dimanche 14 novembre 2010

Le retour des indigènes...

"Hors-la-loi" de Rachid Bouchareb (F/Al.); avec Jamel Debbouze, Sami Bouajila, Roschdy Zem, Bernard Blancan, Sabrina Seyvecou, Jean-Pierre Lorit...

Rescapés des massacres de Sétif et chassés de leurs terres, trois frères quittent l'Algérie et vont dans un premier temps suivre des voies séparées. Messaoud s'engage pour l'Indochine. En france, Abdelkader prend fait et cause pour le mouvement pour l'Indépendance de l'Algérie et Saïd fait son beurre dans les clubs et les trafics louches. Réunis enfin autour de leur mère, les trois frères verront leur destin se mêler inexorablement à celui de leur patrie, en lutte pour sa liberté.

Voila encore un beau film digne. Très digne.
Trop digne sans doute...

Comme corseté, paralysé même devant l'empleur de l'enjeu - ce qui était déjà le cas d' "Indigènes" dont ce "Hors-la-Loi" devait au départ être une suite directe, les aléas du scénario en ayant finalement décidé autrement - Bouchareb livre donc une oeuvre certes concernée, sobre et historiquement passionnante mais poussiéreuse, comme engoncée dans son sujet et, du coup, bien trop froide pour réellement passionner.

Ca manque de souffle et de lyrisme. Et ce genre de sujet en demande, justement.
La réalisation est extrèmement académique, sagement illustrative, on pourrait même dire plate.
Et le tout donne un peu l'impression de regarder l'histoire se dérouler derrière une vitre, comme dans un musée.

Voire de regarder un fort bon téléfilm.

Bien sûr, "Hors-la-loi" est ce qu'on appele un film "nécéssaire" et cela que l'on adhère ou non au point de vue du réalisateur.
Et c'est bien là le problème: en dehors de nous apprendre des choses (ce qui est déjà beaucoup, je vous l'accorde) le film n'apporte rien - et ce malgré l'embryon de controverse qu'il a pu susciter lors de sa projection à Cannes - tant on se sent peu concerné par ses enjeux et surtout par les tenants et aboutissants de ses personnages.

C'est d'autant plus dommageable que, sur le papier, ceux-ci sont intéressants.
Celui de Sami Bouajila est très ambigu et donne à voir un aspect pas forcément reluisant de la lutte pour l'Indépendance. Mais par opposition, celui de Jamel par exemple est quant à lui beaucoup trop caricatural, malgré les efforts de son interprète pour lui donner corps, pour ne pas prèter à sourire.

L'autre principal défaut du film réside dans son écriture et surtout dans la qualité de ses dialogues: il est parfois pénible, d'autant que le film est fort verbeux, de voir ânnoner par les acteurs des phrases aussi sentencieuses qu'elles en sombrent régulièrement dans le ridicule.

Bref, l'un dans l'autre, on se demande quand même si, tant qu'à faire, Bouchareb n'aurait pas du forcer dans le naturalisme cynique (mais n'est pas Kechiche et sa "Vénus Noire" qui veut) voire réaliser carrément un documentaire.

Tel quel, "Hors-la-loi", film que l'on devine par contre éminemment sincère, n'est ni fait ni à faire, ni fresque ni film à thèse, ni chair ni poisson.

C'est dommage, oui. D'autant plus qu'on ne s'ennuie pas à sa vision.

Allez... La prochaine fois, peut-être ?


Cote: **

jeudi 11 novembre 2010

Plateau téloche...

A l'occasion de la belle et tant décriée fête de Louween, je me suis donc loué quelques petits films de circonstances...
Passons sur les déjà vus et revus "La Malédiction de la Momie" (bien que HAMMER RULES !) et "Massacre à la Tronçonneuse" pour nous concentrer sur les trois inédits de derrière les fagots qui étaient au programme des réjouissances...

"Malpertuis" de Harry Kümel (B); avec Orson Welles, Susan Hampshire, Mathieu Carrière...

