mardi 13 avril 2010


Bifff 28: Jour 4.

Où l'on passe une soirée bien plus calme que dans tout le reste de la capitale, visiblement...

Alors qu'à Bruxelles la réalité dépasse la fiction (deux braquages mortels, une fusillade et une émeute, tout ça en une seule journée, bel effort !), à Tour et Taxis le calme règne en maître, du moins en dehors de l'écran.

Rien à signaler ce soir, une fois encore serait-on tenté de dire, même pas le moindre petit invité à se mettre sous la dent - ou la rétine, c'est selon. Vivement demain qu'on recroise ce bon vieux Uwe Boll, tiens !

En attendant, tout ça nous permet en fin de compte de nous concentrer sur l'essentiel: les films !

Allez, zou ! Envoyez !

6. "Giallo" de Dario Argento (I).
On m'avait vendu ce 17ème opus du croque-mort ritalien comme étant - et de loin ! - la pire chose qu'il nous ait torché jusqu'ici.
Mouais, à vérifier, dans la mesure où je garde quand même un souvenir pénible, voire douloureux, d'objets filmiques du genre "Syndrôme de Stendhal" ou "Fantôme de l'Opéra", sans parler de sa récente "Troisième Mère" (bien que, dans ce cas précis, le brol était tellement barré qu'il en devenait drôle, voire culte).
Ce qui est sûr et certain, en tout cas, c'est que c'est de loin - de très loin, même, là - le plus con.
Le scénario (le premier que le bon Dario n'ait pas écrit lui-même, soit dit en passant, mais est-ce vraiment une excuse ?) et les dialogues sont d'une stupidité abyssale.
Un truc qui confine au mystique !
Ce qui les rend involontairement drôles, il est vrai, mais bon, ça ne suffit pas à sauver le brol non plus, faut pas charrier !
Le moment où le flic (péniblement joué par un Adrien Brody qui n'en peut plus de faire n'importe quoi ces derniers temps) révèle son trauma à l'héroïne (Emmanuelle Seigner, mon... Dieu ... !) est un véritable sommet de gaudriole cinématographique comme il en a rarement été atteints.
Pour le reste, cette énième variation sur le thème du serial-killer censé rendre hommage au genre, si pas créé, en tout cas popularisé par le croquemitaine transalpin (le "giallo" du titre, faut suivre), se contente d'aligner les poncifs du genre, une ou deux scènes gores limites "minimum syndical" et de belles invraisemblances pour aboutir à un final abrupt et absurde qui n'arrange rien.
Pas plus que le maquillage ridicule de Brody, qui joue également le rôle du tueur (sous pseudo-anagramme: Byron Dreida), d'ailleurs.
Grotesque, on vous dit.

Cote: *

7. "Heartless" de Philip Ridley (UK).
Philip Ridley, en fin de compte, c'est un peu le Terrence Malick du fantastique.
Même rigueur, même ambition et, surtout, même rythme effréné de production !
Trois films en vingt ans ! Qui dit mieux ?
Personne.
Mais bon, force est d'avouer que le gaillard sait y faire et que ça vaut à chaque fois la peine d'attendre.
Quinze ans ou presque après "Darkly Noon", donc, voici venir ce "Heartless" urbain et londonien (ce qui change radicalement des bois et des champs de l'Amérique profonde auxquels nous avaient habitué les deux premiers films du garçon, il est vrai).
L'histoire tarabiscostée d'un jeune photographe qui voit apparaître des démons dans les rues de l'East End. En gros.
Parce que ça va évidemment beaucoup plus loin que ça et c'est ça qui est bien.
Le scénario est extrèment retors, inventif et original.
Pas mal confus, par moment, aussi (faut un peu suivre, donc), mais, de rebondissements en retournements, finit toujours par retomber sur ses pattes.
C'est finement observé, parfois touchant, souvent drôle (l'intervention d'Eddie Marsan en "Homme des Armes" ou toute la scène avec le jeune prostitué sont réellement hilarants) et très soigné au niveau de la symbolique.
Visuellement, la patte inimitable de Ridley est là et bien là, avec ses filtres et ses couleurs saturées (sans compter beaucoup de scènes impliquant du feu, une de ses marques de fabrique).
L'interprétation du jeune Jim Sturgess achève de donner une vraie émotion à un film intrigant qui, sans quelques longueurs et une musique ultra-envahissante, aurait bien mérité, lui aussi, le titre de "petit chef d'oeuvre"...

