lundi 12 octobre 2009



La vie et tout le reste...

"Whatever Works" de Woody Allen (USA); avec Larry David, Evan Rachel Wood, Henry Cavill, Patricia Clarkson, Ed Begley Jr., Michael McKean...

Brillant physicien, Boris Yellnikoff semble avoir tout râté dans sa vie: son mariage, le Prix Nobel et même son suicide. Génie incompris et méconnu, il s'est réfugié dans la misanthropie et la solitude. Jusqu'au jour ou Melody, une ravissante idiote en fugue, se retrouve transie de froid devant sa porte. Boris lui accorde l'asile pour quelques nuits. Et, peu à peu, la jeune femme s'installe...

Ce sacré vieux briscard de Woody Allen !

V'la-t-y pas qu'alors qu'on le pensait définitivement installé dans le train-train, voire le ronron, de charmantes petites "dramedys" brillantes mais volatiles, à l'agréable et rassurant parfum désuet, il arrive encore à nous surprendre et à nous prouver qu'il a encore quand même plus d'un tour dans son sac.

Evidemment, la réussite de cette livraison-ci repose quasiment sur une seule chose: le fait qu'elle ait en fait été écrite aux alentours de 1977 (sa période faste et glorieuse, celle d' "Annie Hall" et de ses Oscars) et ait, depuis, attendu son heure, patiemment, assoupie qu'elle était au fin fond d'un tiroir.

Car, en effet, "Whatever Works" fût écrite à l'intention du comédien Zero Mostel, avec lequel Allen venait de tourner "Le Prête-Nom" (de Martin Ritt, une des rares incursions de Woody dans l'univers d'autres réalisateurs). La mort de Mostel avait forcément compromis la gestation du film et avait renvoyé sa mise en chantier aux calendes grecques.

Bien...

Mais qu'est-ce qui a bien pu décider Woody Allen a ressortir ce projet du placard, plus de trente ans plus tard ?
L'auteur lui-même veut que ce soit la découverte du comédien Larry David en qui il a enfin trouvé l'interprête idéal. Le hic c'est que Allen connaissait déjà David de longue date puisqu'il avait déjà tourné pour lui dans "Radio Days" et dans son sketch de "New York Stories".
Et qui plus est, lorsque l'on entendit pour la première fois parler du projet, c'était bien Allen lui-même qui était prévue pour incarner Boris.

Alors quoi: paresses, slaptitude, manque d'inspiration ?
Un peu de tout ça à la fois ?

Probable mon capitaine...

Mais bon, allezz, n'allons pas pour autant bouder notre plaisir, même si la réussite de cet opus aux origines lointaines jette une légère ombre sur les récents efforts de notre new yorkais favori.

Car, revenons enfin à ce que nous disions en préambule, "Whatever Works" est une vraie réussite.
Le meilleur Woody depuis au moins "Harry dans tous ses états", peut-être même "Tout le Monde di I Love You", voire (si !) "Meurtre Mystérieux à Manhattan".

Et mine de rien, ça remonte...

Et pourquoi ça, alors ?

Tout d'abord parce que le personnage central de Yellnikoff, misanthrope sublime, cynique, râleur, merveilleusement imbu de sa personne, se pose d'emblée comme l'un de plus beau personnage du panthéon allenien.
Bien aidé en cela par un interprête qui lui aussi s'impose comme l'un des meilleurs clônes de l'auteur depuis bien longtemps (condition sine qua non à la réussite d'un film de Woody).
Larry David, co-créateur de la série "Seinfeld" et sujet principal autant qu'interprète de "Larry et son nombril" ("Curb your Enthusiasm" en V.O.) s'empare du double fictif de son réalisateur et lui insuffle ce qu'il faut de drôlerie et d'émotion, poussant le vice jusqu'à prendre à son compte les bégaiements et hésitations de son modèle.

Et comme en plus il lui ressemble presque physiquement...