Yarglah ! Je l'ai donc enfin vue ! L'adaptation cinématographique du meilleur bouquin de mon auteur préféré. Des années que je la cherche et elle était bêtement à la Médiathèque. Arf !
Et je suis pas fâché parce que dans le genre couillasserie, ça valait le détour !
C'est à la fois baroque et rococo, kitsch (les couleurs sont superbes, hi hi...), cheap (certains "effets spéciaux" sont dessinés sur la pellicule), complètement barré (mais ça c'est normal) et puis surtout ça a terriblement mal vieilli.
Le scénario prend de belles libertés par rapport à l'oeuvre originale, mais il faut se dire que c'était probablement nécéssaire. La fin, par exemple, est totalement réinventée (et l'idée n'est pas mauvaises, avouons-le). Des pans entiers du bouquin sont passés à la trappe tandis que d'autres sont invraisemblablement tirés en longueur (l'Oncle Cassave met 40 minutes à crever alors que dans le livre ça prend 4 pages mais bon, il fallait sans doute justifier le cachet d'Orson Welles).
Et le tout débouche sur un truc complètement fou fou, surréaliste, décalé, complété par une distribution idoine au gré de laquelle on croise des gens aussi divers que Michel Bouquet, Jean-Pierre Cassel ou carrément Sylvie Vartan (et même un caméo de Johnny Hallyday, tiens) !
Mais avec sa belle ambiance de fantastique onirique "à l'ancienne", ce film de branquignol hyper daté arrive quand même à faire passer de vrai bons moments.
Et ne devrait pas trop faire valser Jean Ray dans sa tombe...

"Eden Lake" de James Watkins (UK); avec Kelly Reilly, Michael Fassbender, Thomas Turgoose...

Où le week-end en amoureux d'un couple de bobos londoniens vire au cauchemar lorsque ils sont confrontés à la bande de bullies locaux.
On m'en avait vanté les mérites mais je ne pensais pas pour autant avoir affaire à une telle bombe. Un vrai concentré de méchanceté brute et sale caché au milieu d'un film de genre.
Parce que c'est ça qui est très fort avec "Eden Lake": on pense être devant un survival classique mais très, très efficace, qui n'ira pas plus loin que les scènes obligées du genre (avec une bonne dose de gore craspec) et on se retrouve au final, et grâce à un twist dont on ne peut évidemment rien dire, en face d'un spectacle bien plus édifiant que prévu, qui met véritablement mal à l'aise et qui pose de surcroit de vraies questions. Sans donner de réponses.
Un film malin, prenant, bien mené et qui finit par délivrer beaucoup plus que ce à quoi on était censé s'attendre. Que demander de plus ?

"Southland Tales" de Richard Kelly (USA); avec Dwayne "The Rock" Johnson, Sarah Michelle Gellar, Seann William Scott...

OK. Tout bien compris. Bien capté pourquoi le second film de Richard Kelly, pourtant auteur de l'ultra culte "Donnie Darko" et du très bon "The Box" est passé à la trappe de la distribution, du moins en Europe, et est même très difficile à trouver en DVD.
Sans blague, j'ai tenu 40 minutes devant cet invraisemblable patchwork de S.F. new age post-apocalyptique qui part dans tous les sens, multiplie les personnages et les sous intrigues jusqu'à l'absurde et la nausée et, surtout, est totalement incompréhensible - tout en donnant paradoxalement l'impression de ne rien vraiment raconter.
Comme en plus, le tout est "porté" par un Dwayne Johnson plus mauvais qu'une légion de cochons corses, vous comprendrez bien que l'engin vire rapidement à l'insupportable.
C'est bien simple: même la présence de Sarah Michelle Gellar en star du porno ne donne pas envie d'aller plus loin.
C'est dire !

mardi 2 novembre 2010

Le bandit au grand coeur.

"The Town" de Ben Affleck (USA); avec Ben Affleck, Rebecca Hall, Jeremy Renner, Blake Lively, Jon Hamm, Pete Postlethwaite...

Doug McRay est le leader d'une bande de braqueurs de Boston. Sans attaches, il ne craint jamais rien, surtout pas la perte d'un être cher. Tout bascule le jour où lui et sa bande prennent en otage la directrice de l'agence qu'ils viennent de braquer. Craignant qu'elle n'ait reconnu l'un d'entre eux, les malfrats décident de la suivre de près. Aussi, lorsque la jolie Claire voit entrer dans sa vie un homme charmant et, somme toute, rassurant du nom de Doug, l'attirance et finalement la romance prennent-elles le pas sur la méfiance et le trauma.

Sec - pas comme un coup de trique non plus, n'exagérons pas - racé, nerveux, sobre et en fin de compte carré comme les bonnes vieilles machoires bien épaisses de son auteur - Ben Affleck, "The Town" est un film de genre couillu et de bonne tenue, dans la lignée de son prédécésseur, le déjà fort bon "Gone Baby Gone".
Qui pêche aussi malheureusement par les mêmes travers et finit, comme lui, par échouer à quelques encâblures de ce qui aurait pu en faire un "grand" film.