Cote: ***

Demain: "Kanikosen", "Cold Souls" et "Rampage".
Mardi: "Thirst"

lundi 12 avril 2010


Bifff 28: Jour 3.

Où l'on se prend une première bonne claque...

A part la jolie petite chanson entonnée par l'austère Ole Bornedal et sa charmante fillette, rien à dire de particulier sur cette troisième soirée.

Si ce n'est que, la fatigue inhérente à la fête de la veille aidant, j'ai failli renoncer à venir. Mal m'en aurait pris, puisqu'après une première partie de soirée en demi-teinte, le deuxième film (celui du danois susnommé) c'est révélé être la première sensation de ce Bifff 2010 !

4. "Ondine" de Neil Jordan (IR).
On commence en douceur avec ce conte irlandais romantique et atypique (ce n'est finalement pas vraiment un film fantastique) qui joue subtilement du mythe de la sirène pour mieux nous embarquer vers d'autres rives (kolossal jeu de mots !)
En gros l'histoire d'un pècheur irlandais qui ramène une jolie fille dans ses filets et se persuade qu'elle est une sorte de créature féerique ou mythologique...
C'est très doux (sauf sur la fin), très joli, admirablement bien réalisé (certaines images sous marines valent leur pesant de cacahouètes et le changement de style final est finement amené) et solidement porté par Colin Farrell et la charmante Alicja Bachleda.
Dommage que ce soit par moment trop lent.
Beaucoup trop lent !

Cote: **

5. "Délivre-nous du Mal" (Fri Os Fra Det Onde) de Ole Bornedal (DK).
"Les Chiens de Paille" version scandinave ! Rien de moins.
Ou l'histoire de deux frères que tout oppose, l'un ayant brillament réussi, l'autre tout râté. La réussite du premier est jalousée par le second et ses potes, une bande de fin de races alcoolos et nationalistes. Un incident entrainant la mort de la femme de l'homme fort local, ancien militaire devenu patron de la principale industrie du coin, va faire ressurgir toutes les rancoeurs et précipiter tout ce microcosme dans une sorte de surenchère dans la violence qui culminera lors du siège de la maison du frère aîné.
C'est sur que Bornedal ne nous avait pas habitué à ça avec des films comme "Dina" ou "La Remplaçante".
Ici, c'est du brutal, du dur, de l'implacable. Bien que revêtant les atours d'une série B et ne se départissant quasiment jamais d'une sorte d'humour à froid (sauf sur la fin, évidemment), le film n'épargne rien au spectateur qui, tétanisé, assiste impuissant à cette montée en puissance d'une violence sourde et parfois difficilement soutenable (la scène du viol est assez carabinée).
Véritable réfléxion sur la nature du Mal, tel qu'il peut-être présent en chacun de nous, "Délivre-nous..." est aussi une merveille de cinéma, magnifiquement réalisée, montée et photographiée, bénéficiant d'une structure diaboliquement efficace, d'un travail sur le son impressionnant et d'une distribution de belles tronches de vikings telles qu'on n'en n'avait plus vue depuis longtemps (sans compter la belle Lene Nystrom, la chanteuse d'Aqua, dans l'uns des rôles principaux).
Bref, l'un dans l'autre, un petit chef-d'oeuvre venu du froid qui peut difficilement laisser indifférent.

Cote: ****

Demain: "Giallo" et "Heartless".
Mercredi: "Kanikosen", "Cold Souls" et "Rampage".

Bifff 28: Jour 2.

Où l'on se tape d'entrée de jeu les premiers retards...

Ambiance des grands soirs en ce deuxième jour avec l'avant-première mondiaaaaaaaaaaaaaaale de l'adaptation d'Adèle Blanc-Sec, de Tardi, par le vilain Besson.

