bien qu'en même temps très, très différent) de "Un Prophète", à ce jour LE vrai chef-d'oeuvre d'Audiard, tutoie les sommets.
D'une manière telle qu'on se demande un moment si il ne va pas les dépasser.
Tout ici est en effet à ce point maîtrisé, à ce point tenu et en même temps à ce point bourré jusqu'à la gueule d'émotions, de sensations, de choses en "on" qu'on à l'impression (hop !) qu'à tout moment ça va déborder, craquer, péter ses coutures et nous exploser à la gueule.
Et pourtant non (oui, bon, là, j'arrête).
Intense et finalement très simple, "De Rouille et d'Os" est servi - une fois de plus serait-on tenté de dire - par une impressionnante maîtrise du récit et une simplicité de traitement qui nous livre au bout du compte une histoire d'amour à la fois douce et rugueuse, libérée de ses scories car rognée jusqu'à l'os (oui, bon, c'est fini les jeux de mots, aussi ?).
D'un romanesque à la limite du tragique.
La réalisation n'a pas peur d'être ample, avec son montage au scalpel (la scène de l'accident avec les orques) et son travail unique sur la lumière et le son.
Et elle finit de sublimer une histoire qui, certes, n'échappe pas à certains raccourcis et à certains effets attendus, mais qui, émaillée qu'elle est de moments d'intense violence et de purs instants de grâce, tire le film vers le haut.
Vers une lumière vive. Très vive.
Une lumière dont on sort chaviré et la boule au ventre.
Mais tout celà encore ne serait rien, évidemment !, sans les deux acteurs principaux.
Qui arrivent à rendre crédible et belle cette histoire d'amour parfois pourtant à la limite du vraisemblable.
Marion Cotillard est impressionnante de grâce et d'émotion.
Et Matthias Schoenaerts confirme toute l'intensité dont on l'imaginait capable depuis l'impressionnant "Rundskop".
A eux deux ils achèvent de rendre "De Rouille et d'Os" à la fois lyrique et sauvagement borderline.
Et lui permettent presque de tutoyer l'indicible.
Cote: ****
lundi 4 juin 2012
La Brigade du Slip.
"Avengers" (The Avengers) de Joss Whedon (USA); avec Robert Downey Jr., Scarlett Johansson, Mark Ruffalo, Gwyneth Paltrow, Samuel L. Jackson, Chris Evans...
Nick Fury, directeur du S.H.I.E.L.D., cherche à former une équipe de choc chargée de veiller sur la paix mondiale. Pour se faire, il rassemble Iron Man, Hulk, Captain America, Hawkeye, Thor et Black Widow. Le problème c'est que ceux-ci vont avant tout devoir apprendre à travailler ensemble. Ce qui n'est pas gagné, vu que le méchant Loki a eu accès au Cube Cosmique. Et qu'il compte bien s'en servir pour dominer le monde, avec la complicité d'une redoutable race extraterrestre.
Oui, ça fait de nouveau longtemps que je n'ai rien écrit mais bon, j'étais malaaaaaaaaat' (et je le suis d'ailleurs toujours un peu).
D'où exit le traditionnel "Pendant ce temps-là sur la Croisette".
On n'a plus le temps et puis le palmarès c'était déjà il y a plus d'une semaine.
Alors, hein, bon, on est contents pour Haneke qui rentre dans le club très fermé des bi-palmés (avec un film qui a l'air vraiment, vraiment bien et très émouvant, en plus), on est étonnés que le couple Trintougni - Riva, pourtant ultra favori et considéré comme partie prenante de la réussite du film, reparte bredouille (bien que le Prix d'Interprétation Masculine à Mads Mikkelsen ça a de la gueule aussi, c'est vrai) et on est curieux de voir à quoi peut bien ressembler "La Part des Anges", comédie sociale de cette vieille baderne de Ken Loach sur fond de fabrication de whisky.
Sinon, bon, "Holy Motors" de Léos Carax, dont la bande-annonce donne furieusement envie, est lui aussi reparti avec la bite derrière l'oreille alors que la critique unanime le voyait Palme d'Or. Et l'inattendu "Reality" de Matteo Garrone fait un surprenant Grand Prix.