Pour le reste, lui et les autres interprêtes de cette farce tragi-comique (tous parfaits à l'exemple de la décidément étonnante Evan Rachel Wood et du couple Clarkson/Begley Jr. dans le rôle de ses parents) n'ont qu'a se laisser porter par la vigueur retrouvée de la réalisation, pousser par la mécanique scénaristique soigneusement rôdée et à l'efficacité implacable, propulser par la rigueur incisive de dialogues drôlatiques, truffés de métaphores et d'aphorisme cinglants comme Allen n'en n'avait plus écrits depuis au moins quinze ans.

Certes, on pourra aussi reprocher au cinéaste de recycler à l'envi certains des gimmicks les plus usés de sa période "Annie Hall" (le fait que Boris s'adresse régulièrement au spectateur comme le faisait Alvy Singer, par exemple). Mais ces tics sont tout d'abord d'une efficacité confondante et finissent surtout par faire le pont entre le Woody Allen d'hier et celui d'aujourd'hui.
Pour le plus grand plaisir de ses afficionados.

Alors, faisons comme le dit Woody dans ce film potache et réjouissant: sachons reconnaitre le bonheur et le saisir quand il pointe le bout de son nez !

Or, quoi de plus euphorisant qu'un film réussi par un jeune homme de 73 ans qui semble avoir retrouvé la forme alors que l'on pensait qu'il nous avait tout dit ?


Cote: ***



lundi 5 octobre 2009


Chaos Reigns !

"Antichrist" de Lars von Trier (DK); avec Willem Dafoe, Charlotte Gainsbourg...

Un couple en deuil se réfugie dans un un châlet perdu en forêt afin d'essayer de dépasser le traumatisme et de recoller les morceaux. Mais bientôt la nature reprend ses droits, des événements étranges se succèdent... Et tout s'emballe...

Chaos reigns, chaos reigns !

Oui...

Et c'est rien de le dire, misère de misère au Royaume du Danemark !

Parce qu'enfin: qu'est-ce que c'est que ce truc ?

Pour le moins un curieux objet filmique, tenez.
Qui, au-delà du côté intrigant et presque politique de son titre (quoi que...) et du micro-scandale (allez, disons plutôt "brouhaha") qu'il a pu provoquer lors d'un récent Festival qui pourtant en a vu d'autres, tant en matière de sexe que de violence voire même de provoc gratuite (et "Antichrist" c'est un peu tout cela à la fois, oui), à le mérite de donner du grain à moudre aussi bien aux partisans qu'aux détracteurs du danois en kilt.

Et même plus: aux tenants d'un cinéma-divertissement comme à ceux d'un cinéma art-brut.

Et même plus - encore ! - si on y pense...

Mais, non, baste, ne nous embarquons pas non plus dans une thèse de 500 pages (on me reproche déjà suffisament souvent de faire trop long, merci).

Disons plutôt que ce qu'il y a de vraiment bien, avec le film de von Trier c'est que, d'une part, à la manière de certains opus récents de David Lynch, il donne par moment l'impression qu'il y a quelque chose derrière. Que l'on ne voit pas vraiment. Mais que votre cerveau essaye de cerner quand même, vous donnant ainsi la délicieuse impression de tourner à vide, de courir derrière quelque chose qui vous échappe.

Il y a des moments ou la vision d' "Antichrist" nous plonge dans des abîmes de complète perplexité.

Et, ça, c'est franchement agréable, oui.

De la même manière, la véritable trouille qu'il distille par endroits renvoie elle aussi par son irrationalité aux mêmes madeleines cinématographiques. Auxquelles l'on pourrait pour le coup rajouter, de manière plus triviale, des oeuvres telles que "Shining" ou même - et c'est un comble - "Le Projet Blair Witch" !
C'est dire si ça brasse large, oui, et c'est bien là - bien sûr ! -une des faiblesses du film.
En attendant, voila quand même une vraie expérience tripale, d'autant plus impressionnante qu'elle ne se racroche à rien de rationnel, que du contraire.