Lequel vilain était là en personne (pour ne pas dire en chair - ah ah ! - et en os), accompagnée par la jolie Louise Bourgoin et le moins joli Jean-Paul Rouve (la première chantera le premier couplet de "Dominique" - pour faire "belge", j'imagine - avant d'entamer un triste trio avec ses compères, massacrant pour l'occasion 15 secondes de "Michelle" des The Beatles. Bref, tout ça pour ça...)

Tout ça quoi ?

Eh bien la file, interminable (jamais vu autant de monde au Bifff), le kidnapping des gsm (d'où re-file à la sortie pour les récupérer), l'arrivée du Gros Luc entouré de ses gardes du corps (misère !) et donc le retard subséquent et le début de la projection du deuxième film avec une bonne heure de retard... Parce qu'en plus on a eu l'exceeeeeellente idée (surtout que cette année, en plus, il n'y a plus de navettes) de mettre la présentation des candidats au concours de body painting tout les soirs avant le film de 22 h.

Ah la la...

Ah oui...
Et à part ça, cette année il y a un nouveau présentateur. Un djeuns qui parle djeuns pour faire djeuns.

Seigneur !

2. "Les Aventures Extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec" de Luc Besson (F).
Du bon, du gros, du Besson. Du qui a coûté bien cher et ça se voit (décors, costumes, reconstitution d'époque, effets spéciaux, maquillage), du bien consensuel , formaté pour plaire à tout les publics, du parfois lourdaud, surtout niveau "humour", du, a contrario, trop léger, surtout par rapport au matériau d'origine (vocation "tout public" oblige), du qui brasse large, aussi, pillant bravement "Indiana Jones" ou même son propre "Cinquième Elément".
Bref, du gros divertissement des familles, gras, épais, gluant mais qui se laisserait regarder avec un certain plaisir coupable, ne serait-ce la fin, complètement ridicule.
Mais bon, allez, au moins ne s'ennuie-t-on pas.
Et puis La Bourgoin est très convaincante dans le rôle-titre, croyez-le ou non.

Cote: **

3. "Survival of the Dead" de George A. Romero (USA).
Romero ne sait faire que des films de zombies ? Oui, eh bien, là pour le coup, ce serait peut-être bien qu'il passe à autre chose parce qu'à force, il s'essoufle, pépère...
Ce sixième "installement" (comme disent les amérikis) dans sa série des morts-vivants - après le par contre excellent "Chroniques... " est vraiment plus que moyen. Filmé comme une série B des années 70, curieusement mollasson et faisant finalement passer les zombies au second plan (c'est un comble !) ce "Survival..." se traine douloureusement tout du long, déroulant une pénible histoire de rivalité inter-familiale - sur une île - qui renvoie curieusement aux "Rivaux de Painful Gulch", la BD de Morris - les nez et les oreilles en moins.
Le gore est là, mais parcimonieux, l'humour exsangue et la critique sociale trop en filigrane pour vraiment attirer l'attention.
Bref, on attend de voir si ça ira mieux au prochain épisode...

Cote: ** (Pour certaines scènes gore, cote "spéciale Bifff", ça va sans dire).

Demain: relâche.
Dimanche: "Ondine" et "Délivre-nous du Mal".

Bifff 28: Jour 1.

Où l'on se fait une rentrée plan-plan...

Rien ou en tout cas pas grand chose à dire sur ce premier jour de festival si ce n'est que je suis à la bourre dans mes comptes rendus.
La faute en incombe à ma fameuse fête d'anniversaire, samedi dernier, qui m'a bouffé beaucoup de temps et d'énergie, m'empêchant de poster ici à heure et à temps.

Mais bon, l'un dans l'autre, pas beaucoup de changement ou de péripéties lors de l'ouverture de cette 28ème édition, si ce n'est un discours inaugural encore plus involontairement drôle que d'habitude (pour cause d'abscence de pupitre obligeant le Delmotte à jongler avec ses feuillets et son micro, sans parler des sous-titres sous-titrant le flamand en flamand et le français en français - pour les malentendants, sans doute).

