mercredi 25 août 2010


L'art de la charade à tiroirs.

"Inception" de Christopher Nolan (USA); avec Leonardo DiCaprio, Marion Cotillard, Joseph Gordon-Levitt, Ellen Page, Ken Watanabe, Cillian Murphy...

Cobb est passé maître dans l'art du vol et de l'espionnage industriel. Mais pas n'importe lequel. Sa spécialité, c'est de s'introduire dans les rêves des gens pour y découvrir leurs secrets les plus intimes. Ce faisant, il a gagné en notoriété et en réputation mais a aussi perdu le principal: sa vie et ceux qui lui étaient chers. Pour les récupérer, il accepte une ultime mission. Une mission quasiment irréalisable. Car pour la réussir, il devra parvenir à la manipulation suprême: réussir une inception ! C'est à dire non pas subtiliser le rêve d'un tiers mais réaliser l'exact inverse: implanter une idée dans son esprit ! Et parvenir au crime parfait !

Et si cette fois-ci on le tenait ?

Si "Inception" était enfin le premier, vrai, chef-d'oeuvre - à part entière, oui oui, d'un bloc d'un seul - d'un cinéaste que l'on tenait à l'oeil depuis longtemps, qui nous avait fourni jusque là des films intéressants, passionnants, foisonnants, bluffants, même, pour certains, mais qui manquaient toujours de ce petit quelque chose, de ce je-ne-sais-quoi...
Ce je-ne-sais-quoi qui aurait pu les faire basculer définitivement de l'autre côté du miroir.
Du bon côté de la Force...

Car Christopher Nolan, on le savait déjà, est un esthète de la réalisation, un styliste monstrueux, capable comme il l'a prouvé par le passé avec "Le Prestige" ou ses deux "Batman", de mettre en place de véritables monstres visuels à l'esthétique tétanisante.

Il est aussi, souvent associé à son frère, un scénariste roublard et intelligent, toujours très à l'aise quand il s'agit de torcher des univers retors, fonctionnant à plusieurs niveaux et multipliant les twists et les rebondissements (voir ici du côté de "Memento", "Insomnia" ou de son premier, "Following").

Il est enfin un faiseur ultra-habile - ici dans le sens noble du terme, si tant est qu'un tel sens existe - passé maître dans l'art d'allier technique, plastique, efficacité, divertissement, suspense... dans ce que l'on pourrait qualifier de "blockbusters intelligents".
Une sorte de Saint-Graal du cinéma moderne; ce qui le place d'emblée en tête d'une génération de cinéastes à suivre (parmis lesquels Snyder, Fincher, etc.), fers de lance d'une véritable nouvelle "école" cinématographique.

Néanmoins, jusqu'ici, tous ses efforts, pour admirables qu'ils fussent, n'avaient aboutis qu'à de presques réussites, des quasi chefs-d'oeuvre (lesquelles feraient sangloter de jalousie contrite n'importe quel tâcheron lambda, il est vrai mais baste ! Là n'est pas la question).

Certes, le gaillard s'était approché fort près du soleil - chacun de ses précédents efforts constituant à force d'améliorations successives une sorte d'étape vers la réalisation ultime.
Réalisation ultime que pourrait bien être - et notons bien ici l'usage du conditionnel - cet "Inception".

Car, oui, le film réussit, malgré certains écueils et quelques maladresses, à conjuguer tout les qualités éparses citées plus haut.

C'EST un film visuellement sidérant, à vous arracher les yeux de la tête, bien servi par des effets spéciaux ("à l'ancienne" et usant finalement fort peu des CGI, en plus) qui, pour impressionnants qu'ils soient (la scène à Paris !) ont le bon goût de n'être point trop envahissants et de se mettre au service du film - et surtout de l'histoire.
Que dire également du découpage et de la notion de "temporalité", si ce n'est que - surtout sur la fin - elle constitue ici un modèle à montrer dans les écoles de montage ?

C'EST aussi un film au scénario admirablement travaillé, découpé, à la structure d'une finesse rare et dont la construction, toute en mise an abyme - rêve dans le rêve du rêve dans le rêve - est propre à donner littéralement le tournis, voire le vertige.