Sauf quand on sait que c'est un protégé du Président Moretti.
Baste. Voilà donc pour les péripéties cannoises 2012 qui m'ont donc permis(e ?) de gagner quelques lignes et un peu de temps.
Parce qu'enfin, que dire d' "Avengers", à part ça ?
Pas grand chose, voire que dalle, il faut bien l'avouer.
La rencontre tant attendue entre les principaux personnages de l'écurie Marvel, bien que ne répondant pas à une pure et cynique logique commerciale (quoi que) mais étant adaptée d'une BD originale datant d'il y a une cinquantaine d'années accouche globalement d'une souris.
Certes, c'est un bon gros pop-corn movie des familles, un blockbuster gonflé jusqu'à la garde de testostérone et gorgé d'effets spéciaux et de scènes d'action tonitruantes.
Mais bon, ni plus ni moins qu'un autre...
Le cahier des charges est gentiment rempli, avec comme points positifs que - à l'instar du "Star Trek" de J.J. Abrams - et la comparaison vaut ce qu'elle vaut - chaque personnage à droit à son petit développement et à son petit morceau de bravoure.
Personne n'est laissé en bord de route et c'est plutôt agréable, même si, comme souvent pour les films de super-héros, celà contribue à rallonger inutilement la sauce.
Certains, comme la Veuve Noire, voient même leur personnage agréablement développé. C'est bien.
Le problème, justement, c'est la différence d'écriture et d'interprétation de ces différents protagonistes.
Si Robert Downey Jr./Iron Man/Tony Stark se taille comme d'hab' la part du lion (et quelques belles répliques définitives), Thor et sa permanente crétine ou surtout le monolithique Captain America (vous me direz "quel personnage à la con", déjà) sont à ce point risibles et pathétiques que, pour paraphraser un camarade, on a juste envie de leur faire caca dans la bouche.
Pour le reste, la grande réussite de ce film à part ça confus et embrouillé se situe dans le - très long - final.
Le combat entre toutes la bande (j'oubliais de parler de l'inénarrable Hulk et de ses sempiternels pantalons extensibles) et les vilains extraterrestres bouh bouh méchants pas beaux.
Rarement un affrontement final, grand point faible des films de ce genre en général, (cfr. la pitoyable fin d' "Iron Man 2", par exemple) aura été à ce point badaboum et enthousiasmant.
Rien que ça, à la limite, ça sauve le truc.
Dommage, juste dommage que le reste soit à ce point bavard, ampoulé et pompeux, donnant par moment franchement envie de piquer du nez.
Et dommage aussi qu'avec son costume à mi-chemin entre le bouquetin mutant et le Chevalier du Zodiaque cheap, le pleurnichard Loki n'arrive qu'à nous camper le Super Vilain probablement le plus tartignole de l'histoire du film de couillons en collants moules-boules.
Enfin, avec le recul ça fait encore bien rigoler...
Mouais...
Cote: *
lundi 21 mai 2012
La fiancée du vampire.
"Dark Shadows" de Tim Burton (USA); avec Johnny Depp, Eva Green, Jackie Earle Haley, Michelle Pfeiffer, Jonny Lee Miller, Chloe Moretz...
En 1752, Joshua et Naomi Collins, accompagnés de leur jeune fils Barnabas, quittent Liverpool pour le Nouveau Monde, afin d'y commencer une nouvelle vie en y important leur technique de pêche industrielle. 20 ans plus tard, ayant fait fortune et étant devenu un véritable bourreau des coeurs, Barnabas rêgne sur la ville de Collinsport et le manoir familial de Collinswood. Hélas, il commet un jour l'erreur de briser le coeur de la belle Angélique Bouchard. Or, celle-ci est une sorcière qui va jeter sur Barnabas une terrible malédiction et le transformer en vampire. Plus de deux siècles plus tard, celui-ci est tiré accidentellement de son sommeil et se retrouve plongé en 1972 dans un monde totalement transformé... A l'image de ses étranges descendants...