L'ensemble fais donc d' "Antichrist" une vrai beau momentde cinéma, que l'on aurait envie de qualifier d'ovniesque si l'image n'était pas à ce point rabâchée.

Le corollaire de ce "voyage", pourrait-on dire, se trouve évidemment dans les excès de ce roublard de von Trier dont certaines ficelles sont un peu trop grosses pour ne pas ressembler à de la pure pose et dont certains symboles - gros comme des maisons - font malheureusement retomber l'intrigant soufflé qu'il avait mis au four.

Plastiquement, à l'inverse de ces récentes expérimentations, le film confine au sublime*, renouant avec le côté ultra-maîtrisé et léché de certaines de ses premières oeuvres, "Europa" en tête.

C'est splendide, c'est vrai, oui, c'est là aussi le moins que l'on puisse dire.

Mais ici aussi, hélas, un problème se pose...

Par moment, emporté par son égo, le cinéaste en fait trop, beaucoup trop.
Et pour quelques scènes réellement fabuleuses dans la forêt (qui rappellent effectivement Tarkovski auquel le film est assez logiquement dédié) on doit s'en fader d'autres - telles la scène inaugurale et, pourrait-on presque dire - "fondatrice", dont le clinquant artificiel renvoie presque à l'esthétique d'une pub pour shampooing (mais dans ce cas précis, ça doit être à cause de la douche).

Et tout le film est comme ça.
Oscillant entre vraies audaces et fausse provoc, vista et gros sabots, transe et irritation.
A l'image de son auteur, finalement, à la fois chien fou et sale gosse, cinéaste visionnaire et enfonceur de portes ouvertes.

L'interprétation quand à elle (parce que, oui, ce serait dommage de ne pas en dire un mot) est globalement hors normes; Dafoe et Gainsbourg (visiblement TRES, TRES investie) tout deux à la limite de l'explosion et cassant tout sur leur passage, non-stop ou presque, alors qu'ils sont quand même "seuls en scène" pendant tout la durée du film.

En résumé, au final, un film peu aimable, curieux, bancal, pas clair, peut-être fumiste, peut-être mysogine, sûrement pas assez poli pour être honnête, dont l'on peut comprendre qu'il dérange (certaines scènes sont quand même youplaboum, faut bien l'avouer) mais qui à le mérite indéniable de proposer quelque chose de vraiment différent.

Et, au fond, d'assez passionnant.

Et, oui... Rien que pour ça...


Cote: ***


(*Rien que ça oui ! Allons-y, c'est ma tournée !)

mardi 29 septembre 2009


Oz, un monde extraordinaire...

"Un Prophète" de Jacques Audiard (F); avec Tahar Rahim, Niels Arestrup, Leïla Bekhti, Antoine Basler, Gilles Cohen, Abdel Bencherif...

Condamné à six ans de prison, Malik, 19 ans, ne sait ni lire ni écrire. Il parait plus faible que les autres. Et de fait, il tombe d'emblée sous la coupe d'un groupe de prisonniers corses qui fait régner la loi sur la prison. Le jeune homme apprend vite, s'endurcit et, au fil des missions, gagne la confiance du groupe et de son leader, le redoutable César Luciani. Mais très vite, Malik évolue et se sert de son intelligence pour monter son propre réseau.

Oui, il y a quelque chose de Oz - la série, bien entendu, dans ce "Prophète"...

Dans sa description crue, froide et directe de l'univers carcéral avec ses codes, ses gangs, sa violence. Et avec ce quelque chose en plus, de fantastique, presque onirique, qu'insuffle Audiard. En moins léché, moins "hollywoodien" - moins "télévisuel" aussi, bien sûr.

Quelques chose de "Hunger", le magnifique film de Steve McQueen, aussi.
Dans sa manière d'inclure des séquences presques poétiques où la nature est filmée de manière élégiaque, à la façon d'un Malick, oui, une fois encore.
Ou dans cette façon qu'il a de ménager de longues plages de calme pour tout à coup mieux exploser.