En bref, autant passer tout de suite au vif du sujet:

1. "The Fourth Kind" d'Olatunde Onsunsanmi (USA).
Curieux fillm d'ouverture que ce brol inconnu au bataillon (bien que visiblement disponible sur le Net depuis des mois), réalisé par un anonyme et sans véritables stars au générique (oui, parce que Milla Jovovich, hein...).
Un brol S.F. tarte à la crème et bâclé que l'on pourrait résumer par "Paranormal Activity" + "La Prophétie des Ombres" = un très mauvais épisode de "X-Files"...
Une histoire d'enlèvement (d'abduction, donc) par les extraterrestres dans une bourgade de l'Alaska qui joue la carte vériste en enfonçant le clou du "basé sur des faits réels" et en mélangeant la fiction à de soi-disant images d'archives totalement bidons (et surjouées par des acteurs mauvais comme des cochons).
Le truc c'est que, plutôt que de faire avancer le schmilblick, le réal se contente de monter en parallèle, en split screen, la même scène...
"Documentaire" d'un côté et "fiction" de l'autre.
D'où une question permanente: mais enfin, à quoi bon ?
Comme en plus c'est très, très mal réalisé (à part l'un ou l'autre effet inutile genre "ciels à la Coppola"), on s'emmerde vite malgré une ou deux scènes qui, on l'avouera, font quand même sérieusement sursauter.
Mouais...

Cote: *

Demain: "Les Aventures Extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec" et "Survival of the Dead".
Samedi: relâche.

dimanche 4 avril 2010


Et les momrats ?

"Alice au Pays des Merveilles" de Tim Burton (USA); avec Mia Waskikowska, Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Crispin Glover, Anne Hathaway, Alan Rickman...

Alice, bientôt 20 ans, est demandée en mariage par un jeune noblion qui ne lui plaît pas. Lors de la garden party organisée à cette occasion par leur familles respectives, elle croit voir filer un lapin blanc dans les buissons. Intriguée, elle fuit la fête, poursuit l'animal et finit par tomber dans un trou. Après cette chute vertigineuse, la voila de retour au Pays des Merveilles. Un Pays des Merveilles forcé de vivre depuis quelques temps sous le joug despotique de la terrible Reine de Coeur...

Avant toute chose, expédions en vitesse le chapitre consacré à la 3D.

Car, oui, "Alice..." était bel et bien le tout premier film que je voyais sur ce nouveau "support" (si l'on excepte le dernier quart d'heure de "La Fin de Freddy" et l'expérience malheureuse d'une "Etrange Créature du La Noir" télévisuelle. Mais ce n'était pas du tout le même genre de 3D, il faut bien le dire).
Et bien, pour tout vous dire, je n'ai été que moyennement impressionné.

Peut-être était-ce dû au film en lui-même qui se prètait moins à la technique - il paraît que, de ce point de vue-là, "Avatar" était d'un tout autre tonneau - mais je m'attendais à être beaucoup plus secoué que ça.

Pas que je ne l'ai pas été du tout, hein...
Non, il y a des moments réellements étonnants - paradoxalement plus dans les petits détails que dans les grosses scènes spectaculaires qui ont visiblement été tournées pour mettre en valeur le système, d'ailleurs.
Mais bon, ça reste l'un dans l'autre beaucoup moins tarazimboumant que prévu - même si c'est très chouette.
Un peu comme croire que l'on monte sur la Space Mountain pour se retrouver au dernier moment embarqué sur le Petit Train de la Mine.

Mais à part ça, foin de considérations techniques, on peut heureusement dire, car c'est bien là l'essentiel, que le film en lui-même est une belle réussite.
On pourrait même avancer - allez, n'ayons une fois encore pas peur des comparaisons ni des superlatifs - qu'il s'agit là du meilleur Burton depuis "Sleepy Hollow" (mon préféré et donc le meilleur de tous en ce qui me concerne).

La première grande force de cette nouvelle adaptation, c'est que Burton, que l'on croyait pourtant né pour porter à l'écran le roman de Lewis Carroll, a avoué n'avoir jamais vraiment apprécié l'oeuvre, qu'il trouvait trop décousue.
Et qu'il lui a donc "inventé" une intrigue (dans le bouquin, Alice se contente de passer d'une aventure à une autre sans qu'il n'y ait vriment de finalité).
Et ça marche !
D'autant plus qu'en dehors de ce tour de magie scénaristique le film reste très fidèle aux péripéties originelles.
Et qu'il se paye le luxe d'être en plus une véritable oeuvre burtonienne, qui recycle toutes ses préoccupations tout en restant fidèle à son univers visuel unique (très "Mister Jack", "Sleepy Hollow", justement, dans le cas qui nous occupe).