Ah oui, c'est sûr, les détracteurs de Tim Burton auront encore ici du grain à moudre.
D'ailleurs on l'entend déjà depuis plusieurs semaines: "est-ce qu'il ne ferait pas toujours le même film ?".
La question est d'autant plus légitime que - en plus ! - il s'agit ici du septième (et du quatrième consécutif) mettant en vedette son presque alter-égo Johnny Depp.
Et d'ailleurs, bien qu'étant fan des deux, s'il y a quelque chose que je regrette, moi, peronnellement, c'est plutôt ça.
Ce serait quand même bien de voir Depp évoluer dans d'autres univers et Burton essayer de modeler d'autres acteurs à sa patte mais baste...
Pour le reste, la question ne se pose pas tellement ou plutôt se pose autrement.
Il y a certes un univers burtonien (bien que celà même soit réducteur, on devrait plutôt dire "des") mais il est multiple et kaléïdoscopique, fait d'une multitude de couches, de touches, de marques, de couleurs et de signes que le cinéaste se plaît à assembler différement au gré des films pour en faire quelque chose de chaque fois différent... tout en restant, allez, disons... semblable.
Ah oui, certes, il a ses obsessions et ses référents stylistiques.
Mais c'est bien là l'apanage des grands auteurs, non ?
Surtout quand, comme lui, ils les mettent au service de genres différents.
Comics, contes, S.F., horreur, comédie musicale, classique de la littérature enfantine ou, comme ici, série tv.
Et c'est d'autant plus prégnant dans ce film-ci, où le réalisateur signe à la fois un retour à ce qu'il sait faire de mieux (le gothique "flamboyant") et une sorte de film-somme qui lui permet de brasser large, que ce soit dans l'humour, le romantisme, le psychédélisme échevelé, le kitsch outrancier ou la référence ouvertement rock'n'rollienne (avec la complicité d'Alice Cooper himself dans son propre rôle).
Bref, un film qui revisite son univers tant avec maîtrise (direction artistique ultra-léchée, fluidité des cadrages, effets spéciaux "à l'ancienne") qu'autodérision.
Un film qui se permet qui plus est un peu de fond en parodiant les histoires de familles à tiroir et leurs démons tout en égratignant la mode actuelle des films de vampires en intégrant ce nouvel arrivant au bestiaire personnel de son auteur.
Dans le rôle du nosferatu en titre, Johnny Depp, bien que lunaire et décalé comme à son habitude, signe une composition originale et des plus jouissive.
Son maintien, son phrasé et la "désynchronisation" permanente entre son personnage et les us et coutumes du Summer of Love sont d'ailleurs pour beaucoup dans la réussite comique de l'affaire.
Mais il est aussi extraordinairement bien entouré: Eva Green, ensorcelante, Michelle Pfeiffer qui prouve qu'elle a encore de beau restes et Chloë Moretz, impeccable en ado à la fois rock'n'roll et désabusée rajoutent encore à la réussite de ce petit film pétaradant et joyeusement outrancier, dans lequel Tim Burton rend lui aussi hommage à la Hammer, à "La Famille Addams", à Disney ou à son maître Roger Corman.
Tout ça dans un film dont le thême principal est finalement la famille...
Mais alors... Attendez un peu...
Et si "Dark Shadows", en plus d'être drôle et émouvant et d'être un divertissement des plus accomplis, était aussi un peu plus que ça ?
Si c'était un film sur la filiation, sur la transmission...
Un film sur l'héritage artistique...
Et si c'était du coup un film SUR Tim Burton ?
Ce serait à coup sûr la plus belle pirouette de sa carrière.
Ah ben ! Sacré Tim, quand même !
Cote: ***
lundi 14 mai 2012
Nevermore ?
"Twixt" de Francis Ford Coppola (USA); avec Val Kilmer, Elle Fanning, Bruce Dern, Joanne Whalley, Ben Chaplin, David Paymer...