Et, oui, C'EST - enfin ! - un blockbuster diablement efficace, qui ménage son lot de suspense - la demi-heure finale ressemble à une remontée d'apnée - de pétarades et de rebondissements (même si la partie enneigée pêche peut-être par excès de jamesbonderie).

Alors, oui (encore !), bien sûr, il y a quelques longueurs et toute la partie "sentimentale", pour essentielle qu'elle soit au déroulement de l'histoire, plombe un tant soit peu le récit et l'alourdit d'une déplaisante couche de guimauve.

Mais ces légers bémols ne parviendront pas à entâcher le C.V. d'une future pièce maîtresse de la S.F. moderne, qui fait se téléscoper "Matrix" et Philip K. Dick avec une classe et une maestria rarement démenties.

Pièce maîtresse qui se paie qui plus est le luxe d'un casting haut de gamme, au sommet duquel trônent Leonardo DiCaprio, Ellen Page, Joseph Gordon-Levitt et Ken Watanabe.

Lequel casting achève de donner à "Inception" des allures de petit classique en devenir.

Oh ! Et après tout... Pourquoi "petit" ?


Cote: ****


dimanche 25 juillet 2010


On the road encore...

"Tournée" de Mathieu Amalric (F); avec Mathieu Amalric, Mimi LeMeaux (Miranda Coclasure), Dirty Martini (Linda Maracini), Julie Atlas Muz (Julie Ann Muz), Kitten on the Keys (Suzanne Ramsey), Evie Lovelle (Angela de Lorenzo)...

Joachim Zand, producteur télé à succès avait tout plaqué à l'aube de la quarantaine pour aller refaire sa vie aux Etats-Unis. De retour en France, il tente sa chance avec une tournée de strip-teaseuses "New Burlesque" à qui il fait miroiter le rêve parisien. De ville en ville, de TGV en hôtels miteux, la petite troupe dynamite la grisaille quotidienne par ses frasques, ses numéros hors du commun et son attitude bigger than life. Mais hélas, le fantasme parisien vole en éclat après que la trahison d'un ami ait fait perdre à Joachim la salle où ils étaient censés se produire. Contraint de laisser les filles continuer seules, le manager monte à la capitale afin de trouver une solution. Quitte à rouvrir de vieilles plaies, à raviver de vieilles rancoeurs.

Mathieu Amalric est décidément un homme précieux. Et cela à bien des points de vues.

Acteur d'exception, omniprésent actuellement dans le paysage cinématographique français - à la manière d'un Kad Merad, oui, si on veut, mais dans un tout autre registre - et internationale (d'aucuns se souviennent essentiellement de lui pour avoir été le méchant du plus récent James Bond mais il fût aussi de "Munich" ou de "Marie-Antoinette"), multi-primé; à Cannes ou aux Césars (trois à ce jour dont deux en tant que Meilleur Acteur, ce qui n'est quand même pas rien), il vient donc ses derniers jours se rappeler à notre bon souvenir porteur d'une tout autre casquette - jusqu'ici plus discrète - celle de réalisateur...

Discrète, oui.

Tellement discrète, même, que deux de mes bons camarades pourtant avertis (pour ne pas dire cinéphiles, le mot serait trop fort) et qui plus est fans du bonhomme, ignoraient tout de cette activité.
Faut dire aussi que ces trois - oui, trois ! - précédent efforts en la matière* n'avaient pas non plus pulverisé les plafonds du box office - et ce n'est là rien moins qu'un délicat euphémisme.

Gageons que, même si sa nature et sa facture même ne le destinent probablement pas à faire les grandes heures du prime time de TF1 et donc à rencontrer un fier et franc succès public, il en ira néanmoins autrement pour ce nouvel opus, qu'un opportun Prix de la Réalisation cannois aura au moins eu le mérite de mettre sur la carte, comme on dit.

Et c'est plutôt tant mieux, bien sûr, car le nouvel Amalric-réalisateur est un film étonnant et attachant, qui fait souffler un vent de fraîcheur salvateur pétri de sensualité made in USA sur le cinéma d'auteur français.
Une sorte de road-movie (ou plutôt de train-movie, après tout) mélancolique qui dessine habilement en filigrane de petites histoires drôles et touchantes, infiniment humaines, qui se cachent derrière les - brillants ! - numéros de cabaret de ces dames.
Des protos-intrigues, des mini-rencontres, quelques fulgurances dont la générale et rutilante réussite emballent le tout dans un manteau de générosité qui achève de vous faire chaud au coeur...
La scène de la station-service, celle du supermarché ou de l'hôpital, autant de vignettes alliant poésie, humour et insolence qui relèvent singulièrement le goût de ce cocktail étrange mais enivrant, dont la recette ne se livrera pas si facilement qu'on le croit.