En l'espèce, ce polar mâtiné d'une bonne dose de mélodrame sans pathos (ou si peu, allez, un chouïa, sur la fin...) reste un film solide et bien madré, qui se regarde sans ennui ni déplaisir, avec même ce petit plus qui le distingue des productions lambda, passe-partout, juste bonnes à voir en DVD le dimanche soir.

Un petit plus qu'il doit à un scénario agréablement charpenté, à une réalisation idoine (à savoir d'une sobriété et d'une classe indéniable car dépourvue de tape-à-l'oeil), à des scènes d'action que n'aurait peut-être pas renié un Michael Mann et surtout à un équilibre assez impressionnant entre celles-ci et les scènes plus intimistes, plus mélodramatiques, celles de la relation entre les deux principaux protagonistes.
De celles qui rendent l'ensemble globalement plus humain, moins glâcé que "Gone Baby Gone" ne pouvait l'être.

Bien sûr, tout n'est pas parfait, loin de là.

Sur deux heures, le rythme est parfois un peu lâche et inégal, compliqué par des sous-intrigues pas toujours nécéssaires.
La fin (après le dernier braquage, époustouflant !) est totalement incohérente et too much...

Et puis, surtout, on a beaucoup de mal à calculer le brave Ben en chef de bande.

En dehors de cette évidente erreur de casting - Benichou aurait sans doute gagné à ne pas quitter son siège de réalisateur et à confier le rôle à quelqu'un d'autre, de plus sec, de plus physiquement et moralement "marqué" - "The Town" fonctionne à plein rendement dans son double registre de film policier classique et de drame sentimental, bien aidé qu'il est par une distribution de seconds rôles par contre, elle, unanimement excellente.

De Rebecca Hall, très juste, à Blake Lively, méconnaissable, en passant par un Jeremy Renner qui confirme tout le bien que l'on pouvait penser de lui dans un registre "chien fou" pas très éloigné finalement de celui d'un Michael Shannon (dont nos équipes vous parlaient tout récemment), on peut dire que ça dépote.

Il faut donc se rendre à l'évidence: tout cela semble confirmer que l'aîné des frères Affleck ferait peut-être bien de se concentrer sur son nouveau boulôt de réal, au détriment d'une carrière d'acteur quand même jusqu'ici fort en demi-teinte...

Et, par delà, que ce "The Town" old school est un spectacle ma foi fort réussi, qui parvient en plus à ne jamais ennuyer.

Et comme en plus il constitue une amélioration évidente par rapport au premier opus de son néo-réalisateur... hein...

On peut même presque dire qu'on attend la suite...



Cote: ** (mais bien tassées).

lundi 25 octobre 2010


Mad Cows and Englishmen.

"Tamara Drewe" de Stephen Frears (UK); avec Gemma Arterton, Luke Evans, Dominic Cooper, Roger Allam, Bill Camp, Tamsin Greig...

Tamara Drewe a des jambes interminables. Tamara Drewe a le nez refait. Tamara Drewe est inconstante. Tamara Drewe a un coeur d'artichaut. Tamara Drewe est journaliste dans la presse people. Tamara Drewe n'aurait pas beaucoup de jugeotte (quoi que...). Tamara Drewe, la londonienne typique de ce début de XXIème siècle, est de retour dans le village de son enfance pour faire restaurer et revendre la maison de sa mère, récemment décédée. Et Tamara Drewe va bien malgré elle (bien que...) semer la pagaille dans cette petite communauté rurale et surtout dans le "gîte pour écrivains" géré par le romancier à succès local et son épouse fort terre-à-terre...

Dites-donc, dites-donc...

Qu'en voila une bien jolie surprise...

Et dire que j'ai failli passer à côté.
Pas que j'y soit allé avec des pieds de plombs en me disant que ça n'allait ressembler à rien (faut pas pousser, dans ce cas-là je n'y serait pas allé du tout, chuis pas payé pour voir les films, non plus).
Mais bon... Ca ne me disait qu'à moitié, allez.
Et puis, un beau jour, par désoeuvrement, n'ayant rien d'autre à me mettre sous la rétine, je me suis laissé faire, sur le thème du "boh, ça ne peut pas être mal" et autre "bah, Stephen Frears quand même" et tralalala...