Hall Baltimore, écrivain sur le retour spécialisé dans les romans de sorcellerie, se rend dans une petite bourgade des Etats-Unis afin d'y dédicacer son dernier ouvrage. Entraîné par le shérif local dans une mystérieuse histoire de meurtre dont la victime est une jeune fille du coin, il rencontre - en rêve - le fantôme d'une adolescente prénommée V. Bien vite, il perçoit le rapport qu'il peut y avoir entre elle et le meurtre commis en ville, découvre dans l'ensemble le sujet d'un roman qui pourrait relancer sa carrière et se rend compte que l'affaire présente bien des résonnances avec son propre passé tragique.
Evacuons d'emblée la blague: oui, j'aurais pu intituler ce post "deux doigts coupe-faim". Mais je ne suis pas comme ça, moi, fi ! Je laisse ça à d'autres.
Passé ce préambule ridicule, attachons-nous plutôt à décrire cet obscur et étrange objet filmique qu'est "Twixt" (qui signifie en quelque sorte "In Between", le titre original étant d'ailleurs "Twixt Dawn and Sunrise", littérallemment "Entre l'Aube et le Lever du Soleil", comme ça vous savez tout).
Car qu'est-ce donc que celà ?
Le délire prétentieux d'un quelconque vidéaste comme on n'en fait plus depuis des années ?
Que nenni !
L'oeuvre d'un cinéaste débarassé de ses problèmes financiers et se sentant à nouveau jeune homme et apte à expérimenter comme bon lui semble, quitte à rejouer ses premieres oeuvres ?
C'est plus probable.
Un film pour le moins singulier, en tout cas, c'est certain !
Qui renvoie d'une certaine manière à pas mal de choses dans la carrière de Coppola.
De ses débuts chez Roger Corman ("Dementia 13", pour le côté "film d'horreur baroque") à ses expérimentations post-"Apocalypse Now" (les parties oniriques, dans un noir et blanc somptueux mais parsemé de tâches de couleurs, comme les poissons dans "Rusty James", bien entendu), en passant par cette obsession bien personnelle de la temporalité (il y a ici trois histoires de deuils qui se superposent et, certes oui, ce n'est pas toujours facile à suivre) laquelle renvoie à un drame bien réel, lui (Coppola a lui aussi perdu un fils dans des circonstances tragiques mais n'en disons pas plus).
Ce qui est sûr, c'est que "Twixt", porté à la fois par l'imposante carrure d'un Val Kilmer de plus en plus "hénaurme" et depardieu-esque (mais qui nous rappelle au détour d'une scène face caméra quel grand acteur il peut être) et la grâce presque diaphane de l'émouvante Elle Fanning, est un film merveilleux - dans tous les sens du terme.
Un film bancal et touchant, qui alterne le vaudeville et le tragique, l'épouvante et le suspense, le franchement beau et le presque laid dans une sorte de tourbillon funeste et drôlatique bien à l'image - excessive - de son auteur: un jeune homme de 70 ans qui a retrouvé la joie simple et sincère de faire son métier comme bon lui semble.
Alors même si le vrai sujet du film - les affres de la création - peut sembler poussiéreux et la métaphore un brin épaisse, on ne peut que se réjouir devant tant de liberté retrouvée, devant tant d'énergie...
Et devant un tel niveau de déglingue. A ce point maîtrisée que ça en devient sidérant.
Cote: ***
lundi 7 mai 2012
My Life as a Dog.
"Young Adult" de Jason Reitman (USA); avec Charlize Theron, Patton Oswalt, Patrick Wilson, Elizabeth Reaser, Collette Wolfe, Mary-Beth Hurt...
Ancienne Reine de Beauté du collège d'une petite ville où elle s'ennuyait à mourir, Mavis Gary est partie s'installer à Minneapolis, où elle est devenue l'auteur d'une série de romans pour "jeunes adultes". Alcoolique, solitaire et dépressive, elle s'ennuie à mourir lorsqu'elle apprend que son ancien petit ami de l'époque est devenu papa. Elle décide donc de retourner à la maison afin de le reconquérir. Sûre d'elle et de son pouvoir de séduction, elle ne voit pourtant pas les choses tourner exactement comme elle le voudrait. C'est alors qu'au hasard des bars et des rencontres, elle se met à nouer une étrange relation avec un autre camarade d'école, handicapé et mal dans sa peau...