Evidemment, les Dirty Martini, Mimi LeMeaux et autres Kitten on the Keys, dans leur propres rôles et aux commandes de numéros dont on ne soulignera jamais assez l'excellence, sont les véritables - et troublantes - stars de ce film, véritable plaidoyer pour l'abolition des frontières entre les sexes.
Mais il ne faudrait pas pour autant laisser au bord du chemin le Amalric-acteur, campant avec finesse ce faux organisateur dépassé par les événements, dont l'apparent manque de contrôle sur le fil des choses résonne comme une métaphore de son propre cinéma.

Un cinéma hors norme comme le prouve assez bien ce conte surréaliste et foutraque qui au final - et malgré l'une ou l'autre baisses de rythme - se vit assez intensément.

Jusqu'à son coda optimiste et abrupt. De ceux qui impressionnent durablement la rétine.


Cote: ***

samedi 10 juillet 2010


Fous ta capuche !

"Robin des Bois" (Robin Hood) de Ridley Scott (USA); avec Russell Crowe, Cate Blanchett, William Hurt, Max von Sydow, Mark Strong, Oscar Isaac...

Au tournant du XIIIè siècle, Robin Longstride, archer dans l'armée du roi Richard Coeur de Lion, rentre de croisade pour voir son souverain mourir lors du siège d'un chateau français. De retour en Angleterre après avoir usurpé l'identité d'un chevalier défunt il se retrouve à Nottingham où il ne peut que constater l'étendue de la corruption qui ronge le pays, gouverné par le prince Jean, despote plus concerné par son enrichissement personnel que par le bien de son peuple. Trouvant une alliée en la personne de Lady Marianne, Robin rentre alors en résistance dans un royaume qui plus est menacée par les vues expansionnistes du souverain français.

Allez, courage !

Avant de passer à des films bien plus intéressants (en commençant par le très estimable "Tournée" de l'ami Amalric), expédions la seconde partie de ce dyptique sur les blockbusters à propos desquels il n'y a rien ou du moins pas grand chose à dire...

Encore que, ici, le problème soit différent tant il est vrai que, par rapport à un "Iron Man 2" par exemple, ce "Robin des Bois" somme toute pas honteux du tout - loin s'en faut même - brille au moins par une chose: il est doté d'un vrai point de vue, d'un véritable "angle d'attaque".

Ce qui est quand même déjà pas mal, faut bien l'avouer.

Car en effet le film de Ridley Scott se présente assez curieusement comme une préquelle à l'histoire du bandit au grand coeur.
Une sorte d'introduction, de prologue, qui s'arrête là où la plupart des autres films sur le sujet (de ceux de Douglas Fairbanks à celui de Kevin Costner en passant par ceux d'Errol Flynn, de Sean Connery ou par la version animalière de Walt Disney) ne font que commencer.

D'où la drôle d'impression, pendant une bonne partie de la chose, d'assister tout à fait à une autre histoire, même si celle-ci est parsemée de bornes bien reconnaissables (Petit Jean, le frère Tuck, le shériff de Nottingham...).
Et c'est bien évidemment cette approche pour le moins singulière qui fait le sel de cette énième adaptation de la légende, pour le reste à ranger dans la catégorie des films d'aventures "classiques mais efficaces".

Alors oui, c'est sûr, on ne s'ennuie pas.

Car il faut bien avouer que quand il s'agit de donner dans la fresque épique et la cavalcade chevaleresque, Ridley Scott est loin d'être la dernière des fillettes.
Et puis, le film contient suffisamment de retournements de situations, d'intrigues de cours, de méchants complotant dans les coins et autres traitres infâmes pour tenir en haleine pendant ses deux bonnes grosses heures et vingt minutes compactes et bien tassées.
Que la reconstitution d'époque est convenable (et que la vision que l'on donne de l'époque semble finalement plus accurate - quoi que* - que dans pas mal de productions du genre - même si cela reste somme toute et avant tout de la bonne grosse et épaisse sousoupe américaine).
Et que l'interprétation tient la route même si le brave Russell est un brin monolithique et que Cate Blanchett est obligé de faire avec ce qu'on lui donne, soit un personnage de "mère-courage" (c'est une façon de parler) somme toute bien caricatural.
Le compte étant à aller chercher dans les seconds rôles (un von Sydow cabot, un Mark Strong itou et surtout la paire Danny Huston/Oscar Isaac qui fait des étincelles dans "le" rôle de la fratrie ennemie Richard Coeur de Lion/Jean sans Terre).