Et bien m'en a pris.
Très bien même, car "Tamara Drewe" est un fort joli et fort plaisant petit film.
Tout ce qu'il y a de british dans le sens le plus positif du terme, évoquant même de ci, de là, les mânes d'un "Quatre Mariages et un Enterrement" ou d'autres pépites Working Title, par exemple.
Joyeux, primesautier, brillament écrit et dialogué, mis en scène avec finesse et élégance et interprété - évidemment, ils sont anglais - par des Rolls Royce.

Mais qu'on ne s'y trompe pas.
Derrière toute cette apparente légèreté se cache en fait une critique féroce et assez politiquement incorrecte de notre société, ou plutôt du genre humain en général avec ses hauts et ses bas, ses mesquineries mais aussi ses grandeurs, à travers un portrait au vitriol (oui, bon dilué dans une bonne dose de thé quand même) de nos petites vies.
Portrait brassé au pluriel, à travers tous les âges, toutes les possibilités, tous les choix et toutes les résignations qui les composent, ces vies.

Et comme c'est fait avec une spontanéité, un souffle et une fraîcheur somme toute assez revigorante, eh bien, il est évident que l'on se laisse prendre au jeu, au gré de rebondissements tantôt vaudevillesques, tantôt quasiment "policiers" d'un scénario à tiroirs qui ménage aussi son lot de portes qui claquent.

Finalement assez labyrinthesque, ou plutôt rebondissant de situation en situation, le scénario, que l'on croirait écrit pour être celui d'un "bon" Woody Allen, se paye le luxe d'une narration éclaté, ayant la bonne idée de se servir de Tamara non pas comme d'une héroïne mais comme d'un fil rouge et d'utiliser en deus ex-machina, tirant les ficelles dand l'ombre, deux petites pestes écervelées, Tamara Drewe en devenir, qui sont finalement celles par qui le scandale arrive. Réellement.

A la fois acerbe et léger, tragiquement drôle et drôlement mélancolique, incroyable de maîtrise et de précision sous ses dehors de film "mineur", porté de main de maître(sse femme) par une Gemma Arterton brillantissime - à mille lieues de ses clowneries de type "Prince of Persia" ou "Le Choc des Titans 2.0" - bien aidée il est vrai par un reste de distribution idoine (mention spéciale quand même à la jeune Jessica Barden, qui ira loin), ce "Tamara Drewe" que l'on croyait négligeable s'affirme donc comme une des toutes bonnes surprises du moment.

Qu'on aurait tort de négliger.



Cote: ***

jeudi 21 octobre 2010


Interlude.

99 % de la planète s'en tape dans les grandes largeurs mais bon pour le pourcent restant (mille fois moins que ça, à mon avis), voici une mire pour patienter jusqu'à ce que j'aie de nouveau le temps de m'y mettre, c'est à dire pas avant la semaine prochaine (lundi je mets en ligne la critique de "Tamara Drewe", promis juré).

Je sais que c'est devenu une habitude cette année mais bon, c'est comme ça.

Donc, en attendant, biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiipppppppppppppppppppppppp............ et à très bientôt.

mardi 12 octobre 2010


Hello, world, I'm your wild girl !

"Les Runaways" (The Runaways) de Floria Sigismondi (USA); avec Kristen Stewart, Dakota Fanning, Michael Shannon, Scout Taylor-Compton, Stella Maeve, Ali Shawkat...

Los Angeles, 1975. Joan Larkin, qui préfère qu'on l'appele Joan Jett, rencontre le producteur Kim Fowley, lequel lui présent Sandy West, batteuse de son état. Quelques jours plus tard, Fowley recrute la toute jeune Cherie Currie. Ensemble, elles forment les Runaways, le premier girls-band de l'histoire du rock. Ch ch ch ch ch ch Cherry Bomb !!!!!!

Le truc avec ce film sur les Runaways c'est de savoir si je l'ai apprécié, aimé, même, parce que j'étais déjà fan du groupe - et de Joan Jett en particulier, bien entendu - Maman ! - ou plutôt en raison de ses qualités intrinsèques (comme un coup de trique, je vous en prie)...

Eh bien, en fin de compte et tout bien réfléchi, je dirais qu'il y a un peu des deux. Même si évidemment pas à parts égales.

Mon intérêt pour le groupe, les personnalités qui le composaient, la musique et l'époque l'emportent bien évidemment sur le reste.
Mais le film en lui-même n'est pas dénué d'intérêts, loin s'en faut.
D'intérêts cinématographiques, s'entend.