Jason Reitman est un garçon opiniâtre.
Au fil des films il enfonce avec élégance et persévérance le même clou, celui du portrait tragi-comique de personnages à la dérive et curieusement attachants, sur un mode mélancolique, gris-bleu, particulièrement palpable et réussi ici.
Pour ses retrouvailles avec Diablo Cody, quatre ans après le formidable "Juno", il renoue avec une certaine forme de cruauté post-moderne pour signer une fable acerbe sur la solitude, l'aliénation et l'isolement d'une génération X formidablement incarnée par une Charlize Theron très à l'aise dans son rôle de garce dépressive qui soigne ses gueules de bois à grands coups de Coke Light et tente d'oublier par la méthode Coué qu'elle n'est, comme l'indique le titre qui évoque aussi sa profession, rien de plus qu'une adulte coincé en enfance.
Toujours en adéquation, l'écriture de Cody et la réalisation - efficace - de Reitman, sans jamais chercher le coup de force narratif, évoluent de conserve pour monter en neige une comédie dépressive, "romantiquement incorrecte", quelque part à contre-courant des modes. Et qui, à l'instar de son héroîne, cherche à plaire sans forcément y mettre les (bonnes) formes.
Le début est déroutant, ça se cherche et ça se construit lentement évoluant en une sorte de crescendo mou qui débouche pourtant sur une scène-climax à la fois drôle et bouleversante, qui permet à Charlize Theron, qui porte quand même la majorité du film sur ses épaules, de dérouler un grand numéro.
Celui de la fille narcissique et antipathique pour qui on éprouve quand même une empathie folle.
C'est par moment franchement drôle et toujours touchant, porté en plus, il faut quand même le dire, par une série de situations à fort potentiel émotionnel et un couple de seconds rôles épatants (comme dirait Marc Ysaye): l'humoriste Patton Oswalt et le beau Patrick Wilson (qui porte très bien le pull Jacquard).
Certes, certes, il y a des faiblesses, surtout dans le rythme. Et puis la fin est bancale (et les films qui s'ouvrent et se ferment plus ou moins sur la même scène, ça va, on a donné).
Mais ce film peu aimable qui fait finalement se téléscoper deux types de médiocrités (les beaufs contents de leur sort et les citadins condescendants) en les enveloppant d'un glacis d'humanité mais aussi d'une bonne dose de cynisme réussi un coup de force: celui de n'épargner personne sauf le spectateur qui, en savourant cette rom-com noire et mélancolique, sera le seul à en ressortir gagnant.
Cote: ****
jeudi 3 mai 2012
Nettoyage de Printemps, deuxième partie.
Allez, on brade, on liquide. C'est reparti pour un tour de piste afin de liquider les arriérés et on reprend les affaires courantes non pas avec "Twixt" comme précédemment annoncé ci-contre* mais bien avant toute chose avec "Young Adult" que j'avais honteusement oublié. Shame ! Shame !
Allez, zou !
- "Cloclo" de Florent Emilio Siri (F); avec Jérémie Renier, Monica Scattini, Benoît Magimel, Sabrina Seyvecou...
Oui, bon: Claude François, sa vie, son oeuvre, ses pompes.
Et en long, en large et en travers, hein !
Ca commence avant sa naissance et ça se termine sur son enterrement.
C'est donc long mais on ne s'ennuie pas. On n'a pas le temps.
Parce que "Cloclo" le film - dû au talent du polymorphe Florent Emilio Siri que l'on n'attendait pas là - est à l'image de son sujet: populaire, parfois un peu lourd et kitsch mais surtout diablement efficace.
Une vraie machine de guerre qui emporte tout sur son passage.
