Purée de pois...
"The Mist" de Frank Darabont (USA); avec Thomas Jane, Laurie Holden, Toby Jones, Marcia Gay Harden, Andre Braugher, Frances Sternhagen...
Après une tempête, une mystérieuse brume envahit une petite ville de la Nouvelle-Angleterre. Réfugiés dans le supermarché local avec d'autres habitants tout aussi terrorisés, David Drayton et son jeune fils Billy tentent tant bien que mal de s'organiser, d'autant qu'il semble de plus en plus évident que le brouillard est peuplé de bien inquiétantes créatures...
Autant prévenir tout de suite, la fin de ce film est probablement la plus hardcore qu'il ait été donné de voir, du moins pour un film de genre, depuis... euh...
Et depuis quand, d'abord?
Et c'est cette fin, déséspérante et désespérée, d'un nihilisme sidérant, qui achève de transformer une série B d'honorable facture en une vraie réussite du genre.
Car pour le reste qu'avons nous ici (à part la 1409ème adaptation d'une nouvelle ou d'un roman de Stephen King)?
Avant tout un film honnête, qui assume jusqu'au bout son statut de "film de monstres", de série B à priori sans envergure, mais qui le fait avec une crânerie presque effrontée et un jusqu'au boutisme réjouissant.
Bien sûr, Frank Darabont (quatre films au compteur sur lesquels trois adaptations du King), excellent script-doctor mais metteur en scène classique et , pour tout dire, rarement inspiré semble s'être plus attaché à son scénar et à ses personnages qu'à sa mise en scène ou même qu'à ses effets spéciaux.
Mais c'est là que ça marche, justement, car ce qui fait avant-tout l'intérêt du film (en plus des bêbêtes, oui, ne nous racontons quand même pas de salades) c'est justement le portrait de groupe très intense qu'il réussi à brosser, montrant d'ailleurs au passage qu'il a réussi à cerner les propos du romancier beaucoup mieux que pas mal de ses précédents adaptateurs...
Il parvient même presque, en jouant subtilement sur la peur de l'inconnu, la folie et la faiblesse humaine ou encore la claustrophobie, à dépasser l'oeuvre dont il s'inspire, tout en livrant un portrait au vitriol du puritanisme américain (représentée par une sidérante Marcia Gay Harden, parfaite en bigote se transformant en leader d'une secte d'illuminés criminels) égratignant au passage l'armée et livrant surtout une réflexion étonnante sur le repli sur soi potentiellement mortifère de l'Amérique d'aujourd'hui.
Mais tout n'est pas que sous-texte et il faut bien entendu reconnaitre aussi que "The Mist" a ses faiblesses.
Voire ses limites...
La réalisation est un peu plan-plan, trainant parfois le film du côté du téléfilm ou du direct-to-video (et ce n'est pas l'utilisation cliché de la caméra portée, censée donner au film plus de réalisme qui y change quoi que ce soit).
Le script est parfois un peu redondant et surtout, les effets spéciaux sont probablement les plus approximatifs que l'on n'aie vus depuis longtemps (les bestioles - Ah ah! Les gros moustiques! Mouarf! Les araignées poilues! - sont souvent plus ridicules qu'effrayantes, il faut bien le dire...)
Mais Darabont finit quand même par emporter le morceau avec cette oeuvrette aux résonnances eighties des plus bienvenues, efficace à défaut d'être réellement terrifiante.
Et avec un twist final dont on parlera encore longtemps, croyez-moi!
Cote: ***