Car du côté de l'histoire et de son déroulé; même si l'on colle au parcours des protagonistes et de leurs petites histoires (en particulier celle qui liait les deux patronnes, et de près, s'il-vous-plait bien), le truc risque plus d'intéresser le fan d'histoire du rock, même au sens large, et de passer quelque peu par dessus la tête du néophyte.

Mais bon, ne boudons pas notre plaisir.
Ce "Runaways" s'adresse à un public ciblé (dont je suis) et se tient de ce fait à un cahier des charges pour le moins balisé ?
Très bien. Qu'il en soit ainsi !

Du coup, oui, pour le spectateur lambda, rien ici qui ne dépasse ce que l'on peut trouver dans n'importe quel autre biopic rock de type "Doors", par exemple (et encore !).
On est loin aussi, très loin même, d'exercices de style à la "Velvet Goldmine" ou "I'm Not There"...

Mais pour l'amateur, malgré la forme un peu classique, que du nanan.

Certes, "Les Runaways" est plutôt un film gentillement illustratif, voir "explicatif". Du genre qui raconte sa petite histoire de manière linéaire tout en n'oubliant pas de passer en revues toutes les scènes "obligées" du genre (sex and drugs and rock'n'roll, par là...).

Mais c'est bien ficelé, enlevé, bien réalisé pour un premier film (la réalisatrice est au départ chorégraphe), même si ça trébuche parfois sur un montage pour le moins chaotique et que ça pêche un peu par excès de gros plans...

La photo automnale de notre compatriote Benoît Debie ("Calvaire") rajoute une touche ado/arty que n'aurait pas renié Gus Van Sant et l'on peut même dire que le film recèle son petit lot de morceaux de bravoure (le générique de début, le show de Cherie sur "Lady Grinning Soul", le riot gig le pétage de plombs en studio et surtout la scène sidérante ou Joan Jett et Kim Fowley improvisent "Cherry Bomb" dans la caravane/local de répète)...

Et puis bien sûr, il y a la B.O. qui envoie le bois et pas qu'un peu !
Outre les Runaways et Joan Jett (oui, oui, les pingouins, il y AUSSI "I Love Rock'n'Roll" !), on y croise Slade, Suzi Quatro, David Bowie, les Stooges ou les Pistols... Soit QUE de la très bonne compagnie !

L'interprétation de ce film naïvement féministe par omission et/ou par soucis de réalisme historique (à part Kim Fowley, en gros, pas l'ombre d'un mâle et c'est très bien comme ça) est également et heureusement à la hauteur: Kristen Stewart et Dakota Fanning (le film, adapté d'un bouquin de Cherie Currie, s'attarde essentiellement sur le duo-phare, les trois autres, à l'exception de feu Sandy West, étant presque reléguées au second plan), à mille lieues de leur répertoire habituel et sucré, font de véritables étincelles.
Quant à Michael Shannon, dans un rôle par contre taillé sur mesure, il prouve si besoin en était qu'il est bien un des nouveaux Grands Fêlés du Paysage Hollywoodien...

A l'arrivée, un petit film, peut-être, mais attachant, presque touchant, même, qui une fois visionné donne quand même fort envie de s'enfermer dans une cave pour boire des bières et jouer du putain de rock'n'roll !

Ce qui en soit est déjà une bonne chose, non ?

California Paradise !

Ch ch ch ch ch Cherry Bomb !!!!

Oh et puis merde: I LOVE ROCK'N'ROLL, putain !

Comme ça c'est dit !



Cote: **

mercredi 6 octobre 2010


Tordus, les Damnés de la Terre !

"Le Dernier Exorcisme" (The Last Exorcism) de Daniel Stamm (USA); avec Patrick Fabian, Ashley Bell, Louis Herthum, Iris Bahr, Caleb Landry Jones, Shanna Forrestall...

Prètre médiatique et pour le moins "spectaculaire", à la limite du télévangélisme, le Révérend Cotton Marcus a construit une partie de sa carrière et de sa fortune sur des "exorcismes" qu'il avoue lui-même bidons. Dégoûté et fatigué par cette pratique, il décide de la dénoncer. Pour ce faire, il engage une équipe de télé (ou de cinéma ?) pour filmer ce qui sera son Dernier Exorcisme et, par ce biais, dénoncer toute la charlatanerie de l'entreprise: gadgets, trucages, manipulations... Sans imaginer une seconde que sa dernière "patiente" pourrait bien être possédée pour de bon !