Un biopic encore, mais qui a le bon goût de ne pas sombrer dans l'hagiographie. Que du contraire, le film n'hésite pas à présenter Claude François sous des dehors peu aimables: tyrannique, maniaque du contrôle, odieux avec les femmes... ce qui le rend paradoxalement d'autant plus attachant.
Alors, même si on peut le trouver longuet et critiquer certains partis pris (les chansons souvent in-extenso, par exemple), "Cloclo", porté par un Jérémie Renier au mimétisme troublant, est un film solide, très ligne claire, qui arrive à débusquer le drame derrière les paillettes tout en offrant quelques bons moments de pur cinoche.
Cote: ***
- "Les Adieux à la Reine" de Benoît Jacquot (F); avec Léa Seydoux, Diane Kruger, Xavier Beauvois, Noémie Lvovsky...
1789. A Versailles, la jeune Sidonie Laborde, lectrice attitrée de Marie-Antoinette, vis les derniers jours de la monarchie dans une totale désinvolture. Alors que la nouvelle de la prise de la Bastille arrive à la cour, laquelle se vide de ses occupants, elle refuse de croire la rumeur et s'entête à vivre dans l'insouciance à l'ombre de son auguste maîtresse...
Alors là par contre...
Pas grand chose à raconter à propos de cette cul-culterie franco-française ampoulée, sorte d'upgrade rococo du "Marie-Antoinette" de Sofia Coppola mais en râté.
De beaux décors, de beaux costumes (réminiscents de "L'Apollonide" de Bertrand Bonello, d'ailleurs), quelques bonnes actrices et puis c'est tout.
Vide, creux, verbeux, mou-mou et surtout impitoyablement chiant.
Reste Diane Kruger et le fait qu'on évite vaguement l'écueil de la reconstitution trop poussiéreuse grâce à une réalisation qui se veut moderne.
Mais ça n'empêche paas de s'ennuyer ferme.
Cote: *
- "Sur la Piste du Marsupilami" d'Alain Chabat (F); avec Jamel Debbouze, Alain Chabat, Fred Testot, Lambert Wilson...
Dan Geraldo, reporter en quête de scoop et d'un second souffle pour sa carrière, se rend en Palombie sur la piste des indiens Payas. En compagnie de son guide Pablito, roublard escroc au petit pied, il va croiser la route d'un animal jusque-là légendaire: le marsupilami.
Sympathique petite comédie d'aventure, ce "Marsupilami" est un film au charme un peu suranné, qui rappelle les films français du même tonneau produits à foison dans les années 80/90 (avec des noms d'animaux: "Le Léopard", "Le Jaguar").
Du côté Franquin, c'est loupé, Chabat s'éloignant par trop du matériau d'origine et rayon "aventure"... bof...
C'est surchargé, kitschouille et parfois à la limite du grotesque (la scène des hallucinations).
Mais quand on aborde le chapitre comédie, pardon ! L'humour "Nul" fait à nouveau des ravages.
C'est parfois à se pisser dessus de rire, souvent culotté (la scène du chien, amaï !) et faut avouer que Jamel et Chabat ont un sacré abattage (et que dire de Lambert Wilson en Céline Dion à moustaches).
Reste le marsupilami en lui-même. Accessoire, pas forcément très réussi mais se fondant quand même pas trop mal dans le décor environnant.
Mignon à défaut d'être décoiffant.
Cote: **
(* c'est corrigé)
mardi 1 mai 2012
Nettoyage de Printemps, première partie.
Problèmes de PC.
Dépression post-Bifff.
Flemme.
Vous l'aurez compris, comme d'hab' en cette période de l'année je prends du retard, je m'encrouille et je suis obligé de liquider l'arriéré en quelques posts bien sentis avant de reprendre le cours normal des publications.
Dont acte et on y va. En essayant de vraiment faire court cette fois.
- "Possessions" d'Eric Guirado (F); avec Jérémie Renier, Julie Depardieu, Lucien Jean-Baptiste, Alexandra Lamy...