Bref bref, l'un dans l'autre un spectacle estival sympathique et estimable qui revisite un mythe de façon honorable et qui divertit sans coup férir à défaut de fournir un vrai, grand moment de cinéma, de ceux que l'on pourrait qualifier d'inoubliables.

Mais comme après tout on ne lui demandait rien d'autre, hein... Voili voilou, c'est déjà très bien comme ça.


Cote: **


(*oui, "quoi que"... Après tout l'action de la légende d'Hereward l'Exilé, sans doute à l'origine de celle de Robin des Bois, se situe quand même un bon siècle avant les règnes de Richard Coeur de Lion et de Jean sans Terre. Bref...)

lundi 28 juin 2010


L'apologie du vide.

"Iron Man 2" de Jon Favreau (USA); avec Robert Downey Jr., Gwyneth Paltrow, Don Cheadle, Scarlett Johansson, Mickey Rourke, Sam Rockwell...

Tout le monde le sait désormais: Tony Stark et Iron Man ne font qu'un. Malgré la pression gouvernementale, l'industriel fantasque refuse de mettre son armure à disposition de l'armée. Avec à ses côtés Pepper Potts, sa secrétaire désormais PDG de Stark Entreprises et son compagnon James Rhodes, il va devoir composer avec son alcoolisme galopant, le lourd héritage de son père... Ainsi qu'avec de nouveaux ennemis. Et de nouveaux alliés.

Oui, je sais, on me le reproche assez: je n'écris plus. Du moins plus assez, pas assez souvent...

Mais que voulez-vous ?
Passé la panne post-Bifff, me voila confronté à un autre problème; le manque de matière.
L'indigence des sorties récentes est indéniable (il y a bien vaguement "Greenberg" ou "Brooklyn's Finest' mais... bof...).
Et le blocage s'étend même au contenu: les rares films que j'aie vus "récemment" (ça aussi, ça reste un grand mot) ne m'inspirent rien ou pas grand chose.

Ainsi en est-il de cet "Iron Man 2".

Car enfin, voila.
Je n'ai rien contre "une partie de gros bras avec bourre-pifs et trompettes" (pour paraphraser Eric Libiot dans une récente chronique), mais de là à tartiner trois pages sur un énième film de super-héros - fût-il de la volée d'un "Iron Man" - il y a un pas que je franchirai pas...
Ou plus...

Enfin... Quoi que...

Certes, on me l'avait vendu comme une sombre bouse et on n'en est pas là.
Du tout.
C'est même un honnête divertissement, pas mal ficelé même si bourrin, avec son quota de scènes à la con (la malette-armure est assez chiadée, de ce point de vue là), de combats parfois poussifs (le duel final, pour une fois tout sauf too much), ses effets spéciaux ad-hoc et ses seconds rôles itou.

Le scénario, censé mettre en relief l'alcoolisme de Tony Stark et son incapacité à gérer sa double identité passe un peu à côté du sujet, malgré quelques beaux efforts.
Robert Downey Jr., dont je suis fan, on finira par le savoir, en fait moins que dans le premier, ce qui, paradoxalement, déssert le personnage (on ne peut pas en dire autant de Mickey Rourke, hilarant à force d'être en roue libre).
Gwyneth Paltrow et Scarlett Johansson sont beeeeeelles (et les galipettes de la seconde valent leur pesant de violettes, il faut bien le dire).

Bref, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes et le film - trop long comme tous les films de super-héros - déroule son petit cahier des charges sans honte ni éclat particulier, tout en assurant ce qu'il devait assurer.
Soit, comme je le disais plus haut, un honnête et robuste divertissement des familles qui n'enthousiasme ni n'ennuie particulièrement et qui aura finalement ce curieux mérite: avoir réussi à me faire broder sur du vide pour en fin de compte torcher cette critique elle aussi ni meilleure ni moins bonne - et surtout pas vraiment plus courte - que les autres.