Alleeeeeeeeeeeeeeeeiiiiiiiiiiiiiii, wéééééééééééééééééiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!!!!!!!!!!!!!

Avouons-le d'entrée: dans la cohorte de cornichonneries post-"Blair Witch", films d'horreur de type "lost tapes" ou faux documentaires que nous avons eu à subir ces dernières années et dont "Paranormal Activity" constitue en quelque sorte le mètre-étalon (en matière de non-film il n'y a peut-être que le "2" qui sort bientôt qui pourra faire plus fort ET ENCORE !); ce "Dernier Exorcisme" n'est certainement pas le pire, loin de là !

Et pourtant, ce n'est rien de dire que ce n'est pas un bon film (ici aussi: loin s'en faut !).
Ca atteint même à certains moments des sommets de connerie et d'indigence à peine croyables (la fin, bordel !).

Maaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiis (si j'étais payé au caractère je te dis pas comment je ferais péter les pétro-dollars, ici, Madre de Dios de Notre-Dame de Mon Cul !), mais, mais, mais mais mais...

MAIS !

Mais cette zieverderaa de quand même assez costaud calibre se trouve avoir malgré tout deux beaux avantages sur - ou "par rapport à..." - ses innombrables concurrents !

Le premier c'est que sa structure narrative, pleine de rebondissements de type "où veulent-ils en venir exactement ?" ("C'est vrai ? C'est pas vrai ? C'est elle ou pas ? C'est lui ? C'est pas lui ? Non ???? Ce serait quand même pas ça ? Ils n'ont pas osé ! Ah si... Ah non... Ah bon.") lui donne un côté vraiment intrigant et finalement plein de suspense.

Dommage qu'évidemment la résolution ne tienne absolument pas les promesses de l'ensemble. Et ce n'est encore juste rien de le dire encore, savez-vous ! Awel, santeï !

Le second atout réside dans le fait que, pour une fois, et tout en se la jouant intelligemment "low-fi" même dans les passages obligés (voix d'Outre-Tombe* et contorsions démoniaques, ce genre...) - sans doute aussi faute de moyens mais baste - le néo-réalisateur réussit à poser une ambiance à la limite de la flippette.
Ce qui, dans ce genre de film, est non seulement le but recherché mais aussi - et surtout ! -suffisamment rare pour être souligné.

Enfin...

Tout ça c'est dans la première partie...

Première partie dont le côté pour une fois presque vraiment réaliste - ne serait-ce une fois de plus ce tic de l'image qui tremble en caméra portée pour faire "vraiment documentaire" alors qu'on ne voit justement JAMAIS CA dans un documentaire digne de ce nom, bordel de frites en cornets ! - est renforcé par la qualité du jeu des acteurs, tous inconnus comme il se doit.

Pour le reste, on enquille aussi par la suite tous les passages obligés, clichés, poncifs et passe-moi le dictionnaire de synonymes, du film d'horreur lambda et poussif de type train-fantôme (portes qui claquent, lit qui bouge, n'en jetez plus, la cour est pleine) et les invraisemblances factuelles - on quitte le faux docu pour entrer de plein pied dans le domaine du champ/contre-champ, de la musique illustrative et des effets spéciaux cheap - d'un film qui montre assez vite les limites de son concept.

Enfin... "Concept"...

Jusqu'à aboutir, presque logiquement pourrait-on dire, à ce final grand-guignolesque et d'un ridicule consommé, sommet de pignolade kitsch où fusionnent dans une sorte de partouze filmique de série Z somme toute assez pénible à l'oeil des trucs aussi divers et variés que "Rosemary's Baby", "Les Enfants du Maïs", "Les Vierges de Satan" (Hammer POWA !!!!!) et le "Blair Witch" originel en un brouet-signature-cumulet confondant de consanguinité cinématographique.
Une consanguinité presque touchante tant elle est finalement branque.

Soit, à l'arrivée, un monstre de cinéma de genre difforme et baroque, à la tête avenante et au cul atroce, que l'on pourra sans doute un jour remater en ricanant lors d'une invraisembable soirée DVD/pizzas/bières.

Beaucoup, beaucoup de bières...


Cote: *

(* et pas d'Outre-Quiévrain, ça c'est dans "Bienvenue chez les Ch'tis", putain de vanne de MERDE !!!!)