Quelque chose de "Scarface", forcément, aussi, par sa description méthodique de l'ascension d'une petite frappe analphabète et de sa transformation en... quelque chose d'autre...
Pas un caïd, pas un parrain...
Pas un héros, non plus.
Mais un peu de tout ça...
A la seule force du poignet, de la volonté.
Par des mécanismes particulièrement retors et brillants qui le font apprendre sans le montrer la langue de l'autre mais aussi ses techniques, ses forces et ses faiblesses pour mieux le manipuler tout en ayant l'air de lui prèter le flanc.

En celà, le film d'Audiard qui suit le même cheminement que son principal protagoniste, en s'éloignant des prestigieux modèles cités plus haut, en les transcendant même jusqu'à devenir un objet filmique en tout point unique, est admirable.

D'abord parce qu'il tire sa force du fait qu'il échappe en permanence à tout jugement moral, se contentant de montrer, simplement, pour toucher au plus juste.

Ensuite parce qu'entre accalmies - face-à-face à la fois lourds de sens et cousus de non-dits - et soudains éclairs de violence, par ses fulgurances stylistiques (Ah ! La scène des chevreuils qui donne son titre au film !), il laisse le spectateur complètement lessivé mais aussi heureux. Heureux de tant de force et, surtout, de tant d'audace.

Enfin, parce qu'il révèle un acteur, bien sûr, ce Tahar Rahim dont on ne dira jamais assez qu'il porte vraiment le film à bout de bras, mais aussi parce qu'il en confirme un, au talent rare et unique: Niels Arestrup, tout simplement... disons... à tomber par terre.
Et que c'est aussi de leur alchimie que nait le souffle singulier du film.

Pour toutes ces raisons et pour bien d'autres encore, "Un Prophète" se pose sans mauvais jeu de mots en petit miracle cinématographique comme on voudrait qu'il en arrive plus souvent.

D'un autre côté, Jacques Audiard tourne peu et lentement, il peaufine, il pèse, il macère... Il questionne son propre statut et celui de son art, aussi. Il se remet en question. Bref, il sait se faire rare.

Et comme c'est sans doute cette manière de travailler qui l'amène à engendrer des films pareils...

Qu'il continue à prendre son temps.


Cote: ****

jeudi 3 septembre 2009

Heroes and Icons...




(Frank Capra - 1897/1991)

lundi 31 août 2009



Once upon a time, in Nazi occupied France...

"Inglorious Basterds" de Quentin Tarantino (USA); avec Brad Pitt, Mélanie Laurent, Christoph Waltz, Diane Kruger, Daniel Brühl, Eli Roth...

1940. La jeune Shosanna Dreyfus échappe de justesse aux griffes du colonel nazi Hans Landa qui vient de décimer toute sa famille. Réfugiée à Paris, elle refait sa vie en exploitant une salle de cinéma. Quatre ans plus tard, quelque part en Europe, le lieutenant Aldo Raine forme un groupe de soldats juifs américains chargé de mener des actions punitives particulièrement sanglantes envers les nazis. Le destin de ces "bâtards" - chargés d'une mission secrète visant à éliminer les plus hauts dignitaires allemands - et celui de Shosanna, mue en ce qui la concerne par un désir de vengeance beaucoup plus personnel, vont se croiser dans la capitale française à l'occasion d'une avant-première pour le moins explosive.

Oui, pour le coup - et une fois n'est pas coutume - autant se servir directement de la tagline pour mettre les points sur les "i".
Et expliquer d'entrée de jeu que si l'on veut trouver ici de la vraisemblance historique - ou même quelque chose qui ressemblerait de près ou de loin à un film de guerre "sérieux" (quoi que cela puisse vouloir dire) autant carrément passer son chemin.