Comme quoi, dans le monde des super-héros aussi, tout arrive...


Cote: **


(PS: deux scènes special geeks annoncent les prochaines productions Marvel et en particulier le choral "Avengers": le bouclier de Captain America dans le labo de Tony Stark et la découverte du marteau de Thor en séquence post-générique)


jeudi 3 juin 2010

Heroes and Icons...


(Jack Lemmon - 1925/2001)

mercredi 2 juin 2010


3-4... Remonte chez toi quatre à quatre...

"Freddy, les Griffes de la Nuit" (A Nightmare on Elm Street) de Samuel Bayer (USA); avec Jackie Earle Haley, Rooney Mara, Thomas Dekker, Katie Cassidy, Kyle Gallner, Connie Britton...

Depuis quelques temps, les ados de Elm Street sont hantés par un même cauchemar: un homme au visage atrocement brûlé, vêtu d'un pull vert et rouge, coiffé d'un vieux chapeau, une main gantée munie de lames plus effilées qu'un rasoir, les poursuit dans leurs rêves... Les poursuit... Et les tue...

Mille milliards de pommes de terre frites !

Les aminches, là, pour le coup, on en tient un et un beau !

Du lourd ! De l'épais ! Du sauvage...

Un truc en or qui assure déjà sa place dans le Flop 5 de fin d'année.
D'entrée de jeu, oui ! Et alors qu'on n'est même pas en juin !

Parce que pour détrôner cette bouse, il va falloir faire fort et se lever bien avant l'aube !
A vos réveils, les amis !

C'est bien simple: à moins d'une sortie dans l'année d'une terrifiante séquelle de l'imparable "Paranormal Activity" (ce qui est loin d'être improbable, en plus. Tremblez, carcasses !), voire de "La Momie 4" ("Rise of the Aztec" ! Si ! Actuellement en pré-production !), je vois mal ce qui pourrait battre cette trace de fond de slip au classement général de la pire croûte annuelle certifiée Nanarland du plus ultime remake/reboot...

Remake/reboot, oui, car il y a ici un peu des deux, mon pauvre neveu...

Ni un vrai remake, ni une vraie relecture.
Le cul entre deux chaises, empruntant à l'original comme à ses suites, plaçant pif paf des scènes "classiques" (le gant dans la baignoire, par exemple) au milieu d'un gloubiboulga cosmique prétendant relire le scénario de l'original de Wes Craven à l'aune d'un recentrage "pédophilique" aussi douteux que dans l'air du temps.

Evidemment, le truc c'est que, à part ces quelques errances maladroitement "back to roots", eh bien... il ne se passe rien...

Et c'est bien là le principal problème de ce film qui recycle qui plus est à l'envi des bribes d'histoires glânées tout du long de la saga (dans une sorte de résumé, qui, adossé à l'absence de résultats de la chose au box-office U.S. nous fait au moins espérer que nous ne sommes pas à l'aube d'une interminable franchise...)

C'est lent, mou, terne, concon (l'humour inhérent au personnage tombe ici généralement comme une bille de plomb au fond d'un seau en zinc: plonk !) et globalement fort mal interprété par une bande de post-ados qui, à l'exception vague de Rooney "La Soeur de..." Mara, font ce qu'ils peuvent pour qu'on ne les regrette pas trop lorsqu'ils passent de vie à trépas.

Alors, oui, allez, c'est assez bien mis en images par le néo-réal Samuel Bayer (ééééééééééééévidemment issu du milieu du clip - et non du moindre puisqu'il est l'auteur de celui de "Smells Like Teen Spirit", de Nirvana).

Mais au-delà de ça (et des effets spéciaux minables qui renvoient à l'épisode 3, celui réalisé par Chuck Russell, qui passait déjà, à l'époque, pour le plus "Walt Disney" de la bande) ?

A part ça ?

Rien.

En dehors du beau maquillage et de la belle interprétation du toujours formidable Jackie Earle Haley (plus à l'aise dans les scènes de flashback, c'est à dire paradoxalement sans maquillage, cela dit) - qui ne fait malgré tout pas oublier celle de Robert Englund, pour toujours Freddy dans nos coeurs et dans notre inconscient collectif: rien !