Et de ce côté-là, on peut dire qu'on en a largement pour son argent...

C'est magnifique, foisonnant, à la fois sombre et lumineux, toujours ludique, toujours inventif, techniquement très maîtrisé - les CGI et autres motion-captures s'intégrant très bien à l'univers "live" et réciproquement - bref, un vrai régal pour les yeux et pour l'imagination...

La seconde idée de génie étant - et c'est là plus étonnant de la part d'un Burton pourtant peut enclin au commentaire social* - de faire d'Alice non plus une enfant mais une femme, qui plus est "sexualisée" (discrètement, ça reste du Disney, mais quand même) et émancipée.

Ce qui replace le conte dans un contexte sociétal, presque psychanalytique - voire politique - des plus étonnants et des plus passionnants.

De ce point de vue, la performance de la jeune et prometteuse Mia Wasikowska, à la fois enfantine et, passez-moi l'expression, "sévèrement burnée" (ains que celles, azimutées, d'Helena Bonham Carter et d'un Johnny Depp malheureusement un peu trop en roue libre) tire le film vers des horizons insoupçonnés, des recoins sombres dans lesquels se cachent des secrets pas toujours avouables.

Achevant en cela de rendre justice au génie étrange et biscornu d'un livre qu'il serait peut-être bon d'un jour réellement (re)découvrir...


Cote: ***

(* Quoi que. Oui, bon...)

mardi 23 mars 2010


Gothika ! Gothika !

"Shutter Island" de Martin Scorsese (USA); avec Leonardo DiCaprio, Mark Ruffalo, Ben Kingsley, Michelle Williams, Max von Sydow, Emily Mortimer...

1954. Le marshal Teddy Daniels et son équipier Chuck Aule sont envoyés sur Shutter Island, une île du port de Boston abritant un hôpital-prison où sont détenus des malades criminels. Ou le contraire. L'une des "patientes", Rachel Solando, s'est volatilisée. Elle a, semble-t-il, glissé à travers les murs de sa cellule, fermée de l'intérieur. Et ne peut de toute façon pas avoir quitté les lieux... Se heurtant à l'hostilité du personnel médical et pénitentiaire, les deux fédéraux mênent l'enquête.

La surprise est de taille, surtout pour tout qui, comme moi, a lu le bouquin.

"Shutter Island" est donc le Grand Film Gothique de Martin Scorsese ! Son premier film d'horreur, en quelque sorte.

C'est quelque part le prolongement logique du roman de Dennis Lehane (lequel, de "Mystic River" en 'Gone Baby Gone" a décidément de la chance avec ses adaptations cinématographiques), à l'ambiance déjà particulièrement glauque et paranoïaque.

Mais disons que ce qui fait la singularité du film par rapport à celui-ci (Le roman. On suit, allez !) c'est que Scorsese creuse opiniatrement un sillon qui n'est que filigrane dans l'oeuvre originale.

Le transformant du coup en une espèce de film d'horreur gothique et foldingue vraiment flippant et surtout, par endroit, extrèmement déconcertant.

C'est bien simple: il y a des moments où l'on se demande ce que le spectateur lambda - celui qui n'aurait justement pas lu le livre - doit penser de tout ça.
Du moins jusqu'au retournement final.
Car oui, bien sûr, "Shutter Island" est un film à twist(s).
Un vrai, un pur, un dur.
L'un de ceux qui méritent d'être revu, une fois le dénouement connu, pout se rendre compte à quel point il recèle d'a priori insoupçonnables niveaux de lecture...

De ce point de vue, la réalisation discrètement virtuose (ce qui la rend d'autant plus impressionnante) de Martin Scorsese, construite sur un intelligent crescendo, sert admirablement l'histoire en collant à la fois aux obsessions du réalisateur (héros à la limite de la sociopathie, perte de repères, aliénation, quête de la rédemption...) et à la réalité historique (paranoïa, Guerre Froide et mccarthysme sous-jascent).