Car s'il y a bien quelque chose que le grand foutoir guerrier bidouillé par Tarantino n'est pas c'est sérieux, justement.

Au contraire, ça part tellement dans tous les sens, c'est tellement toujours parfaitement branquignol, foutraque, à la limite de la parodie et du burlesque que ça en donne parfois l'impression de regarder "La Grande Vadrouille" avec Brad Pitt.

Mais, aurait-on aussitôt envie de dire (quelle bête expression, oui): et alors, bon sang de bois? Et alors?

Complètement ludique et jubilatoire, "Inglorious Basterds", qui compile pour notre plus grand plaisir le meilleur de Tarantino dans un récit plein et presque fulgurant, d'une grande maîtrise et (par rapport à ses précédents efforts) d'une grande simplicité formelle se présente comme une sorte d'hénaurme montagne russe pop-art devant laquelle il est une fois encore absolument impossible de s'ennuyer.

Mêlant western, film de guerre, comédie pure, mélodrame et film d'horreur avec sa volubilité et sa désinvolture habituelle, Q.T. rend ici un hommage des plus vibrant à sa passion de toujours: le 7ème art.
Et il le fait avec un plaisir tellement communicatif qu'on lui pardonne tout, même les pires excès, même son final pétaradant, même le culot monstre qui l'ammène de manière très potache et finalement aussi très américaine à complètement réécrire l'histoire.

Car oui, bien sûr, ça va jusque là !

Mais le scénario, toujours surprenant, avec ses pleins et ses déliés qui le forcent à quitter des personnages que l'ont croyait cruciaux pour s'attacher à d'autres, apparemment secondaires, sa manière de laisser de côté les chemins balisés pour digresser, mutliplier les intrigues secondaires quasiment à la façon d'un film à sketches - et les dialogues, ébouriffants et certainement beaucoup plus inspirés et moins verbeux que dans son précédent "Boulevard de la Mort", font que l'on s'attache à cette grand-guignolade bigger than life finalement tellement proche de l'image que renvoie de lui son auteur.

Rajoutons à ça* l'un des plus beaux personnages de méchants aperçus à l'écran ces dernières années, interprêté avec une jubilation presque palpable par l'excellentissime Christoph Waltz** (qui donne au passage raison au précepte de ce bon vieil Hitchcock qui veut que plus le méchant est réussi, meilleur est le film) et l'on se retrouve au bout du compte en présence de l'un des plus jolis plaisirs, cinématographiques mais néanmoins coupables, vus en salle depuis...

Oh, depuis belle lurette, tiens !

Et puis, hein, after all, que le premier qui n'a jamais ri au moins une fois, même bourré, même ado, devant "La Grande Vadrouille" me jette la première pierre, Pierre !


Cote: ****

(*ainsi que la plus belle utilisation de "Cat People" de Bowie jamais vue et entendue à l'écran)

(** mentions "très bien" également à Brad Pitt qui se la joue Lee Marvin et surtout à ces dames, Mélanie Laurent et Diane Kruger)

lundi 24 août 2009



Le retour de la braguette magique*.

"Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé" (Harry Potter and the Half-Blood Prince) de David Yates (USA); avec Daniel Radcliffe, Emma Watson, Rupert Grind, Michael Gambon, Alan Rickman, Jim Broadbent...

Alors que l'étau de Voldemort se resserre de plus en plus sur Poudlard, Dumbledore et son jeune disciple Harry Potter tentent de manipuler le professeur Horace Slughorn, qu'il soupçonnent de détenir des informations capitales sur la jeunesse du sorcier maléfique. Mais Harry et ses amis sont également confrontés à des défis bien plus terre à terre: ceux de l'adolescence.

Bon.

Bien.

Nous voici donc confrontés à un défi inédit: chroniquer un Harry Potter.

Car enfin, pour passionante que soit la saga - faut bien l'avouer - que dire sur un film de ce genre, surtout isolé de ses petits frères?
Qu'en dire?
Que dire?
Que dire: que dalle !