Du vide, du caca...

Une pluie de merde épaisse sur nos souvenirs eighties...


Cote: °

mardi 1 juin 2010


Born to be free !

"Mammuth" de Gustave Kervern et Benoît Delépine (F); avec Gérard Depardieu, Yolande Moreau, Isabelle Adjani, Miss Ming, Benoît Poelvoorde, Anna Mouglalis...

Serge Pilardosse, la soixantaine, équarisseur serain, atteint l'âge de la retraite. Malheureusement, pour toucher celle-ci, il lui manque des points; certains de ses anciens employeurs ne l'ayant pas déclaré ou ne lui ayant pas fourni les papiers ad-hoc. Sous l'impulsion de sa femme, Catherine, il enfourche sa moto - une Mammut - et part à la recherche de ses fiches de paie disparues. Bientôt, alors que Serge est rattrapé par son passé, sa quête administrative se transforme en road-movie identitaire et initiatique...

Nos camarades grolandais Kervern et Delépine continuent donc avec ce quatrième opus à creuser opiniâtrement leur singulier sillon dans le paysage cinématographique français, y apportant pour le coup un vent de fraîcheur non négligeable, tant il est vrai que, pour imparfaits qu'ils soient, leurs films ne ressemblent à aucun autre...

Et c'est bien là la principale qualité et le principal intérêt que l'on peut trouver à leur travail: son originalité, son côté unique et farouchement hors des sentiers battus et rebattus d'un certain cinéma.

Mais cette singularité à tout crin finit aussi paradoxalement par déforcer le propos et par leur jouer des tours presques pendables...

Car, à force de vouloir à tout prix la carte du poétique et/ou déjanté, de l'anarchie chaotique et/ou du volatil éthéré, les deux compères, comme dans leur précédent effort - plus, beaucoup plus même que dans leur précédent effort ! - "Louise-Michel", quand même autrement tenu, finissent par accoucher d'une oeuvre qu ressemble plus à une succession de saynettes, voire de sketches (qui doivent sans doute encore beaucoup à Groland, d'ailleurs), forcément inégaux, qu'à un véritable film.

Oh, bien sûr, il y a une belle idée de départ, mais elle se délite progressivement dans un scénario malheureusement trop flou qui se construit de scène à climax en scène à climax.
Trop pour que l'on puisse dire qu'il tient entièrement la route, en tout cas.
Du coup, à partir d'un moment, le film se perd et se dilue dans une sorte d'athmosphère virant au "tout poétique" qui lui fait accuser un gros coup de blues et vrai coup de mou vers le milieu.

Reste alors le squelette, la structure primale, construite sur une accumulation de scènes dont certaines, malheureusement, tombent un peu à plat.

D'autres, bien entendu, sauvent la mise: certaines très drôles (l'entretien d'embauche avec Bouli, la scène du parlophone, le pot d'adieu, le dialogue avec Siné, le restaurant...), d'autres carrément anthologiques (la déjà célèbre scène de la branlette...), qui auront tôt fait de faire accéder "Mammuth" au statut de petit film-culte.

Le casting - impressionnant - est globalement impeccable avec, à son sommet, aussi monstrueux qu'impérial, un Depardieu magnifique, qu'on aura rarement vu aussi inspiré - tour à tour drôle et émouvant - qu'ici, surtout ces derniers temps...

A ses côtés, Yolande Moreau et Isabelle Adjani (dans un rôle épisodique mais primordial) sont tout aussi magistrales.

Les autres, de Nahon à Annegarn (et à l'exception notable de Poelvoorde et Mouglalis, au rôle quand même plus étoffé) se contentent de passer, à la limite du caméo.

La réalisation de Kervern et Delépine, moins freestyle que par le passé mais toujours caractérisée par ce "gros grain" qui lui sied si bien, finit de donner à cet atypique road-movie un cachet hors du commun, à la fois doux et rêche, rugueux et vaporeux.
Un cachet qui leur va bien.

Inégal et attachant, un bel OVNI qui à au moins le mérite de proposer quelque chose de neuf.

De neuf et de différent...

Oui, mais, voilà... Pour combien de temps encore?

Longtemps, j'espère ?

Ben oui, quand même, je crois qu'on espère tous.


Cote: ***