La première partie, à la direction artistique et à la reconstitution d'époque (jusqu'au jeu des acteurs) monstrueuse, donne carrément l'impression, non pas de voir un film dont l'action se situe dans les années '50, mais bien un film tourné dans les années '50 !

La seconde, qui donne dans la surenchère hystérique et horrifique à grands coups de scènes-choc (les rats, le QHS, la grotte, le phare...), de cadrages baroques et d'inteprétation hallucinée (DiCaprio donne par moment l'impression d'être vraiment devenu fou !), fait basculer le tout dans une sorte de grand cauchemar éveillé dont l'esthétique n'est pas sans rappeller celle du giallo - voire du film d'horreur italien dans les grandes largeurs.

Le tout jusqu'à la conclusion, au cours de laquelle les pièces se mettent diaboliquement en place.

Les acteurs font bien sûr beaucoup pour la réussite de l'entreprise, Ben Kingsley (bien aidé par un rôle "à canne") et le vieux Max von Sydow en tête, réellement inquiétants.
Mais, outre le quasi-caméo glaçant de Ted "Silence des Agneaux" Levine dans le rôle du Mal Incarné (le directeur de l'asile-prison), c'est Mark Ruffalo qui, dans un rôle-clé pourtant nettement moins expensif, presque en retrait, emporte finalement le morceau.

Reste bien sûr à se dire qu'il est malheureux, quelque part, qu'un film pareil arrive si tard, après une cargaison de "Sixième Sens", "Usuals Suspects" et autres... "Les Autres"... (oui, bon...)

Parce que, oui, pour un certain public blasé, le côté "tiroirs" de l'intrigue peut paraître un peu faible et éventé.

Et à regretter aussi qu'il ait fallu une fois de plus rajouter une scène explicative somme toute inutile, pour être sûr que le spectacteur amériki de base comprenne bien tout ce qui se passe (même si la dite scène, bien amenée, n'est pas honteuse en soi).

Mais malgré tout cela, et en dehors de quelques esprits chagrins qui tiennent absolument à voir en "Shutter Island" un Scorsese mineur, le film tient au final sa place dans la carrière de son auteur.

Une place étonnante, atypique, puisqu'explorant un genre jusqu'ici peu ou pas défriché.

Ce qui laisse sous entendre que le brave Marty en garde encore un peu sous le pied, si pas sous le coude.

Et qu'il pourrait continuer à nous surprendre de la sorte.

Et vous savez quoi ?

Eh ben tant mieux !



Cote: ***

lundi 22 mars 2010


Loup, y es-tu ?

"Wolfman" (The Wolfman) de Joe Johnston (USA); avec Benicio Del Toro, Anthony Hopkins, Emily Blunt, Hugo Weaving, Geraldine Chaplin, Art Malik...

L'aristocrate Lawrence Talbot, parti refaire sa vie aux Etats-Unis, est contraint par la mort de son frère de revenir en Grande-Bretagne. Renouant avec son père, perdu de vue depuis la mort de sa mère, et découvrant l'existence de Gwen, la fiancé de son défunt cadet, il apprend également qu'une créature assoiffée de sang rôde dans la campagne environnante et que l'inspecteur Abberline, de Scotland Yard, mêne l'enquête...

Ay, caramba ! Encore râté !

Eh oui, que voulez-vous...

Il faudra quand même bien avouer un jour que, à part les deux "classiques" du genre ("Le Loup-Garou", produit par Universal dont cette... chose... se veut le remake et "La Nuit du Loup-Garou", de la Hammer, avec Oliver Reed) les tentatives de porter la créature poilue à l'écran se sont quand même généralement soldées par de cuisants échecs (laissons de côté le chef-d'oeuvre néo-parodique de John Landis, "Le Loup-Garou de Londres", évidemment, ainsi que la digression bettelheimienne de Neil Jordan, "La Compagnie des Loups" dont l'intérêt se situe bien ailleurs)...