Parce que, oui, bon, allez, il est beaucoup mieux que le précédent "Ordre du Phoenix".
Certes, certes...
Mais avouons que ce n'est pas bien difficile vu l'indigence de ce précédent opus, clairement le plus faiblard d'une série par ailleurs globalement d'assez bonne tenue (mention très bien aux épisodes 3 et 4, qui eux surnagent largement).

Mais à part ça?

Eh bien à part ça - trève de digressions et de plaisanteries - pas mal de choses en fait...

D'abord, la réalisation assez approximative du finalement presque novice David Yates semble légèrement se décanter, voire s'affirmer...
Oh, bien entendu, on n'atteindra jamais la cheville d'Alfonso Cuaron et de son "Prisonnier d'Azkaban" mais baste, pour le moment ça fera l'afffaire.
Et même largement, tiens (cfr. les séquences d'ouverture, quand même pas mal inspirées).

Deuxièmement - et c'est d'ailleurs là que se situe tout l'intérêt du film - c'est qu'un bon gros trois quart est assez intelligemment, voire presque subtilement (n'oublions pas que la série s'adresse AUSSI à des ados. Mouarf !) consacré aux atermoiements sexuello-sentimentaux du trio de tête (et plus si affinités voire dommages collatéraux) avec tout ce que cela suppose de bouillonnements, revirements, pleurnichages et sautillements de joie divers et variées (plus quelque scènes de comédie assez réussies, comme celles qui impliquent les philtres d'amour par exemple).

Le tout renvoie de manière assez heureuse au très bon épisode dit de la "Coupe de Feu", qui posait les bases de ces imbroglios... pubertaires.

Au point même de risquer de faire passer l'intrigue proprement dite, pourtant riche en rebondissements et autres retournements de situations celle-là, au second, voire au troisième plan.

Or, et c'est sans doute là que réside la force de J.K. Rowling et de l'armada de scénaristes qui l'adaptent pour l'occasion, il n'en est rien...

Que du contraire, c'est de manière assez souple que les révélations concernant la saga - touffue s'il en est - passent outre ces écueuils narratifs pour livrer un film plus riche et plus intéressant que son terne prédécesseur.

Niveau fantasy, le cahier des charges est quant à lui bien respecté, avec ce qu'il faut d'action, de décors flamboyants et d'effets spéciaux en tout genre, même si en l'espèce un peu moins riches en bébêtes et autres cocasseries "fantastiques".

Pour le reste, et même s'il est parfois traversé d'éclairs d'un humour salutaire, l'épisode 6 se distingue également par son côté beaucoup plus sombre, à l'image évidemment de sa chute, ce qui semble être une tendance chronique - et allant largement crescendo - de la série (ça peut sembler normal à qui a lu les bouquins, mais comme ce n'est pas mon cas).
On en est presque à se demander jusqu'où ça va aller dans le drame (je plaisante... Quoi que...).

Les masques tombent, les révélations pleuvent, des personnages clés disparaissent, d'autre tombent tellement du côté obscur de la Force que ça finit presque par flanquer les jetons....
Bref...
Bref. Eh bien, l'un dans l'autre, peut-être pas le meilleur de la série mais un opus plus qu'honorable, bien qu'un peu longuet.

Tout comme cette chronique, d'ailleurs, dont j'ai quand même fini par me dépatouiller et qu'il est grand temps de clore.

Allez, courage ! Encore deux et c'est fini !


Cote: *** (cotation spéciale "Harry Potter", dans l'absolu ça vaut **)


(*Je sais, je sais... Pardon !)

dimanche 23 août 2009



Dillinger est mort?

"Public Enemies" de Michael Mann (USA); avec Johnny Depp, Marion Cotillard, Christian Bale, Lily Taylor, Billy Crudup, Leelee Sobieski...