Une bonne reconstitution de l'affaire Flactif ou "Massacre du Grand-Bornand", qui vit un jeune couple dans la dêche faire passer de vie à trépas la famille du promoteur immobilier un peu trop désinvolte qui semblait les balader de châlet pas fini en chambre d'hôtel minable tout en balançant de manière un peu trop ostensible leur bonheur écoeurant à la face de ces gentils beaufs quelque peu serrés aux entournures. Lesquels, navigant de déceptions en humiliations, finirent par leur en tenir rigueur. Jusqu'à passer à l'acte.
Une écriture serrée qui évite de prendre parti, ne rendant jamais aucun des deux couples ni tout blanc ni tout noir, une réalisation soignée et parfois même éblouissante (la scène de la descente aux flambeaux), une tension palpable, de la violence hors champ et une interprétation tip-top (Julie Depardieu est parfaitement odieuse). On pourrait se rengorger et crier, si pas au génie, du moins au grand film.
Dommage néanmoins que, malgré la nette influence chabrolienne, Guirado réduise son sujet à une simple lutte des classes manichéenne tout en forçant le trait d'un barakisme forcené, à l'image d'un Jérémie Renier très Actor's Studio mais peu subtil et presque caricatural.
Cote: **
- "La Dame en Noir" (The Woman in Black) de James Watkins (UK); Daniel Radcliffe, Ciaran Hinds, Janet McTeer, Roger Allam, Liz White...
Un jeune clerc de notaire londonien fraîchement veuf est envoyé dans un lointain village côtier afin d'y régler la succession d'une cliente récemment décédée. Dans son grand manoir étrange et isolé, face à l'inquiétante Dame en Noir, aux secrets des villageois et aux mystérieuses morts d'enfants, il ne va pas tarder à sombrer dans un véritable cauchemar.
Enième avatar de la poussive résurrection de la Hammer (RULES ! oui mais bon...), le film de James Watkins (l'excellent "Eden Lake") réussit à convaincre à moitié.
Une bonne ambiance typique des productions du studio anglais (village isolé, brûme, habitants hostiles, manoir hanté, atmosphère victorienne), de bons effets à l'ancienne culminants lors d'une longue scène à l'intérieur du manoir et un vrai drame humain en filigrane.
Hélas, le rythme est lent et les effets les plus culottés (le suicide des petites filles en ouverture) retombent souvent à cause d'une trop grand propension à se laisser aller au syndrôme du train-fantôme (bien que l'on sursaute vraiment une fois ou l'autre, oui).
Et puis la métaphore sur le deuil et le veuvage est bien épaisse, comme le confirme la scène finale, grotesque comme la plupart du temps dans ce genre de film.
Enfin, au moins Daniel Radcliffe réussit-il avec ce premier rôle "adulte" son examen de passage post-Potter.
Bien mais peut mieux faire.
Cote: **
- "My Week with Marilyn" de Simon Curtis (UK); avec Michelle Williams, Kenneth Branagh, Judi Dench, Eddie Redmayne...
En 1956, Marilyn Monroe débarque en Angleterre pour y tourner "Le Prince et la Danseuse" sous la direction de Laurence Olivier. Elle y vivra une histoire d'amour platonique avec Colin Clarck, jeune asssistant réalisateur de 23 ans.
Dans la jungle des biopics, "My Week with Marilyn" prend légèrement la tangente en empruntant des sentiers un tantinet moins rebattus: ceux de l'anecdote, du micro-événement.
Malheureusement, si Michelle Williams, bien que peu ressemblante, réussit à insuffler un peu de vie à son personnage et à le rendre attachant, voire touchant, on ne peut pas en dire autant d'Eddie Redmayne, qui campe un Colin Clarck figé et peu inspiré (on laissera de côté le cabotinage effréné d'un Branagh souvent à côté de la plaque). Peu aidé par une réalisation très académique, il rend du coup le film plan-plan et d'autant plus inintéressant qu'il s'attache à décrire un non événement, assez singulièrement dépourvu d'enjeu dramatique.
Le reste de la distribution, très classe malgré une Emma Watson scandaleusement sous-employée, fait ce qu'elle peut pour éviter les baillements.
Et n'y réussit pas toujours.
Cote: **
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