En dehors de ces contre-exemples, on sera quand même bien d'accord pour dire que, de "Van Helsing" à "Full Eclipse" en passant par "Peur Bleue" ou la très, trèèèèès pénible série des "Underworld" (sans compter la scandaleuse séquelle au Landis ci-dessus cité, l'indigne "Loup-Garou de Paris" d'Anthony Waller), le monstre, pourtant l'un des emblèmes du fantastique "classique", aura jusqu'ici été bien mal servi lors de ses néanmoins multiples incursions dans le domaine cinématographique...

Et ce n'est certes pas ce ridicule petit torchon qui viendra renverser la vapeur.

Faudrait que je revoie l'original d'Universal - avec Lon Chaney Jr. - d'ailleurs, entraperçu il y a fort longtemps, je l'avoue, parce que si le scénario d'origine ressemble vraiment à celui de cette bouse, je serai obligé de revoir mon jugement.
Sérieux !

C'est lâche, mou, décousu, plein de trous et surtout bourré d'invraisemblances flagrantes (ou alors c'est un problème de découpage ou de narration, mais, déjà, on a l'impression que l'action tient sur trois jours alors que curieusement il semble faire pleine lune tous les soirs - ce qui est commode, on voudra bien l'admettre, oui, certes, mais bon...)

La réalisation, confiée à ce torcheur de compète qu'est Joe Johnston - après quelques mois, voire années, passées en development hell, le réalisateur d'origine - Mark Romanek - ayant rapidement déclaré forfait - est d'une indigence crasse.

En dehors de la longue scène gothique située à Londres et du combat final, plaisant, il n' y a franchement rien ou si peu à se mettre sous la rétine.
Oui, bon...
Un peu de gore crasseux (et une ou deux scènes de transformation, on y reviendra plus tard).
Le gaillard réussissant même à foirer dans les grandes largeurs la première attaque de la bête dans le camp des bohémiens.
A tel point qu'on se demande si il ne faudrait pas à l'avenir la montrer dans les écoles de cinéma pour expliquer ce qu'il ne faut ABSOLUMENT pas faire si l'on veut qu'une scène d'action soit un tant soit peu lisible...

Point de vue interprétation on est au niveau du sous-cacheton, Anthony Hopkins et Benicio Del Toro se contentant d'ânonner leur texte avec un évident manque d'enthousiasme et de motivation (ces deux types ont été oscarisés, en leur temps) et Emily Blunt faisant ce qu'elle peut avec... ben avec rien.
Passons par charité sur le caméo de Geraldine Chaplin qui, de "BloodRayne" en "Orphelinat" semble confirmer qu'elle a du mal à payer ses impôts ces derniers temps pour ne retenir - et encore, c'est pour dire - que la performance honorable (allez, B - ) de Hugo Weaving dont le personnage d'Abberline fait référence à celui créé par Alan Moore dans "From Hell" (c'est confirmé dans les dialogues, d'ailleurs).
Et puis c'est tout.

Tout cela est faiblard, oui, c'est sûr...

Alors, faisons vite les comptes. Au sommet de ce tas de ruines fumantes, qu'est-ce qui émerge encore, malgré tout ?

Une seule chose.

Mais agréable et de taille !

Les effets spéciaux et les maquillages old school de ce bon vieux Rick Baker.
Qui, en dehors des CGI épuisants de la partie londonienne (sauvée comme je le disais plus haut par le fait que, pour une fois, il s'y passe quelque chose) font la part belle aux anciennes techniques et surtout aux anciens looks.
Qui renvoient plaisamment, bien que bizarrement - le film étant censé être je le rappelle un remake du "Loup-Garou" Universal de 1941 - à "La Nuit du Loup-Garou" de la Hammer (les dégaines des - oui "des", ah ah ! - bestioles faisant furieusement penser au Oliver Reed de l'époque*) et au "Loup-Garou de Londres", voire à "La Compagnie des Loups" déjà cités (les transformations).

C'est peu.
C'est très peu.

Ce n'est même rien face à la globale contre-performance de ce navet sanglant.

Mais au moins ce côté madeleinedeproustesque sauve-t-il, bien que sur la ligne, bien qu' in extremis, ce cornichon "Wolfman" du naufrage total.

Et de se voir décerner un gros zéro pointé.


Cote: *


(* et à Lon Chaney aussi, d'accord. Mais moins, trouve-je)