Dans l'Amérique de la Grande Dépression, le parcours criminel de John Dillinger, braqueur de banques hors-normes, considéré par J. Edgar Hoover comme l' "ennemi public numéro un" et traqué sans relâche par l'agent fédéral Melvin Purvis.

Ne nous laissons pas déstabiliser par les pisse-froid et considérons d'emblée ce "Public Enemies" pour ce qu'il est.
A savoir un film important pour son auteur, pour son interprète principal et pour le cinéma en général.

En effet, à l'instar de "L'Assassinat de Jesse James..." d'Andrew Dominik, qui revisitait et redéfinissait de manière impressionnante les codes du western, ces "Ennemis..." dynamitent ceux du film de gangsters.
Et donnent à voir en cela ni plus ni moins qu'une nouvelle proposition de cinéma.

L'idée formidable - pour ne pas dire "géniale" - de Michael Mann étant de nous proposer un film historiquement "accurate", comme disent nos amis anglos-saxons, avec une reconstitution d'époque impressionnante de minutie, tout en le transcendant littérallement par l'usage ultra-moderne qu'il fait de la vidéo HD et de la caméra portée.
Le tout donne au film un cachet étonnamment réaliste.
De ceux que l'on n'a en tout cas pas l'habitude de trouver dans des productions de cet acabit.
Sans rire (mais est-on vraiment là pour rigoler, je vous le demande?), le procédé permet même, par instant, de se croire carrément à l'intérieur du film.
Voire donne l'impression de visionner un documentaire.

D'un point de vue narratif, la mise en parallèle évidente de la crise de 29 avec celle que nous traversons actuellement et le portrait de Dillinger en Robin des Bois moderne nous vengeant de nos ennemis les méchants banquiers renforce brillament le côté déjà presque post-moderne de l'affaire.

Pour ce qui est de Michael Mann lui-même, ce nouvel opus, bien que visuellement splendide (la photo de Dante Spinotti est à tomber par terre) et techniquement maitrisé (le montage, lui aussi, est un modèle du genre et contribue beaucoup à fluididier la manière parfois curieusement élliptique dont avance l'histoire) lui offre sans doute surtout ce qui restera comme son film le plus populaire - comme en témoigne d'ailleurs son succès Outre-atlantique - et permettra enfin de mettre définitivement sur la carte un cinéaste qui le méritait de longue date.
Et y est arrivé de longue lutte.

Comme qui plus est le film se paye le luxe de receler en son sein deux trois scènes d'anthologie*, de celles qui rentreront au Panthéon des "Grands Classiques Américains" (excusez du peu), on se dit qu'il ne devrait pas non plus échapper à la reconnaissance de ses pairs (les paris pour les Oscars sont d'ores et déjà ouverts).

Ce côté populaire en même temps qu'excitant fait de "Public Enemies" son film le plus réussi.

Reste évidemment - pour finir de convaincre - à évoquer l'interprétation.

Car outre un défilé de stars et de seconds couteaux impressionnant (parfois juste pour de simples apparitions), "Public Enemies" est avant tout le véhicule somptueux d'un non moins brillant quatuor.

Johnny Depp, sobre comme il ne l'avait sans doute jamais été, à des années-lumières de ses sempiternels personnages "lunaires", porte littérallement le film à bout de bras.
A ses côtés, Christian Bale, affuté comme une lame, Marion Cotillard, bouleversant contrepoint d'humanité à la fureur ambiante (c'est elle qui insuffle ce côté romantique finalement crucial à l'équipée) et Billy Crudup, une nouvelle fois méconnaissable, font plus que sauver les meubles ou faire bonne figure.

Ce sont eux qui donnent à cette fresque sublime, dont la scène finale s'inscrit d'emblée comme l'une des plus belles de l'histoire du cinéma, son petit supplément d'âme.

Et qui finissent par en faire quelque chose de pas très éloigné du chef-d'oeuvre.


Cote: ****


(* L'évasion du début, la scène dans les bois, celle du commissariat, les deux scènes de cinéma et la scène finale, évidemment)